Gallen contre Asofa-Solomona : un dernier combat en jeu
Salutations depuis le ringside du TikTok Entertainment Centre, où la nuit appartient aux poids lourds… et à l’argent facile.
Ici, pas de ceintures en jeu. Pas de discours sur l’héritage ou l’histoire à écrire. Juste deux anciens d’un autre terrain, deux ex-terreurs de la NRL, venus s’échanger des crochets pour une valise de billets. Paul Gallen d’un côté, Nelson Asofa-Solomona de l’autre. Deux footballeurs qui ne jouent plus au football, mais qui n’ont visiblement rien perdu du goût du combat.
Le décor est planté. Les lumières sont crues, la musique hurle, le public se rapproche des cordes. On ne vient pas ici pour la poésie. On vient voir si le “G-Train”, 45 ans, peut encore sortir de la gare une fois de plus, pour ce qui est annoncé comme un dernier – peut-être – gros chèque. Ou si “Big Nasty” va trouver ce fameux uppercut, celui qui éteint la lumière sur le perron de Gallen et laisse le vétéran face contre terre.
La soirée, elle, a déjà livré son lot de coups durs.
Reda s’arrache et convainc les juges
Ahmad Reda vient de survivre à un combat éreintant contre Jake Wyllie. Un duel accroché, sans temps mort, qui est allé au bout. Les deux hommes ont tout laissé sur le ring, au point qu’il a fallu confier le verdict aux juges.
Wyllie y a cru, levant les bras au ciel au dernier gong. Dans son coin, Reda, marqué mais lucide, semblait persuadé d’avoir fait juste assez. Les cartes ont tranché : 95-95, 98-92, 96-92. Décision majoritaire en faveur de Reda.
Victoire méritée au terme d’un combat “willing”, comme on dit ici, où il a encaissé autant qu’il a donné. Et c’est là que la logique du noble art bascule dans la folie : sa récompense, c’est de repartir au feu dans cinq mois à peine, le 13 décembre, sur l’undercard du prochain combat pour le titre de Tim Tszyu.
Cinq mois après un tel supplice, remonter aussi vite, c’est de la démence. C’est aussi la boxe moderne.
Reda, lui, ne bronche pas. Après le combat, il lâche simplement : « Il m’a testé, on a tenu, et maintenant on monte d’un cran. On va vers de plus grandes et meilleures choses. » Le ton est posé, le message clair : il a survécu à cette guerre, il veut désormais grimper d’un étage.
Aukuso, la main lourde et un zéro préservé
Un peu plus tôt dans la soirée, Paulo Aukuso n’a pas eu besoin des juges. Son adversaire, Mobin Khahrazeh, n’a pas vu venir la droite qui a tout changé. Un direct propre, sec, qui l’envoie au tapis. Khahrazeh se relève, mais son coin a déjà compris : serviette jetée, combat arrêté au deuxième round.
Aukuso grimpe à 13 victoires, 0 défaite. Feuille immaculée, confiance intacte. Revoir au ralenti cette droite l’a presque amusé : « Regardez ça ! », lâche-t-il en revoyant l’action. Une phrase, un sourire, et l’impression qu’il ne compte pas s’arrêter là.
La salle, elle, chauffe progressivement. Les combats s’enchaînent : Reda contre Wyllie en léger, Callum Peters face à Juan Diego Ortiz en moyen, et en point d’orgue, ce Gallen – Asofa-Solomona en lourd qui tient tout le monde en haleine.
Gallen, 45 ans, un cerveau en jeu et un million à la clé
Reste une question qui dérange : qu’est-ce qui peut bien pousser un footballeur financièrement à l’abri, à 45 ans, à remonter sur un ring et à risquer les quelques neurones qu’il lui reste ?
Si l’on s’appelle Paul Gallen, la réponse tient en un mot : argent.
Son contrat est truffé de clauses. Si toutes s’activent, il peut quitter le TikTok Entertainment Centre plus riche d’un million de dollars. Pour toucher les sept chiffres, il doit cocher plusieurs cases : assurer une série d’engagements médiatiques – c’est fait –, générer un certain volume de ventes de billets et de pay-per-view, et surtout, dernière condition, la plus brutale : mettre Nelson Asofa-Solomona KO.
Tout est dit. Il sait ce qu’il lui reste à faire : survivre, puis frapper juste. Une équation simple, mais à 45 ans, face à un colosse, elle devient vertigineuse.
Le souvenir de “Big Nelson” et la promesse d’un choc
La première fois qu’on voit Nelson Asofa-Solomona torse nu, on s’en souvient. Juin 2018, hôtel du Colorado. Un test de rugby à XIII entre l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande se prépare à Denver. Au bord de la piscine, surgit une silhouette qui semble déformer le décor.
Un seul réflexe : lever la tête. Un seul constat : c’est le plus grand gabarit qu’on ait croisé de près. Une montagne. Une pensée traverse alors l’esprit : « Voilà un type avec qui on n’a aucune envie de s’embrouiller. »
Des années plus tard, le voilà sous les spots, prêt à transformer ses mains en massues et à les abattre sur Paul Gallen. “Big Nelson” a troqué le terrain pour le ring, mais la menace reste la même : un pas en avant, un coup, et tout peut s’arrêter.
La Gold Coast confirme ce soir qu’il n’existe presque aucun combat qu’elle refuse de sanctionner. On mélange les mondes, on joue avec les trajectoires de carrière, on envoie d’anciens footballeurs dans une cage de lumière pour voir jusqu’où ils sont prêts à aller pour un dernier pactole.
La suite du programme est claire : Callum Peters contre Juan Diego Ortiz, puis le choc des mastodontes. Deux ex-stars de la NRL, plus de crampons, plus de ballon. Juste des gants, des cordes et la promesse tacite qu’un des deux finira la nuit dans le noir.
Reste à savoir si ce sera le “G-Train” qui sortira une dernière fois de la gare, ou si “Big Nasty” coupera le courant sans préavis. Ce soir, sur la Gold Coast, la réponse ne viendra pas des mots, mais du bruit sourd d’un corps qui tombe.




