Fouzi Lekjaa défend le Maroc dans la bataille juridique de la CAN 2025
Fouzi Lekjaa ne lâche rien. À quelques semaines d’une audience décisive devant le Tribunal arbitral du sport (CAS), le président de la Fédération royale marocaine de football campe sur ses positions dans le dossier explosif de la finale de la CAN 2025 face au Sénégal. Pour lui, ce n’est ni une affaire politique, ni une guerre d’influence. C’est une question de règles. De droit. Et de crédibilité des compétitions.
Dans un long entretien accordé au magazine « Jeune Afrique », dont des extraits ont été repris par le quotidien « Al-Shorouk », Lekjaa a déroulé sa ligne de conduite : le Maroc ira jusqu’au bout de la voie juridique pour défendre ce qu’il considère comme ses droits, tout en restant strictement arrimé aux textes qui régissent le football continental et international.
La finale Maroc–Sénégal, un bras de fer de principe
Au cœur du dossier, la finale de la CAN 2025 et le comportement du camp sénégalais. La Fédération marocaine estime que les joueurs et le staff du Sénégal ont franchi une ligne rouge en quittant la pelouse lors des événements tendus de ce match. Pour Lekjaa, un tel geste ne relève pas de l’anecdote ni de la simple gestion d’un soir de crise : il touche au socle même des règles qui encadrent les compétitions internationales.
Le dirigeant rappelle qu’à la suite de ce type de cas, la FIFA a durci certaines dispositions pour renforcer les sanctions. Une évolution qui, à ses yeux, ne fait que confirmer l’importance de faire respecter les règlements à la lettre et de ne tolérer aucune pratique susceptible de fragiliser l’équité sportive.
Lekjaa insiste : la position marocaine n’est pas conditionnée par des considérations extérieures, qu’elles soient diplomatiques, sportives ou symboliques. Elle repose sur une lecture stricte des règlements de la compétition et sur une exigence de fair-play appliquée à tous, sans exception.
Le CAS du 8 octobre, une étape, pas un verdict final
L’audience prévue le 8 octobre devant le CAS ne sera qu’un chapitre d’un feuilleton juridique qui pourrait s’étirer. Lekjaa le sait, et il le dit clairement : cette date n’a rien d’un couperet annoncé.
Le dossier peut connaître plusieurs audiences, des échanges d’arguments, des compléments d’instruction. Autrement dit, la bataille s’inscrit dans le temps long, avec un objectif affiché par le Maroc : obtenir une décision qui, de son point de vue, consacre le respect des règlements et fixe une jurisprudence forte pour l’avenir des compétitions africaines et internationales.
Confiant dans la voie empruntée, le président réaffirme que la Fédération marocaine continuera à saisir les instances compétentes chaque fois qu’elle estimera que ses droits, ou les principes du jeu, sont menacés. La ligne est tracée : tout se jouera dans les textes, les commissions et les tribunaux, pas dans les coulisses.
2030 : un autre combat, celui de la finale du Mondial
Une fois ce terrain juridique posé, Lekjaa glisse vers un autre enjeu majeur : la Coupe du monde 2030, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. Dans ce dossier-là aussi, le Maroc veut peser. Et viser haut : la finale.
Le président assure que son pays respecte scrupuleusement le cahier des charges de la FIFA : visites des commissions d’inspection, procédures de sélection des stades, validation des villes hôtes, tout est suivi dans le détail. Rabat ne veut laisser aucune prise à la critique sur le plan administratif ou organisationnel.
Mais Lekjaa revendique dans le même souffle le droit du Maroc à défendre ses chances d’accueillir le match le plus attendu de la planète, en tant que représentant du continent africain dans ce projet commun. L’ambition est claire, assumée, mais encadrée : pas question de bousculer les procédures officielles, ni de sortir du cadre fixé par la FIFA. Il s’agit plutôt de pousser la candidature marocaine au maximum, en respectant chaque étape du processus.
Infantino, le soutien et les limites
Sur un terrain plus politique, Lekjaa revient aussi sur son soutien au président de la FIFA, Gianni Infantino. Un appui qui, explique-t-il, découle d’une conviction : le football peut servir de pont entre les peuples, rapprocher des pays, des cultures, des continents.
Ce soutien n’est toutefois pas un blanc-seing. Lekjaa insiste sur la nécessité de renforcer la gouvernance au sein de l’instance mondiale : transparence, équilibre des pouvoirs, meilleure répartition des intérêts entre les différentes parties prenantes du football international. Pour lui, l’avenir du jeu ne peut pas reposer sur des figures seules, aussi puissantes soient-elles, mais sur des institutions solides, capables d’arbitrer les rapports de force et de protéger l’intégrité des compétitions.
Il le répète : sa vision se veut attachée aux principes plus qu’aux personnes. Construire un système robuste, équilibré, où chaque acteur – fédérations, confédérations, FIFA – trouve sa place sans écraser les autres, voilà le chantier qu’il met en avant.
Entre une finale de CAN contestée, un Mondial 2030 à conquérir et une gouvernance mondiale à stabiliser, Lekjaa avance sur plusieurs fronts à la fois. La prochaine scène se jouera à Lausanne, devant le CAS. Mais la vraie question dépasse largement un simple verdict : jusqu’où le Maroc parviendra-t-il à transformer ces batailles juridiques et politiques en levier pour peser durablement sur la carte du football mondial ?




