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Hrgovic renverse Itauma et brise un rêve de titre mondial

Filip Hrgovic a retourné la table et glacé l’O2 Arena. Annoncé victime désignée, le Croate a brisé le rêve de titre mondial de Moses Itauma, 21 ans, au terme d’un combat poids lourds aussi spectaculaire que cruel pour le prodige britannique.

Pendant de longs rounds, tout semblait pourtant écrit pour Itauma. Le scénario idéal, presque trop parfait.

Le jeune gaucher prend le centre du ring dès la première reprise, lâche des directs du bras avant avec une aisance déconcertante, impose son rythme. Hrgovic, réputé pour sa solidité, encaisse mais paraît un temps dépassé par la vitesse et la variété de son adversaire.

Puis vient le deuxième round. Itauma déclenche un crochet du droit qui déséquilibre Hrgovic, le gant touche le tapis : compte. L’O2 explose. Dans les tribunes, Noel Gallagher et Prince Naseem Hamed suivent chaque échange, chaque coup d’épaule, chaque feinte. À ce moment-là, la salle ne voit plus un combat, elle assiste à l’avènement annoncé de la nouvelle star des lourds.

Mais le compteur tourne. Et le réservoir se vide.

À la fin du troisième round, un détail trahit la suite : Itauma respire déjà lourdement. Avant ce soir, il n’avait parcouru que 26 rounds chez les professionnels. Pour un premier combat mondial, avec la ceinture IBF vacante en jeu et la promesse de devenir le deuxième plus jeune champion de l’histoire de la catégorie, la marche est haute. Très haute.

On s’interrogeait sur son menton, simplement parce qu’il n’avait jamais été vraiment testé. Hrgovic se charge de lever le doute. Le Croate commence à toucher plus régulièrement. Des coups lourds, secs. Itauma les encaisse, répond aussitôt, refuse de reculer. Le public gronde à chaque frappe, qu’elle atteigne la cible ou non. L’adrénaline masque la fatigue. Mais pas pour longtemps.

Une échauffourée dans les tribunes détourne un instant les regards au cinquième round. Le ring, lui, ne lâche rien. Itauma claque un uppercut en fin de reprise qui ramène instantanément toute l’attention sur les cordes. Il continue à aligner les combinaisons, volume impressionnant, intention claire : finir Hrgovic, pas juste le dominer.

Le problème, c’est que le Croate ne bouge presque pas.

À la cloche du sixième, un énorme direct s’écrase sur Hrgovic. Un autre suit au septième. Même résultat : il avance, impassible, comme s’il traversait la tempête en attendant que le ciel se déchire. Itauma, lui, est largement devant aux points, mais refuse de gérer. Il chasse le chaos, quand la sagesse lui conseillait de gérer l’avance.

Le huitième round résume tout : une nouvelle rafale d’Itauma, Hrgovic acculé dans les cordes, en danger réel cette fois. Le Croate tangue, mais ne rompt pas. Entre deux échanges, le visage du Britannique se crispe. Il grimace, souffle, les bras reviennent moins vite. Son corps commence à trahir son ambition.

Le danger, désormais, saute aux yeux.

Hrgovic sent l’instant. Il revient pour le neuvième avec une intention glaciale. Très vite, il déclenche une droite lourde comme une enclume. Itauma recule en titubant, projeté presque à travers les cordes. Il reste debout par miracle, mais ses jambes ne répondent plus. Le regard se vide, le buste vacille.

Le Croate ne lâche plus sa proie. Il continue de presser, méthodique, implacable. Itauma finit par s’affaisser dans son coin, épuisé, quasiment sans défense. Le coin britannique n’hésite pas : la serviette vole. Combat terminé. Rêve brisé, pour cette nuit au moins.

Hrgovic, méprisé par le public à son entrée sous les sifflets, repart avec la victoire et une forme de reconnaissance. Vêtu des damiers rouges et blancs de son pays, il avait été hué à son arrivée, alors qu’Itauma, lui, entrait sous une ovation assourdissante, prenant le temps de savourer chaque seconde. Les rôles se sont inversés au fil des rounds, au rythme de l’usure.

Après le combat, le Croate ne fanfaronne pas, mais son analyse est limpide : il avait vu la faille dès le début. Il explique avoir constaté très tôt la baisse de régime de son adversaire, son départ tambour battant, et avoir misé sur son propre rythme pour renverser le cours de la soirée. Selon lui, Itauma possède un talent rare, mais manque encore de vécu pour gérer ce type de rendez-vous.

Itauma, grande attraction de la soirée, quitte l’arène sur une civière après avoir reçu des soins, image brutale d’une ascension stoppée net. Il reste invaincu en promesses, moins en chiffres. La hype, elle, vient de prendre un coup, sans disparaître pour autant.

Hrgovic, médaillé de bronze olympique et seulement battu jusque-là chez les professionnels par Daniel Dubois, prouve qu’il n’est pas qu’un nom sur le CV des autres. Il est toujours là, dur au mal, patient, capable de traverser l’orage pour cueillir le moment où l’adversaire se vide.

Une ceinture IBF vacante, un jeune prodige trop pressé, un vétéran endurci qui refuse le rôle de figurant : Londres a eu droit à un rappel brutal. Dans cette catégorie, le talent ne suffit pas. Le temps, lui, ne pardonne jamais.