Aryna Sabalenka en finale de l'US Open : défi pour un triplé historique
NEW YORK — La nuit était lourde, humide, poisseuse sur l’Arthur Ashe Stadium. Elle n’a pas suffi à freiner Aryna Sabalenka. La Biélorusse s’est ouverte une nouvelle fois la route de la finale de l’US Open en écartant Jessica Pegula 7-5, 6-2, et se retrouve à une victoire d’un troisième titre consécutif à Flushing Meadows.
Face à elle, samedi, se dressera Elena Rybakina, celle qui la délogera du trône de numéro 1 mondiale lundi, quel que soit le résultat. Le décor est planté : un choc de reines pour un règne new-yorkais.
Défendre New York, l’exploit ultime
Garder son titre à l’US Open tient presque de l’excentricité statistique. Le tournoi arrive au bout d’une saison qui a déjà essoré les corps et les têtes. Les leaders y débarquent souvent cabossées, parfois rincées. C’est le moment où les favorites se font surprendre, où la moindre faille se paie cash.
Sabalenka, elle, joue pour un triplé dans ces conditions-là. Et ce, après quatre mois de doutes. Son début d’année frisait l’intouchable. Puis, à partir d’avril, les fissures sont apparues. Des défaites qu’elle offrait autant qu’elle les subissait, des grands rendez-vous où sa puissance se retournait contre elle.
Cette version fragile d’Aryna Sabalenka, celle qui s’étrangle dans les grands points, a disparu en posant le pied à New York pour son dernier Grand Chelem de la saison. Exactement comme l’an passé, mais dans un contexte mental différent. En 2025, elle perdait surtout en finale. En 2026, elle a dû lutter contre elle-même bien plus tôt.
Cette fois, le discours a changé. Après sa victoire, elle a expliqué se sentir « confiante », « mentalement et physiquement très forte ». Six matches, six victoires, et un visage radicalement transformé.
Sabalenka, l’énergie de New York
Il y a une connexion presque viscérale entre Sabalenka et cette ville. Elle a appelé son cavalier King Charles « Ash », en hommage à ce stade qu’elle considère comme son jardin. Jeudi soir, elle a joué comme chez elle, dans une arène pleine à craquer, 24 000 personnes massées dans les gradins, prêtes à pousser Jessica Pegula, l’enfant du pays.
Elles n’en ont jamais vraiment eu l’occasion.
Sabalenka a étouffé l’Américaine dès le départ. Une seule balle de break concédée dans le premier set, effacée avec un schéma simple, brutal : service puissant, coup droit encore plus violent derrière. Pegula, numéro 3 mondiale, n’a presque jamais eu prise sur le match.
Elle a bien tenté de verrouiller le centre, de frapper à plat dans l’axe pour forcer la Biélorusse à la faute, couper les angles, empêcher ces trajectoires croisées qui font exploser les échanges. Rien n’y a fait. Le souvenir de Berlin, où Pegula lui avait infligé un 6-0 sur gazon, paraissait soudain lointain, presque irréel.
Sur herbe, les balles rasent le sol, les frappes à plat de l’Américaine restent basses, et la grande Sabalenka, un mètre quatre-vingt, peine à plier les jambes pour faire remonter son coup droit lourd en topspin. Sur dur, le scénario change complètement.
Le dur, son royaume
Sabalenka rayonne sur cette surface, et encore plus sur ce court-là. Elle l’a résumé simplement : des courts rapides, mais qui rebondissent assez pour lui permettre de repousser son adversaire loin derrière la ligne. Jeudi, Pegula a passé le match à reculer.
Le premier set a ressemblé à une démonstration de tennis de haut vol : échanges secs, intenses, presque sans déchet. Onze jeux de service tenus de suite, quelques grimaces de Sabalenka quand la balle restait dans le filet ou quand Pegula trouvait un rare coup gagnant. Mais la pression montait, jeu après jeu, toujours dans le même camp.
À 5-6, l’Américaine a craqué. Deux fautes provoquées par la puissance adverse, une double faute dans la touffeur du moment, puis un dernier échange conclu par une attaque plein centre de Sabalenka. Pegula file dans le filet, le set s’envole. La championne en titre est déjà à mi-chemin de la finale.
La suite ? Encore plus propre. Sabalenka a déroulé, sans grand geste théâtral, juste un léger serrage de poing au moment de conclure. L’idée du triplé s’installe, presque naturelle, dans la ville de tennis qu’elle aime plus que toute autre.
Pegula, face à un mur
Après la rencontre, Jessica Pegula a choisi l’ironie pour évacuer la frustration. Elle a raconté avoir plaisanté avec le clan Sabalenka : « Est-ce qu’elle nous aime bien ? On est des gens sympas. Est-ce qu’un jour elle pourrait être un tout petit peu moins forte, juste pour que j’aie une chance ? »
Derrière le sourire, un constat : Sabalenka ne lui a rien laissé. Elle n’a même pas servi de manière exceptionnelle, avec seulement 55 % de premières balles. Mais ses secondes, lourdes, liftées, vicieuses, ont suffi à lui faire gagner deux tiers des points derrière. Pour Pegula, c’était comme jouer contre un service à deux vitesses, sans refuge possible.
L’Américaine arrivait pourtant lancée. Depuis sa sortie dès le premier tour à Roland-Garros, elle affichait un bilan de 22 victoires pour 5 défaites, une quasi-garantie d’aller loin dans chaque tournoi. Face à Sabalenka, cette dynamique s’est évaporée.
Une fois la Biélorusse calée sur le rythme à plat de son adversaire, Pegula s’est retrouvée sans plan B. Elle l’a reconnu elle-même : elle n’a ni le service d’une Rybakina pour se sortir de la nasse, ni l’explosivité athlétique d’une Coco Gauff pour s’arracher des échanges perdus d’avance. Et ce soir-là, elle était persuadée que la Sabalenka qu’elle avait en face aurait battu n’importe qui.
Une reine des Grands Chelems sur dur
La question, maintenant, est simple : peut-elle le refaire une dernière fois cette année ? Depuis quatre saisons, Sabalenka règne sur les Grands Chelems sur dur. Quatre finales consécutives à l’US Open. Deux titres déjà. Quatre finales d’affilée à l’Open d’Australie, deux trophées également.
Le troisième sacre lui échappe à Melbourne, où elle a perdu les deux dernières finales. New York, elle en est convaincue, peut raconter une autre histoire.
Elle y joue comme si la ville lui appartenait. Samedi, face à Elena Rybakina, ce ne sera pas seulement une finale. Ce sera un bras de fer pour un territoire, pour un triplé historique, et pour rappeler que, numéro 1 ou pas lundi, la patronne du dur, ici, c’est encore elle.




