Coco Gauff : la métamorphose de son service à l’US Open
Il y a un an, l’image avait fait le tour des courts annexes de Flushing Meadows : Coco Gauff, capuche sur la tête, frappant des services dans une pluie fine et tenace, l’air perdu. Une championne à bout de solutions, en guerre ouverte avec son geste le plus essentiel. Ses “yips” au service grignotaient son talent, sa confiance, son aura.
Douze mois plus tard, la scène a changé de décor. Même tournoi, même ville, mais une autre joueuse. À 22 ans, l’Américaine est revenue à New York avec un service refaçonné, assumé, et surtout redevenu une arme. Contre la Turque Zeynep Sonmez, elle s’est appuyée sur cette nouvelle base pour s’imposer 6-3, 6-4 au premier tour.
Un début de match qui annonce la couleur
Dès le tout premier jeu, le ton est donné. Gauff sert, tient sa mise en jeu blanc, sans trembler. Moins de 90 secondes, un 112 mph claqué plein axe, un autre ace, des premières balles injouables : Sonmez comprend vite que la bataille se jouera d’abord sur la qualité de retour.
Tant que la quatrième mondiale pose sa première balle dans le carré, l’échange n’existe presque pas. Dans ce premier set, Gauff empoche 93 % des points derrière sa première. Chiffre brutal, révélateur. Là où, l’an dernier, chaque lancer de balle semblait une épreuve, le geste est désormais fluide, répétable, presque libérateur.
La décision radicale qui a tout changé
Pour en arriver là, il a fallu un virage sec, presque désespéré. À la veille de son Grand Chelem à domicile en 2023, Gauff avait décidé de bouleverser son entourage technique. Elle s’était attaché les services de Gavin MacMillan, spécialiste en biomécanique, connu pour avoir aidé Aryna Sabalenka à dompter ses propres démons au service.
Le contexte rendait la décision encore plus risquée : elle sortait d’un tournoi de Cincinnati plombé par un nombre trop élevé de doubles fautes. Modifier un geste aussi sensible à la veille d’un US Open, où chaque séance d’entraînement est scrutée, chaque hésitation commentée, relevait du pari.
Le pari a d’abord semblé perdant. L’Américaine avait quitté le tournoi en larmes, éliminée en huitièmes de finale, tendue, crispée, submergée par l’enjeu et les regards braqués sur ce fameux service. Elle savait que tout le monde attendait de voir “le nouveau geste”. Elle sentait aussi le poids de la réputation de MacMillan. Les résultats, eux, tardaient.
Aujourd’hui, le décor est tout autre. Le travail discret porte ses fruits. Lancer de balle plus constant, balle moins projetée vers l’avant, poignet davantage verrouillé : des ajustements précis, presque chirurgicaux, qui ont rendu le geste plus fiable sans sacrifier la vitesse.
Cincinnati comme déclencheur
Le déclic s’est matérialisé cet été à Cincinnati. Gauff y a construit son titre en s’appuyant sur ce service revisité. Les analyses de ce tournoi ont confirmé l’impression visuelle : l’Américaine frappe désormais plus près des lignes, sans perdre en vitesse. La précision a rattrapé la puissance.
À New York, face à Sonmez, cette nouvelle version de son jeu a sauté aux yeux. Quand la première balle tombe dans le bon carré, elle est souvent “trop chaude” pour la joueuse turque. Les retours sortent, montent, ou ne partent tout simplement pas de la raquette.
Le moment de vérité dans le deuxième set
Le match aurait pourtant pu basculer. Menant 1-0 dans le deuxième set après un break d’entrée, Gauff voit Sonmez revenir à 2-2, puis se procurer trois balles pour mener 4-2. L’an dernier, dans ce genre de séquence, le bras se serait tendu, le doute se serait infiltré, la double faute aurait rôdé.
Cette fois, le service répond présent. Ace précis extérieur, première balle à 115 mph que Sonmez ne touche pas : Gauff s’arrache, tient un jeu qu’elle aurait probablement laissé filer il y a douze mois. Ce jeu-là change tout. Il stabilise le score, mais surtout, il valide tout le travail accompli. Derrière, l’Américaine enchaîne en prenant une nouvelle fois le service adverse pour mener 4-3.
La fin de match se joue alors sur ce qui est devenu son socle. Au moment de servir pour conclure, Gauff ne se cache plus. Trois premières balles non retournées, toutes juste sous la barre des 120 mph, trois balles de match offertes par son bras droit. Sonmez craque dès la première après un court échange. Rideau.
D’une prière à une certitude
Les mots de Gauff résument le chemin parcouru. L’an dernier, expliquait-elle, elle montait à la ligne de service en espérant simplement “mettre la balle dans le carré”. Cette année, l’approche a changé de dimension : elle pense “ace”, elle pense vitesse, elle pense impact. Elle vise systématiquement les 110, 115, 120 mph dès que la situation le permet, avec la conviction que la balle ne reviendra pas souvent.
Il reste des doubles fautes, bien sûr. Le geste n’est pas devenu parfait, il s’est surtout transformé en arme assumée. La nuance est capitale : ce n’est plus un point faible à cacher, mais un levier pour dominer.
Tête de série numéro 4, portée par ce service retrouvé, Gauff avance désormais dans son tableau avec une certitude nouvelle. Au deuxième tour, elle affrontera Paula Badosa ou Daria Kasatkina. Deux profils différents, deux défis tactiques, mais une même interrogation : qui, aujourd’hui, a vraiment envie d’affronter une Coco Gauff qui commence chaque point en tenant de nouveau la balle… et les commandes du match ?




