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Ferrari : la révolution de la SF-26 et l'imitation dans le paddock

À Maranello, on ne se contente plus de rattraper le temps perdu. On dicte la tendance. Et cette fois, ce n’est pas un slogan marketing, mais le regard du paddock qui le confirme : les rivaux ont commencé à copier.

Fred Vasseur, lui, ne s’enivre pas de compliments. Il vise les podiums, les titres, pas les tapes dans le dos. Mais il sait ce que cela représente en interne. Voir les autres équipes reprendre les idées nées dans les bureaux d’aéro de Maranello, c’est une validation en pleine lumière.

SF-26, la voiture qui bouscule le plateau

La SF-26 a débarqué dans le nouveau cycle réglementaire 2026 avec un look tranché, presque provocateur. Une voiture qui, malgré les limites du groupe propulseur Ferrari, est déjà considérée dans le paddock comme l’un des meilleurs châssis, sinon le meilleur, du plateau.

Les résultats ont suivi. Charles Leclerc victorieux à Silverstone, Lewis Hamilton gagnant à Barcelone, et Ferrari solidement installée à la deuxième place du championnat. Tout cela sur fond de déficit moteur. Le message est clair : le reste de la voiture fait la différence.

Ce châssis porte la patte d’un homme : Loïc Serra. Recruté en 2023, mais arrivé seulement fin 2024 après un long « gardening leave » chez Mercedes, le Français a signé là sa première Ferrari de bout en bout. Une première qui change déjà le visage de l’écurie.

Flick Tail Mode et aile « Macarena » : la créativité assumée

Le ton a été donné dès les essais hivernaux à Bahreïn. Sur la SF-26, les observateurs ont découvert un appendice inhabituel derrière l’échappement : un petit aileron, baptisé en interne Flick Tail Mode (FTM). Sa fonction : ajouter de l’appui sur l’arrière, au prix d’un peu plus de traînée. Un compromis assumé, pensé pour des phases bien précises.

Le lendemain, Ferrari a remis une pièce dans la machine à idées. Une aile arrière rotative, rapidement surnommée « aile Macarena », capable de pivoter à 180 degrés entre un mode virage et un mode ligne droite. Un concept spectaculaire visuellement, mais surtout redoutablement ambitieux sur le plan aérodynamique.

L’aileron d’échappement, surtout, a fait parler. Il a été largement imité dans le paddock, même si la solution Ferrari reste difficile à reproduire à l’identique : la Scuderia a structuré tout l’arrière de la voiture autour de ce dispositif. Résultat : avantage conceptuel, et casse-tête pour les ingénieurs adverses.

La FIA a fini par trancher. L’instance a fermé la brèche réglementaire et banni ce type de dispositif à partir de 2027, pour éviter une escalade incontrôlée dans cette zone de la voiture. Une interdiction qui sonne aussi comme un aveu : Ferrari avait trouvé quelque chose de trop puissant pour rester dans la boîte à outils à long terme.

Quand Red Bull et McLaren suivent la trace rouge

L’aile inversée, elle, n’est pas restée longtemps une exclusivité de Maranello. Red Bull l’a adoptée, McLaren l’a testée. Deux approches différentes, mais une même source d’inspiration.

Chez McLaren, le directeur technique Neil Houldey n’a pas caché son regret de ne pas avoir flairé le coup plus tôt. L’équipe de Woking a lancé son propre projet après avoir vu la solution Ferrari en essais. Red Bull, de son côté, travaillait déjà sur un concept différent, mais convergent dans l’esprit.

Pour Vasseur, le signal envoyé à ses troupes est puissant. Les idées nées dans les bureaux italiens se retrouvent sur les voitures adverses, parfois à peine quelques semaines plus tard. De quoi nourrir l’orgueil des aérodynamiciens.

Interrogé sur le fait de voir ses solutions copiées, le Français a été clair : il ne cherche pas les honneurs. « Je ne suis pas là pour avoir des compliments. Je suis là parce que je veux gagner. Le meilleur compliment, pour moi, c’est d’aller sur le podium », a-t-il rappelé. Mais il reconnaît que, pour ceux qui ont eu l’idée, voir Red Bull et les autres s’aligner est « une bonne récompense ».

La lente révolution Ferrari

Derrière ces trouvailles techniques, il y a une réalité souvent oubliée : transformer une équipe de Formule 1 prend du temps. Beaucoup de temps. Vasseur insiste sur cette inertie, parfois frustrante.

L’exemple de Loïc Serra illustre ce décalage. Les premières discussions datent de la mi-2023. L’ingénieur n’a rejoint Maranello qu’à la fin de 2024. Et, une fois en place, il s’est immédiatement concentré sur la voiture de 2026, tout en continuant à recruter autour de lui. Entre la première prise de contact et les premiers résultats visibles en piste, il s’écoule des années. Pendant ce temps, le monde extérieur exige des résultats « pour la semaine prochaine ».

C’est ce temps long que Ferrari commence aujourd’hui à encaisser positivement. La SF-26 est le premier vrai produit de cette nouvelle organisation technique. Une voiture pensée avec une philosophie plus agressive, plus risquée, exactement ce que Vasseur demande à ses ingénieurs : oser.

Le patron français ne s’en cache pas : il est « très, très satisfait » des choix effectués, de la structure mise en place, de la collaboration interne. Il parle d’une équipe « forte », d’une coopération « très solide ». Des mots qui, pour une fois à Maranello, semblent alignés avec ce que l’on voit sur la piste.

Copier Ferrari aujourd’hui, la craindre demain ?

Ferrari a encore un handicap moteur à combler. Le règlement va encore évoluer, la FIA a déjà refermé certaines portes, et les rivaux ne resteront pas immobiles. Mais un basculement s’est produit : ce sont désormais les autres qui regardent ce que fait la SF-26 pour s’en inspirer.

Pour une équipe qui sort de plus d’une décennie de doutes, de changements de cap et de promesses non tenues, ce renversement de perspective compte autant que les points marqués. Maranello n’est plus seulement dans le jeu. Il redessine une partie du jeu.

Reste une question, brûlante : si Ferrari est déjà copiée alors que son moteur n’est pas encore au niveau, que se passera-t-il le jour où la puissance rejoindra enfin l’audace du châssis ?