L’Inde remporte sa sixième finale d’Asia Cup grâce à un spin dominant
Au Dubai International Stadium, le scénario avait tout d’un piège. Toss perdu, terrain lent, spin omniprésent, souvenirs encore vifs de 2018. Mais cette fois, l’Inde n’a pas tremblé. Une victoire nette, 40 runs d’écart, pour filer vers une sixième finale consécutive de Women’s Asia Cup, en attendant la gagnante de Pakistan – Sri Lanka.
Shafali, chanceuse mais dévastatrice
Envoyée à la batte après le choix de Nigar Sultana de poursuivre la formule gagnante — gagner le toss, chasser — l’Inde a d’abord vécu au rythme de Shafali Verma. Et de ses vies.
Dès le deuxième over, Sultana Khatun la fait taper plein ciel. Fahima Khatun attend sous la balle à mid-on. Elle la laisse tomber. Première alerte. Ce ne sera pas la dernière. Marufa Akter, rapide et incisive en PowerPlay, la fait encore mal-timer, la balle flotte, mais la fielder à mid-on arrive trop tard. Puis, plus tard, une autre chance échappe à la défense du Bangladesh. Trois drops sur la même joueuse : sur 6, 11 et 56.
Entre ces cadeaux, Shafali découpe le champ. Quatre dès le premier over, deux sixes monstrueux sur Sultana Khatun, des frappes tendues sur Marufa. Elle dicte le tempo, fait reculer les champs, oblige les spinners à corriger leurs longueurs. À 22 ans, elle claque sa 20e cinquantaine en T20I, 64 runs en 40 balles (7 fours, 3 sixes), un mélange de puissance brute et de survie miraculeuse.
À l’autre bout, Smriti Mandhana ne trouve jamais le bon rythme. Juste 2 runs en 5 balles avant de lobber une prise à Shorna Akter. L’Inde perd son élégante gauchère à 9/1. La soirée appartiendra à Shafali.
Le trou noir du milieu… puis la lumière
Après le PowerPlay (45/1), le match bascule dans ce qui reste la grande inquiétude de l’Inde : le milieu de line-up. Pratika Rawal, promue n°3, tente de s’affirmer. Un six plein champ sur Rabeya Khan, quelques coups assurés, mais la progression reste freinée par un Bangladesh enfin discipliné dans ses lignes.
Les spinners Nahida Akter, Fahima Khatun et Rabeya serrent l’étau. Entre le 8e et le 13e over, l’Inde traverse de longues séquences sans boundary. Les simples se font rares, la balle colle au pitch, le score stagne. Tout ce que souhaitait Nigar après avoir choisi de chasser.
Harmanpreet Kaur arrive à 4, et le contraste est saisissant : Shafali avance à grands pas, sa capitaine patauge. Harman met 6 balles à ouvrir son compteur. Elle reste longtemps bloquée à 13 runs sur 22 balles, enchaînant les coups mal timés, les swings dans le vide, les frappes directement sur les fielders. Le spectre du middle-order défaillant plane encore.
Le tournant survient au 14e over. Sultana Khatun revient, Shafali frappe un six, voit une nouvelle fois sa chance prolonger son séjour après un drop en profondeur, puis enchaîne deux fours. L’Inde repart. Mais l’euphorie est brève : sur une nouvelle tentative au leg side, elle finit par trouver la fielder à deep mid-wicket. Fin d’un innings aussi incandescent que fragile.
À 78/2, puis 96/3 au 15e, le total final reste incertain. Harman peine toujours, Richa Ghosh vient d’entrer, et le score menace de rester en deçà des 140, dangereux sur ce pitch.
Richa et Deepti arrachent les 149
La fin d’innings indienne se construit à l’usure, par à-coups. Richa Ghosh, d’abord, sort le grand jeu au 16e et 18e over. Un six qui rebondit sur les mains de la fielder à long-on avant de passer derrière la corde, puis un autre, plein long-off, sur une demi-volée de Shorna Akter. Ses 21 runs en 16 balles (2 sixes) redonnent de l’oxygène.
Harman, elle, se réveille tard. Un premier six droit dans l’axe sur Fahima, puis un autre cadeau : une full toss de Nahida qu’elle expédie dans les tribunes. Les chiffres restent modestes, mais ces deux frappes changent la physionomie du score.
La dernière poussée vient de Deepti Sharma. Arrivée en fin de 19e over, elle affronte Marufa dans le 20e. D’abord une slash derrière le carré pour quatre, puis un loft au-dessus de long-on pour six, tout en lecture du changement de rythme. Treize runs en six balles, exactement ce qu’il fallait pour pousser l’Inde à 149/6.
Sur ce terrain et dans ce tournoi où les spinners dominent, 149 ressemble plus à un mur qu’à une cible. Mais le Bangladesh sait ce que c’est que renverser l’Inde en Asia Cup. Le souvenir de 2018 ne disparaît pas si facilement.
Charani dans l’histoire, la machine à spin se met en marche
La réponse bangladaise commence pourtant sans frayeur. 26/0 après cinq overs, Dilara Akter et Juairiya Ferdous avancent à petits pas, mais sans casse. Les rapides indiennes, Kranti Gaud et Nandani Sharma, ne trouvent pas encore l’ouverture. Un quatre de Dilara, un autre de Ferdous, quelques erreurs de champ, et le Bangladesh reste en vie.
Puis vient le moment attendu : N. Shree Charani. À un wicket de la barre symbolique des 50 en T20I sur l’année civile, elle s’installe avec son bras gauche et son contrôle clinique. Dans son deuxième over, elle provoque d’abord un leading edge de Ferdous qui tombe court. Balle suivante, top edge, Richa Ghosh ne tremble pas. 14 (18) et retour au pavillon. Wicket-maiden. Et record égalé : Charani rejoint le sommet des T20I indiens sur une année.
À l’autre bout, Deepti Sharma prend le relais et fait ce qu’elle fait de mieux : étouffer, puis frapper. Dilara, qui avait lancé la poursuite avec 21 (26), tente de s’ouvrir l’angle dans le cover. Elle trouve Kranti à mid-wicket. 35/2 au 8e over, le run rate grimpe, la pression aussi.
Nigar et Sobhana résistent, mais l’Inde serre l’étau
Nigar Sultana Joty arrive à la batte avec le poids du passé et du présent sur les épaules. La capitaine sait que si elle ne tient pas, le rêve de nouvelle surprise s’effondre. Elle tente de relancer la machine, quelques sweeps bien joués, un six massif sur Deepti, un quatre pour briser une longue disette de boundary.
Sobhana Mostary, à ses côtés, joue plus en finesse, inside-out pour quatre sur Prema Rawat, quelques coups derrière le point. Mais le compteur tourne trop lentement. À la fin du 14e over, le Bangladesh n’est qu’à 73/3, exactement 5 runs par over, très loin du rythme exigé.
L’Inde, elle, déroule son plan. Prema Rawat, la leggie, trouve un drift subtil et une trajectoire fuyante. Deepti, revenue pour son troisième over, finit par casser la résistance : Sobhana est battue en longueur, ses stumps volent. 18 (24), un seul four, symbole d’une poursuite constamment en retard.
La capitaine tombe, la finale se rapproche
Le coup de grâce moral tombe au 15e over. Prema continue, Nigar tente de forcer, de casser le schéma. Elle se lance à l’attaque, mais sa batte se ferme trop tôt, la balle prend l’arête, file vers short third. Nandani Sharma attend et saisit la chance. La capitaine s’en va pour 19 (17), avec un quatre et un six, sans avoir vraiment pu changer le destin de son équipe.
À 76/4, puis 84/5 quand Deepti nettoie les stumps de Sharmin Akhter pour 1 (2), le tableau est sans appel. Le required rate explose, l’Inde alterne ses spinners comme une horloge : Charani, Deepti, Prema, puis Shafali pour quelques overs au milieu. Chaque tentative de contre-attaque se heurte à une variation, un champ bien placé, une longueur retouchée.
Shorna Akter résiste un temps. Elle claque deux six puissants, l’un sur Deepti, l’autre sur Shafali, plein long-on. De quoi retarder l’inévitable, pas le renverser. Le Bangladesh atteint 98/5 au 18e over, loin, très loin des 150.
Nandani ferme la porte
Pour les deux derniers overs, Harmanpreet joue la carte du contrôle absolu. Charani signe encore un over étouffant, concédant seulement quelques coups d’éclat à Fahima Khatun, dont un magnifique reverse sweep pour quatre.
Puis vient Nandani Sharma pour le 20e. Le match est quasiment plié, mais l’Inde veut la signature nette. Fahima, 14 (14, 2 fours), tente un dilscoop somptueux pour quatre, sans peur, presque pour l’honneur. Balle suivante, elle cherche encore le coup d’attaque, mais trouve le point arrière rapproché. Prema Rawat se saisit de la balle.
Sur la dernière balle, symbole cruel : Rabeya Khan se fait hit wicket sans marquer. Bangladesh termine à 109/8. L’Inde s’impose de 40 runs. Et valide, encore, son billet pour la finale.
Une constante : le spin indien, encore et toujours
Les chiffres bruts racontent le reste : 149/6 contre 109/8, une défense maîtrisée sur un terrain qui récompense les tweakers. Charani, Deepti et Prema, déjà au cœur de la domination indienne dans le tournoi, ont encore dicté la loi. L’économie reste dérisoire, les wickets tombent au bon moment, la pression ne retombe jamais.
Le Bangladesh a laissé filer trop de choses : des catches cruciaux sur Shafali, des overs de spin mal exploités en poursuite, un milieu d’innings sans accélération. Dans un tournoi où chaque run contre ces spinners vaut double, ces erreurs coûtent cher.
L’Inde, elle, se tourne déjà vers la suite. Une sixième finale de rang, un spin-attack au sommet, une Shafali qui frappe fort, une Harmanpreet qui sait qu’elle devra trouver son rythme plus tôt la prochaine fois. Pakistan ou Sri Lanka se dressera en face.
La question n’est plus de savoir si l’Inde est favorite. Elle est de savoir qui, dans cette Asia Cup, a réellement les armes pour faire tomber cette armée de spin et briser enfin cette série de finales.




