logo

Clarke brille avec Nottinghamshire face à Hampshire

À Trent Bridge, la journée avait commencé avec un pari. Une surface vert émeraude, tendue comme un piège, offerte à l’un des meilleurs seamers étrangers du circuit, Kyle Abbott. Huit overs plus tard, Nottinghamshire vacillait à 20-3, Hampshire tenait le match dans sa main… et Joe Clarke n’avait toujours pas marqué le moindre point.

La suite a raconté une toute autre histoire.

Abbott frappe, Notts chancelle

Mis à la batte, Nottinghamshire a vite compris le prix de cette audace. Abbott, 40 ans cette saison mais toujours aussi tranchant, a ouvert la plaie d’entrée : Haseeb puis Freddie McCann, tous deux pour de maigres unités, renvoyés au pavillon. Scott Currie a enfoncé le clou en forçant Ben Slater à rater un pull, pris en hauteur.

Slater, déjà secoué plus tôt par un terrible plein fouet au bras sur un full toss à hauteur de poitrine d’Eddie Jack, n’a pas tenu bien longtemps après la longue interruption. Quand il est tombé, aucun des deux nouveaux batteurs n’avait encore affronté une balle. Clarke, lui, a eu besoin de 22 livraisons pour enfin débloquer son compteur. Le ton était donné : ce serait un combat de survie.

Haynes riposte, Clarke s’installe

Là où Clarke a choisi la patience, Jack Haynes a préféré la contre-attaque. Eddie Jack, imprécis à la veille de ses 21 ans, a été ciblé sans ménagement. Puis ce fut au tour du jeune Manny Lumsden, si brillant avec England Under-19 contre le Pakistan la semaine précédente, de découvrir la dureté du County Championship : deux six et un quatre en quatre balles, punition nette.

En huit overs, 64 points sont tombés. La pression s’inversait, Nottinghamshire respirait à nouveau. Juste avant le déjeuner, Abbott est revenu pour remettre de l’ordre, faisant tomber Haynes pour 48 sur 46 balles. À la pause, le tableau d’affichage indiquait 106-4. Le danger restait bien réel, mais Clarke, lui, s’était enraciné.

Le calme de Clarke, l’appui de Hay

Mitchell Hay, cinquième recrue étrangère estivale de Notts, a ensuite apporté exactement ce dont son équipe avait besoin : du temps et du sang-froid. Avec Clarke, il a d’abord construit une association de 136 points pour le quatrième guichet. Le Néo-Zélandais, pourtant réputé pour son jeu agressif en balle blanche, a accepté de s’effacer, de laisser Clarke dicter le tempo.

Hay aurait dû tomber plus tôt : sur 29, il est laissé en vie par un drop au deuxième slip. Un répit cher payé par Hampshire. Finalement, 25 minutes avant le thé, il cède en coupant une balle qui se relève d’Eddie Jack, pris derrière pour 49 lors de ses débuts en championnat.

Clarke, alors à 99, ne tarde pas à franchir la barre symbolique. Son centième point arrive en 159 balles, une masterclass de gestion dans des conditions hostiles. Son quatrième century d’une campagne déjà énorme. Mais à peine le premier point de bonus de batte sécurisé, il se fait surprendre : drive sur Currie, et Ben Brown s’offre sa cinquième prise de la journée. Nottinghamshire est à 262-6 à l’intervalle, soulagé mais encore loin d’être à l’abri.

Patterson-White, le coup de massue final

Au retour, Fraser Sheat, compatriote de Hay à Canterbury, ne fait qu’un bref passage (5 points) avant de rendre une nouvelle prise à Abbott. Hampshire sent la possibilité de limiter la casse. C’est le moment que choisit Liam Patterson-White pour retourner le scénario.

Toujours porté par son century invaincu cinq jours plus tôt, le gaucher se met à dicter le jeu. Il ajoute 44 points avec Olly Stone, avant que ce dernier n’offre à Lumsden son premier wicket en championnat, encore une fois via les gants de Brown. Hampshire obtient des bribes de réconfort, mais le match commence à leur échapper.

Le nouveau ballon est pris aussitôt. Troisième livraison : Dillon Pennington, sur 4, échappe à Abbott, privé de la perspective d’un cinquième wicket. Une occasion manquée qui va coûter cher. Pennington et Patterson-White empilent 39 points de plus pour le neuvième guichet, 47 en sept overs, dans une fin de manche qui tourne à l’attaque en règle d’une attaque fatiguée.

Currie finit par stopper Pennington, pris en couverture sur un catch en course du même Currie. Patterson-White, lui, pousse le carnage jusqu’à 92. Neuf hommes en bord de corde ne suffisent pas : il finit par offrir une chandelle, enfin captée, mais le mal est fait. Les trois derniers wickets ont ajouté 112 points. Nottinghamshire termine à 377, avec trois points de bonus de batte en poche. Currie s’en sort avec 4-61, des chiffres flatteurs au vu de la déferlante de fin de manche. Abbott boucle, lui, avec 4-82 et une nouvelle démonstration de longévité.

Hampshire sous pression, Nottinghamshire dans la course

Hampshire, toujours menacé par une relégation en Division Two pour la première fois depuis 2014, a au moins résisté aux derniers overs. Nick Gubbins et Felix Organ ramènent l’équipe au vestiaire sur 12-0, sans casse, et trois points de bonus de batte et de balle de chaque côté.

Mais le contexte reste lourd. Avec un déficit de 30 points à combler pour se mettre à l’abri, même la perspective d’éventuelles pénalités pour Leicestershire – et peut-être Surrey – ne suffit pas à calmer les inquiétudes.

Nottinghamshire, champion en titre, regarde vers le haut. Quatre points de retard seulement sur Somerset après ce premier jour, un Joe Clarke en feu, un Patterson-White en pleine confiance, et un effectif renforcé par un cinquième étranger déjà dans le ton.

La question est simple désormais : ce 377, bâti au bord du gouffre puis consolidé à coups de centuries et de contre-attaques, sera-t-il le socle d’un nouveau coup d’accélérateur dans la course au titre, ou juste une belle journée isolée dans une saison qui refuse encore de livrer son verdict ?