Angleterre domine le Pakistan à Lord’s : série 2-0
À Lord’s, tout a fini par tourner autour d’un seul chiffre : 2-0. Deuxième victoire en deux Tests pour l’Angleterre, série gagnée avec un match d’avance, et une impression nette de domination totale sur un Pakistan dépassé par le rythme, les conditions et un homme en particulier : Ollie Robinson.
L’Angleterre s’impose par 194 runs après avoir renvoyé le Pakistan pour 194 dans sa deuxième manche, à des années-lumière de l’objectif théorique de 389. Le tout en moins de quatre jours effectifs, météo capricieuse comprise. Le message est brutal, limpide, presque humiliant.
Robinson, l’été de la revanche
On avait parlé de « retour ». C’est devenu une démonstration. Robinson signe 4-24 dans cette deuxième manche, pour des chiffres de match à 8-35. Sur l’ensemble de l’été, 23 wickets en trois Tests, pour une moyenne à huit. Ce n’est plus une résurgence, c’est une prise de pouvoir.
Sur une pelouse où la balle bougeait comme rarement, le pacer de Sussex a joué à son jeu préféré : pas de vitesse extrême, mais une précision chirurgicale, longueur implacable, stumps et pads constamment menacés. Souvent, le wicketkeeper se tient presque collé aux stumps. Peu importe. La balle fait le reste.
Dès le début de la poursuite pakistanaise, il coupe les jambes des visiteurs. Azan Awais, puis Abdullah Shafique tombent dans sa troisième over. Score : 14-3. Lord’s comprend tout de suite : ce Test ne verra pas un cinquième jour.
À l’autre bout, Jofra Archer allume le radar. Vitesse, agressivité, un bouncer à 89 mph qui terrasse Babar Azam. Le Pakistan perd son capitaine, son repère, son souffle. La nouvelle paire de balles neuves Robinson–Archer, contrastée mais terriblement complémentaire, donne déjà des airs de futur pilier à cette attaque anglaise recomposée après la retraite de Ben Stokes.
Shakeel résiste, mais le mur reste trop haut
Au milieu des débris, un homme refuse la capitulation immédiate : Saud Shakeel. Son 97 est tout sauf cosmétique. C’est un acte de résistance, un bras de fer avec une attaque en pleine confiance.
Avec Shan Masood, il construit un partenariat de 97 runs qui, un instant, fait douter Joe Root. Le capitaine anglais change de plans, tente d’autres angles, va jusqu’à lancer Dan Lawrence et son off-spin pour deux overs. Rien n’y fait vraiment : Shakeel encaisse, bloque, contre-attaque.
Il encaisse aussi physiquement. Touché au casque par Archer puis par Josh Tongue, il ne recule pas. Quand Tongue opte pour un plan bouncers à répétition, Shakeel répond par deux six consécutifs, puis un pull pour quatre qui le propulse à 96. Lord’s retient son souffle. Le centenaire semble écrit.
Le danger, pourtant, ne change pas de visage. Tongue insiste, même plan, même zone. Shakeel se remet en position pour le coup qui doit le faire entrer sur le tableau d’honneur… et trouve Harry Brook en bord de limite à long leg. Pris à 97. Silence, puis applaudissements. Le symbole de la journée pakistanaise : courageux, valeureux, mais toujours un coup en retard.
Tongue termine avec 3-46, Archer avec 2-73. Pakistan, lui, s’arrête à 194. Quatrième manche de la série, et toujours pas une seule fois au-dessus de 200.
Abbas sur le tableau, l’Angleterre sur la série
Ironie du jour : sur le plan individuel, c’est peut-être la meilleure performance pakistanaise de la série. Muhammad Abbas, 36 ans, finit enfin sur le tableau d’honneur de Lord’s. Trois fois, il était passé tout près. Cette fois, il boucle l’affaire avec 5-57.
L’Angleterre repartait ce matin à 177-7. Abbas ne traîne pas. Il surprend Lawrence avec une balle qui rentre et le bat sur l’intérieur. Robinson, héros de la balle, devient victime du mouvement : edge derrière, cinquième wicket pour Abbas, bras levés vers le ciel. L’Angleterre est finalement limitée à 208 dans sa deuxième manche. Total modeste, mais suffisant dans ces conditions.
Avec 389 à chasser, le Pakistan ne vise pas vraiment la victoire. Son objectif réel est plus modeste : tenir, pousser le match vers un cinquième jour, sauver un peu de fierté après les 110 runs de la première manche et la débâcle de Headingley. Ce plan vole en éclats en 7,1 overs. Trois wickets tombent, Imam-ul-Haq est absent sur blessure, le spectre de l’humiliation plane.
Shakeel et Masood repoussent un temps l’inévitable, mais Root rappelle Robinson. L’effet est immédiat. Masood tombe lbw après review. Muhammad Rizwan suit, lui aussi leg before, en tentant un coup de dés. L’Angleterre serre l’étau, Archer et Tongue finissent le travail. Robinson n’a même pas besoin de revenir pour une cinquième prise.
Une série gagnée sur le terrain… et marquée par le hors-champ
Cette victoire, pourtant, ne restera peut-être pas uniquement dans les mémoires pour ce qui s’est passé entre les cordes. Le contexte a pesé. En amont, la controverse Brydon Carse occupe l’espace médiatique. Puis, dès le premier jour, la Pakistan Cricket Board menace de plier bagage, d’interrompre match et tournée, après la diffusion par Sky d’une interview des fils de l’ancien capitaine et Premier ministre Imran Khan.
Sur le terrain, l’histoire est presque un copier-coller de Headingley. Robinson mène une attaque anglaise bricolée dans l’urgence après la page Stokes, mais qui respire déjà l’avenir. Dans le top 6, Jordan Cox et Dan Lawrence signent à nouveau des demi-centuries, des signaux forts pour leur avenir à ce niveau. Emilio Gay, lui, attend encore l’inning qui fixera son statut d’ouvreur.
La surface de Lord’s, plus saine que celle qui avait vu tomber la Nouvelle-Zélande en juin, offre parfois un rebond inégal, mais surtout une aide constante aux seamers, amplifiée par un temps humide. Dans ces conditions, le Pakistan se retrouve dans le rôle que l’Angleterre connaît trop bien à l’étranger face au spin : celui de l’équipe mal à l’aise, incapable d’adapter assez vite sa technique.
Le constat est implacable : sur ces deux premiers Tests, l’Angleterre a été aussi bonne que le Pakistan a été décevant. Joe Root, pour son deuxième mandat de capitaine, empoche déjà une première série, la première du pays depuis 2024. Et il lui reste un match à jouer.
Vers Edgbaston, avec une question simple
Le troisième et dernier Test débute mercredi 9 septembre à Edgbaston. L’Angleterre y arrivera avec une avance de 2-0, une attaque en pleine confiance, un Robinson au sommet de son art et un Pakistan qui, en quatre manches, n’a toujours pas atteint 200.
Dans ce contexte, une seule question s’impose vraiment : quelqu’un voit-il comment ce Pakistan-là peut empêcher un 3-0 ?




