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Glenn Phillips et son catch incroyable en CPL

Glenn Phillips, la pirouette d’un homme volant qui fait basculer la nuit

On a déjà vu Glenn Phillips frapper fort. On l’a déjà vu courir comme un sprinteur, lancer comme un forcené. Mais cette fois, dans la Caribbean Premier League, il a semblé défier une loi plus ancienne que le cricket lui‑même : la gravité.

Sunil Narine venait à peine d’entrer. Deux balles seulement. Dwaine Pretorius, bras droit précis, lui glisse une courte balle qui monte sur le corps. Narine ne temporise pas. Il arme, déclenche, et claque un pull violent, tendu, vers le côté leg. Une frappe qui, neuf fois sur dix, file pour quatre points ou finit dans les mains d’un spectateur ravi.

Pas ce soir‑là.

Au deep square leg, Glenn Phillips part comme une flèche sur sa droite. D’abord, il semble en retard. Le ballon voyage vite, trop vite. Pendant un instant, on le sent perdre la trajectoire, comme si la lumière, la pluie, le bruit brouillaient tout. Puis il freine, ajuste, se redresse. Et là, il se jette dans un geste qui appartient plus au cirque qu’à un match de CPL.

Bras droit tendu, une seule main en avant. Le ballon arrive, lourd, humide, fuyant. Phillips l’attrape en plein vol, le colle dans sa paume comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Il retombe, garde le contrôle. Silence d’une demi‑seconde. Puis l’explosion. Un catch à une main, irréel, qui coupe net l’élan de Narine et laisse tout le monde bouche bée.

Même lui n’y croit pas tout à fait. Un sourire incrédule, presque enfantin, traverse son visage. Il rit, secoue la tête, comme pour vérifier qu’il n’a pas rêvé. Narine, lui, repart pour un seul run en deux balles, et Trinidad & Tobago Knight Riders plongent un peu plus dans la difficulté dans cette poursuite déjà piégée.

Un match brisé par la pluie, relancé par Hetmyer

Avant ce moment de folie, la soirée avait déjà pris une tournure étrange. Guyana Amazon Warriors avait perdu deux wickets dans le powerplay, freinés par une interruption interminable : plus de 90 minutes de pluie, de bâches, de calculs mentaux sur le DLS.

À la reprise, Shimron Hetmyer a décidé qu’il était temps d’écrire sa propre histoire. Le gaucher a enchaîné les frappes propres, violentes mais maîtrisées, comme s’il avait tout le temps du monde malgré le format réduit. Son deuxième century en CPL tombe en seulement 40 balles. Une démonstration. Des lofts droits, des coups croisés, des frappes à travers le champ comme s’il découpait le terrain en zones à conquérir.

Avec lui, Romario Shepherd apporte un caméo précieux, quelques coups lourds qui gonflent encore le total. En 16 overs seulement, Guyana grimpe à 185/5. Dans ce chaos météo, c’est un score massif.

Le DLS fait le reste : la cible révisée tombe à 182 pour TKR. Un objectif qui impose d’attaquer dès la première balle, sans filet.

TKR sous pression, Nabi change tout

Colin Munro ouvre le bal avec l’urgence qui s’impose. Quelques limites rapides, des frappes franches, de quoi donner un semblant de rythme à la poursuite. Mais la perte rapide de Narine, piégé par ce chef‑d’œuvre de Phillips, pèse lourd. La pression grimpe d’un cran.

Nicholas Pooran refuse pourtant de se laisser enfermer. Il contre‑attaque, impose son tempo, frappe avec autorité. À la cinquième over, TKR a déjà franchi la barre des 50. Le match s’ouvre, la poursuite semble vivante, presque équilibrée.

Puis Mohammad Nabi entre en scène.

Le vétéran afghan ne fait pas de bruit. Il ne cherche pas l’effet de manche. Il enchaîne simplement les variations, les longueurs difficiles, les angles qui obligent à réfléchir. Et soudain, la rencontre bascule. Trois wickets rapides, dont celui, capital, de Pooran. En quelques overs, Nabi démonte la structure de l’ordre médian de TKR.

Quand Imran Tahir piège Justin Greaves lbw, le tableau d’affichage fait mal : 68/5 dans la huitième over. La poursuite se délite. Les Red Force ne courent plus vraiment après un total, ils luttent pour rester en vie.

Hales rallume la flamme, mais Guyana tient bon

Alex Hales n’a jamais été du genre à accepter son sort sans répondre. Avec Akeal Hosein, il reconstruit patiemment, puis accélère. Les deux hommes posent une partnership de 43 runs pour le sixième wicket, un pont fragile mais indispensable vers une fin de manche plus respectable.

Hales, surtout, retrouve enfin la cadence qu’on attend de lui. Il décroche son premier fifty de la saison, en seulement 23 balles. Des frappes nettes, des limites qui redonnent un peu de voix aux supporters de TKR. Joshua Da Silva, en fin d’innings, ajoute trois boundaries qui resserrent encore l’écart. Le score final ne ressemble plus à un naufrage.

Mais Guyana ne panique jamais vraiment. La marge se réduit, pas leur emprise. Les Warriors gardent la main sur les moments clés, contrôlent le rythme, ferment les angles dans les derniers overs. À la fin, l’écart est de neuf runs. Pas un écrasement, mais une victoire solide, assumée.

On retiendra le century incandescent de Hetmyer, la maîtrise silencieuse de Nabi, la résistance tardive de Hales. Pourtant, quand on repensera à cette nuit, une image s’imposera toujours en premier : Glenn Phillips, lancé à pleine vitesse, stoppant net, bras droit tendu dans le ciel caribéen, arrachant un ballon qui n’aurait jamais dû rester en jeu.

Un catch comme celui‑là ne change pas seulement un match. Il rappelle pourquoi on regarde encore, soir après soir, ce jeu vieux de plus d’un siècle. Pour ces secondes où l’impossible, soudain, devient réel.