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Aneurin Donald : un retour triomphant à Cardiff

Jeudi, à Cardiff, Aneurin Donald ne sera pas seulement en train d’ouvrir le batting pour l’Angleterre. Il reviendra chez lui, au pays de Galles, au bout d’un chemin qu’il pensait brisé à jamais.

À 29 ans, le batteur explosif sort tout juste de sa première cape internationale, mardi à Southampton, lors du large succès de l’Angleterre contre le Sri Lanka en ouverture de la série T20, remporté par 119 runs. Entré en fin d’innings, il a claqué 12 runs en cinq balles. Rien d’énorme sur la feuille de stats, mais la soirée appartenait surtout à Harry Brook, capitaine en feu avec un brutal 114* sur 49 balles, et à Jos Buttler, auteur de 80.

Pour Donald, l’histoire se joue ailleurs. Deux jours après être devenu le premier joueur passé par Glamorgan à représenter l’Angleterre depuis Simon Jones en 2005, il s’apprête à recevoir, à Cardiff, une cape sur sol gallois. Et cela change tout.

« Obtenir une cape internationale sur le sol gallois serait l’un des moments les plus spéciaux de ma carrière », confie-t-il. Il parle de drapeau, de fierté, de dette. « J’ai l’opportunité de porter le drapeau pour tous ceux qui ont investi du temps et de l’énergie en moi, et au-delà, pour tout le cricket gallois. C’est une responsabilité supplémentaire mais je suis déterminé à essayer de faire honneur au drapeau. »

Des hivers glacés à Gorseinon à la lumière de Cardiff

Donald vient de Gorseinon, un club de quartier dans une banlieue de Swansea. Un de ces endroits où le cricket se construit dans le froid, sous les néons d’une salle, bien loin des projecteurs de Lord’s. Ses parents, Andrew et Jocelyn, son frère Gafyn, sa compagne Heather : tous ont porté ce rêve avec lui.

« Ça rendrait tous ces jours d’hiver froids et humides, dans notre petit couloir indoor là-bas, complètement justifiés », sourit-il. Gorseinon, pour lui, ce n’est pas seulement un club. « C’est un endroit tellement spécial. Tout le monde a fait des sacrifices, de ma famille à tous mes coachs, partout où je suis passé. Je suis sûr qu’il y aura quelques personnes qui monteront à Cardiff et ma famille a probablement acheté une tribune ! Il y aura un coin très bruyant pour moi. »

Cette clameur accompagnera un joueur arrivé en sélection par la voie la plus directe : les runs. Passé par la filière de Glamorgan, Donald a explosé ces deux dernières saisons avec Derbyshire en T20 Blast et avec Trent Rockets dans The Hundred. Avec la blessure de l’autre Gallois, Phil Salt, il s’est vu confier le rôle d’ouvreur pour l’Angleterre – une équipe qui, malgré son nom, représente bien l’Angleterre et le pays de Galles – aux côtés de Jos Buttler.

« C’est irréel et je ne pense pas avoir encore vraiment réalisé », reconnaît-il. « Si vous m’aviez parlé il y a un mois, je ne suis pas sûr que j’aurais eu ça sur mon radar. Ce sont quelques semaines complètement folles, mais dans le bon sens. Tout ce que vous faites jeune, adolescent puis pro, tout construit ce moment. »

Mardi, il est devenu le plus vieux batteur à faire ses débuts en T20 pour l’Angleterre depuis neuf ans. Un détail statistique qui prend une autre dimension quand on sait qu’il a porté le brassard de capitaine de l’équipe des moins de 19 ans… il y a déjà dix ans.

Deux ligaments croisés, mille doutes

Avant Cardiff, il y a eu le vide. Deux graves blessures au genou, en 2019 puis en 2020. Deux ruptures du ligament croisé antérieur qui ont fait vaciller une carrière annoncée très tôt. La question a fini par s’imposer : et si tout cela n’aboutissait jamais ?

« Sans aucun doute », répond-il quand on lui demande s’il a cru que ce jour ne viendrait jamais. « Je pensais que ça m’était peut-être passé sous le nez. J’étais arrivé sur la scène avec beaucoup d’opportunités et cette sélection avait toujours été le but. C’est pour ça que vous travaillez. Mais j’ai eu ma part de hauts et de bas. Avec ces deux blessures aux ligaments croisés et quelques années difficiles derrière, une cape internationale était la dernière chose à laquelle je pensais. Je voulais juste rejouer au niveau professionnel et espérer que ma carrière n’était pas finie. »

Il marque une pause, puis lâche la phrase qui résume tout : « Vous pensez que c’est probablement parti, mais vous n’abandonnez jamais. Et soudain, me voilà. »

Le batteur qui casse les matches

S’il est revenu, c’est parce qu’il a choisi de pousser son profil à l’extrême. Un frappeur de haut de l’ordre, agressif, assumé, qui ne s’excuse pas de prendre des risques.

Capitaine de Derbyshire cette saison, il a empilé 489 runs en 12 matches de Vitality Blast, avec un chiffre qui parle pour lui : 37 sixes, personne n’a fait mieux dans la compétition. Résultat, une place dans l’effectif de Trent Rockets et une route jusqu’à la finale de The Hundred, avec un taux de frappe au-dessus de 200 dans les deux compétitions.

Avec England Lions, il a encore frappé fort : 31 runs en huit balles contre Sri Lanka A à Chelmsford, vendredi. Toujours la même signature : attaque frontale, tempo maximum.

« J’ai toujours eu cet état d’esprit offensif et cette capacité à frapper fort », explique-t-il. « Dans un paysage du cricket qui change sans cesse, c’est un bon endroit où se trouver. Ces dernières années, j’ai doublé la mise sur ce que je fais de mieux et j’ai identifié ce qui me rend différent. J’ai l’impression d’avoir totalement adhéré à ça et je dois remercier Derbyshire pour la façon dont le club m’a accompagné. »

Son dernier argument, il l’a posé à Lord’s, en finale de The Hundred : 38 runs en 19 balles sous les yeux du sélectionneur white-ball, Brendon McCullum. Le bon moment, le bon décor.

« Je suppose que la dernière case à cocher, c’était de marquer quelques runs sous pression sur une grande scène, avec le sélectionneur de l’Angleterre dans les tribunes. C’était le scénario idéal. Les coachs internationaux veulent voir de leurs propres yeux, valider les chiffres que vous affichez. J’espère pouvoir jouer un style qui lui plaît et qu’il veut voir avec l’Angleterre. »

Un rôle clair : ouvrir les portes, pas les fermer

Cette semaine, personne ne devrait lui demander de se renier. Son rôle est défini, presque brut : casser le match.

« On m’a donné l’opportunité de jouer un rôle spécifique et, je l’espère, d’apporter des victoires à l’Angleterre », pose-t-il. « C’est ce qui m’a amené là. C’est une façon unique de jouer mais je pense que c’est la meilleure pour moi. Mon job, c’est de briser les matches, de prendre de l’avance sur le taux de scoring et de mettre un maximum de pression dès le début, en étirant le powerplay. »

Il ne se cache pas. « Je me sens au niveau de n’importe qui dans le pays pour faire ça. Et quand vous regardez tous les joueurs derrière moi dans la ligne, ça m’encourage encore plus à prendre ce rôle à bras-le-corps. Quand vous avez des joueurs de classe mondiale qui arrivent après vous, ça ne sert à rien de tergiverser et de gaspiller des balles. »

Il ne veut pas être un figurant, encore moins un nom de passage. « Je veux montrer que je peux rivaliser à ce niveau, pas juste jouer un petit rôle, mais, je l’espère, gagner des matches pour l’Angleterre. »

Et pourtant, au milieu de cette ambition, il garde une lucidité presque désarmante. « À un niveau plus global, c’est essayer d’absorber tout ça. J’espère avoir d’autres opportunités après, mais si c’est tout ce que j’ai, il s’agit de profiter de chaque moment. D’essayer de ne pas se faire happer par le tourbillon. On ne sait jamais où tout ça peut mener. Ce sont déjà quelques semaines qui ont changé une vie et j’espère que ça va continuer encore un peu. »

Jeudi, à Cardiff, il y aura un coin de tribune gallois qui fera plus de bruit que les autres. Aneurin Donald s’avancera pour affronter la première balle. Le reste, désormais, dépend de ce qu’il sait faire de mieux : frapper assez fort pour que plus personne n’ose dire que ce rêve était arrivé trop tard.