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Chaos en 80 secondes : Allen-Carty à Croke Park

Sous les yeux de 83 000 fans, un chaos en 80 secondes

Croke Park attendait une grande soirée de boxe, un long bras de fer de lourds entre Dave Allen et Thomas Carty en lever de rideau du dernier combat de Katie Taylor. L’arène était pleine, l’ambiance électrique, le décor parfait pour un local hero face à un Britannique populaire.

Le combat, lui, a duré… 80 secondes.

Un clinch, un premier coup derrière la tête, puis un second dans la foulée. Et soudain, une image irréelle : Thomas Carty qui bascule, glisse entre les cordes et tombe hors du ring. Un lourd gabarit projeté dans le vide, stoppant net le vacarme de Croke Park.

Le temps s’est figé.

Carty, sonné, se retrouve au sol, coincé, une jambe prise sous un tabouret. Il raconte avoir heurté un banc, puis le sol, sans vraiment se souvenir de la séquence. Il parle de douleurs à l’arrière du crâne, au cou. Autour de lui, une nuée : soigneurs, officiels, photographes, son entraîneur, les médecins. Une vingtaine de personnes penchées au-dessus de lui.

Impossible de le faire repartir. Sur avis du médecin, l’arbitre arrête tout. No-contest.

Un no-contest sous les huées

Dans le ring, Dave Allen ne comprend pas vraiment ce qui se passe. La demi-reprise n’a été qu’un tourbillon. Il voit son adversaire voler hors des cordes, s’interroge : disqualification ? victoire ? annulation ? Personne ne sait, pendant de longues minutes.

Au bord du ring, l’arbitre, le médecin et la commission locale discutent. Les scénarios sont clairs :

  • Si la chute est provoquée par un coup légal, Allen peut être déclaré vainqueur.
  • Si le coup derrière la tête est jugé intentionnel ou directement responsable de la blessure, Carty peut hériter d’un succès polémique.

Finalement, le verdict tombe : accident involontaire. No-contest.

Sur les écrans géants, le ralenti montre les coups d’Allen à l’arrière de la tête. Le public irlandais réagit instantanément. Huées nourries. Dans les tribunes, beaucoup sont convaincus que les frappes illégales ont provoqué la chute.

Carty, lui, ne mâche pas ses mots sur la nature de ces coups, sans pour autant accuser Allen de préméditation. Il parle de « vieux trucs », de tentatives pour le toucher derrière l’oreille, mais juge les gestes « complètement inutiles ».

Allen se défend : il se décrit comme un boxeur « rugueux, pas sale ». Il explique qu’il frappe parfois sans trop regarder, cherchant simplement à toucher. Selon lui, Carty se baisse sur le premier coup, puis se rue sur lui tête en avant sur le second, tournant la tête au moment où son poing part vers l’oreille. Résultat : l’impact finit plein arrière du crâne.

Une polémique… et des doutes

Quand Carty reste longtemps au sol, à l’extérieur du ring, une partie des réseaux sociaux s’enflamme. Certains y voient un abandon déguisé, une volonté de ne pas continuer. L’Irlandais tombe de haut en découvrant ces accusations.

Il rappelle que, dans cette courte minute de combat, c’est lui qui avançait, qui touchait. Selon lui, les seuls coups encaissés l’ont été derrière la tête. Il juge « absurde » l’idée qu’il ait pu chercher une porte de sortie.

Il déroule aussi tout ce que ce retour lui a coûté : des mois de galère après une rupture des ligaments croisés, un investissement financier lourd, les sacrifices de son équipe, une paie loin d’être mirobolante à ce niveau. Il misait sur ce combat pour décrocher une affiche plus lucrative derrière. Dans sa tête, il aurait dû être en train de planifier la suite. À la place, il ne pense qu’à une chose : la revanche.

Carty la veut, clairement. Le scénario fou, le contexte, la frustration, tout pousse vers un deuxième acte. À Croke Park ou ailleurs, ce Allen–Carty II aurait une vraie valeur d’affiche, cette fois en tête de soirée.

Allen tourne la page

Mais Dave Allen, lui, ne regarde pas en arrière. Il ne voit aucun intérêt à remettre ça. Il rappelle qu’il a accepté Croke Park pour une raison bien précise : un accord lui garantissant des places pour certains de ses boxeurs sur d’autres galas. Six créneaux obtenus, un deal qui, à ses yeux, justifiait le risque. Rien de plus.

Il affirme n’avoir aucune rancune envers Carty, dit croire son adversaire lorsqu’il assure ne pas avoir cherché l’issue de secours. Il répète qu’il ne pense pas qu’il ait simulé. Mais la revanche ne l’attire pas. Pas dans ses plans, pas dans le peu de temps qu’il lui reste sur le ring.

Le Britannique confie qu’il n’envisage plus qu’un ou deux combats avant de ranger les gants. Son obsession de fin de carrière est ailleurs : le titre de champion de Grande-Bretagne chez les lourds. Un objectif clair, une sortie par la grande porte. Sans Thomas Carty sur la route, si l’on s’en tient à son discours.

Un combat fantôme, une question ouverte

Dans un sport qui adore les rivalités inachevées, les trilogies, les comptes à régler, cette histoire détonne. Allen ne ressent pas ce besoin viscéral de conclure. Carty, lui, ne pense qu’à ça.

La soirée de Croke Park laisse donc un drôle de goût : un combat attendu, un chaos visuel, aucune décision sportive, un no-contest qui ne satisfait personne, et deux trajectoires qui semblent déjà se séparer.

Allen–Carty restera peut-être comme l’un de ces « et si ? » qui peuplent la boxe.

Et si Carty n’était pas passé à travers les cordes ?

Et si l’arbitre avait jugé autrement ?

La suite de leurs carrières dira si ce soir-là à Dublin n’était qu’un incident isolé… ou le point de départ d’un regret durable.