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England écrase le Pakistan pour un balayage 3-0

Edgbaston a retenu son souffle. Une cible de 130 runs, a priori modeste, s’est soudain transformée en piège béant. En trois balles, England a entrevu le gouffre, avant que Joe Root et Jordan Cox ne referment brutalement la porte à un improbable retournement de situation pakistanais.

Au final, la feuille de match est limpide : England 453 et 130-2, Pakistan 133 et 449. Victoire par huit wickets, série emportée 3-0.

Un début de matinée au bord du précipice

La quatrième journée s’ouvrait sur un scénario simple : 130 runs à marquer, huit wickets en main, un terrain familier, un public acquis à la cause d’England. Une formalité sur le papier. Puis Muhammad Abbas a pris la balle.

Première livraison : Ben Duckett, battu par une merveille de ligne et de longueur, effleure, et file pour un golden duck. Deux balles plus tard, Emilio Gay est cloué sur le tibia, leg before sans contestation possible. 2-2, Edgbaston glacé, et soudain la perspective d’une des plus grandes remontées de l’histoire des Tests s’invite dans les esprits.

L’attaque pakistanaise, si terne pendant une bonne partie de la série, se nourrit de ce frisson. Les visages dans le vestiaire anglais se ferment. Le haut de l’ordre, déjà sous examen, se retrouve brutalement à nu.

Duckett, malgré le seul century anglais de l’été, reste scotché à une série famélique contre Pakistan, sans un seul score au-delà de 20 en cinq manches et une moyenne tombée à 23 depuis le début des Ashes. Gay, lui, a certes aligné trois fifties pour sa première saison de Test, mais repart avec une moyenne sous les 25 et une révision gâchée dans un geste d’agacement. Son avenir immédiat dans le XI vacille.

Root frôle la catastrophe, Cox impose le calme

Dans ce contexte tendu, Joe Root entre avec tout le poids de la série, de la saison et de son retour au capitanat sur les épaules. Et même lui, l’homme des crises, tangue.

Sur 23, il se saborde presque tout seul : un coup mal jugé, la balle vient heurter ses propres stumps. Pakistan explose de joie. Puis le couperet tombe : Mohammad Ali a mordu la ligne, no-ball. Root est sauvé, le stade respire à nouveau.

Le capitaine ne s’en sort pas pour autant indemne. Plus tard, sur 34, il tranche une balle d’Abbas entre des slips figés. Une vie de plus. Autant de signaux que, ce matin-là, la marge d’erreur d’England est mince, trop mince pour un champion supposé maîtriser son sujet.

À l’autre bout, Jordan Cox ne tremble pas. Déjà convaincant plus tôt dans la série, l’homme d’Essex s’installe, ferme les écoutilles, laisse passer la tempête. Sa défense est plus sûre, ses choix plus nets que ceux de son capitaine. Il joue comme si la situation lui appartenait.

Run après run, Cox et Root étouffent l’élan pakistanais. Leur partenariat, 128 runs non partagés, efface le 2-2 initial et transforme la panique en procession. Cox termine sur 59*, Root sur 62*, la victoire scellée juste avant le déjeuner. Les nerfs ont chauffé, mais la ligne d’arrivée est franchie avec un calme retrouvé.

Pour Cox, cette matinée change tout : dans la perspective du retour de Jacob Bethell, la place d’Emilio Gay semble soudain beaucoup moins assurée.

Un été chaotique, une sortie par la grande porte

Cette victoire ne vaut pas seulement un 3-0. Elle met un point final à l’un des étés les plus agités de l’histoire récente d’England. Il y a moins de deux mois, l’équipe n’avait ni capitaine ni sélectionneur. Ben Stokes avait tiré sa révérence, le banc de touche était en suspens, l’avenir flou.

Root a repris le brassard en juin. Il le termine avec trois succès consécutifs, après une séquence précédente de seulement deux victoires en dix Tests. La trajectoire s’est inversée, même si tout n’a pas été maîtrisé.

Face à un Pakistan longtemps apathique, les doutes sur la solidité d’England n’avaient pas vraiment été testés. Il a fallu attendre la fin de cette troisième rencontre pour voir les locaux réellement bousculés. La réponse n’a pas toujours été brillante.

Vendredi, la stratégie au champ a implosé sous les frappes dévastatrices de Razaullah. Samedi matin, le haut de l’ordre s’est effondré. Donnez une centaine de runs de plus à cette cible, et le scénario aurait pu tourner au drame. Pakistan regrettera longtemps ses 133 misérables du premier jour.

Malgré tout, England a tenu. A survécu à la bourrasque. Et terminé la série avec une marge nette, sur le plan comptable au moins.

Le regard se tourne déjà vers l’hiver : tournées en South Africa, Bangladesh et Australia, où le niveau d’exigence grimpera d’un cran. Le nouveau head coach Stephen Fleming doit arriver dans les prochains jours, avec une pile de dossiers brûlants sur son bureau, à commencer par la paire d’ouvreurs.

Dès mardi, changement de format : série en white-ball contre Sri Lanka à Southampton, avec Brendon McCullum de retour aux commandes et Kevin Pietersen intégré au staff. L’agitation ne faiblit pas, mais England y arrive avec un capital confiance regonflé.

Pakistan, deux jours de révolte dans une tournée gâchée

Pour Pakistan, cette série restera un long champ de ruines, à peine illuminé par une fin de troisième Test enfin digne du niveau international.

Tout avait commencé par un symbole cruel : Azan Awais piégé lbw par Ollie Robinson sur la toute première balle du premier Test à Headingley. Depuis ce moment, Pakistan a couru derrière, sans jamais vraiment recoller.

La crise a dépassé le terrain. Menace d’abandonner le deuxième Test après la diffusion par Sky d’une interview avec les fils d’Imran Khan, défaite à Lord’s suivie d’un séisme interne : Sarfaraz Ahmed débarqué du poste de head coach, Mike Hesson parachuté, sept joueurs écartés du groupe. Les répercussions promettent d’être lourdes une fois de retour au pays.

À Birmingham, un véritable naufrage en deux jours a longtemps semblé probable. Puis, soudain, vendredi, la révolte. Le top order trouve enfin des réponses face à l’attaque anglaise, Masood (95), Razaullah (81), Babar (76) et Awais (59) redonnent de l’épaisseur à la carte de visite pakistanaise. Et Razaullah, surtout, embrase la soirée.

Le débutant, déjà remarqué pour sa vitesse en faisant tomber Root lors de son tout premier over en Test cricket, change de dimension avec la batte. Il démonte l’attaque d’England avec une audace et une puissance qui électrisent Edgbaston. Son 4-148 à la balle et ses 81 runs au bat lui offrent une double empreinte sur ce Test, et sans doute une place durable dans les plans de Pakistan.

Dans une tournée catastrophique, il représente le rare rayon de lumière. Un joueur brut, spectaculaire, que Pakistan devra façonner avec soin.

Une victoire, des questions

England sort donc d’Edgbaston avec une série blanche, un capitaine conforté, un jeune batteur qui frappe à la porte du long terme, et un nouveau sélectionneur sur le point de prendre les rênes.

Le score dit domination. Les détails racontent autre chose : une équipe encore fragile en haut de l’ordre, parfois hésitante tactiquement, mais capable de tenir sous pression et de s’arracher quand le sol se dérobe.

L’été a été turbulent. L’hiver dira si cette matinée de panique à 2-2 n’était qu’une alerte passagère… ou le signe avant-coureur des vraies tempêtes à venir.