logo

Yorkshire renverse Somerset : un tournant décisif dans la course au titre

Le froid pique à Headingley, les stadiers enfilent des gants. Sur le terrain, pourtant, tout brûle. Yorkshire vient de renverser Somerset par 185 runs, un succès massif qui secoue la course au titre et redonne un peu de fierté à un club longtemps bousculé cette saison.

Le dernier acte aura duré 82 minutes. Matt Revis fracasse les stumps de Jake Ball, les mains se serrent, les accolades fusent. Ben Cliff, 11 wickets dans le match, quitte la pelouse ballon levé, ovationné, sous le regard de sa famille. L’icône du jour, le « heartbreaker », comme on le murmure déjà dans les travées.

Dans le vestiaire d’en face, silence lourd. Somerset s’en va avec ses rêves de titre sérieusement amochés.

Hill et Bess, le partenariat qui change tout

Ce match, Yorkshire ne l’a pas gagné ce matin, mais la veille. Quand George Hill et Dom Bess ont décidé de s’accrocher, de casser le rythme, de faire vieillir la balle et les nerfs adverses.

Partis loin derrière, ils signent une septième-wicket partnership de 166 runs. Une œuvre de patience, mais avec ce soupçon de panache qui fait basculer une saison. Hill s’arrête à 89, meilleur score de sa saison, sur un pull top-edge capté par Craig Overton, qui le félicite jusqu’à la corde. Bess tombe à 77, ancien de Somerset, futur sujet de plaisanteries dans le discours de témoin de Tom Abell à son mariage le mois prochain.

Grâce à eux, Somerset se retrouve à devoir courir après 287. Un total qui, sur cette surface, ressemble moins à un défi qu’à un piège.

Jason Kerr, l’entraîneur de Somerset, ne se cache pas : « Si tu poursuis 150, ce n’est pas le même match que 280. Bess et Hill ont été excellents. » Mais l’admiration n’efface pas le constat : Yorkshire a joué le meilleur cricket.

Cliff, Coad, Revis : la meute de Yorkshire dévore Somerset

La chasse commence très vite. Première over, Josh Thomas est pris derrière. Le ton est donné. Le terrain, déjà vivant les deux premiers jours, retrouve son mordant. Les batteurs de Somerset, eux, perdent leurs repères.

Les minutes s’étirent, les runs ne viennent pas. Six runs en 35 minutes à un moment. Application, prudence, calcul. Puis la pression explose : James Rew craque, drive sans raison, pris à second slip. Les épaules s’affaissent, les retours au vestiaire se font tête basse. Tom Abell, élégant en pull à manches courtes, est surpris par une balle qui se lève et file vers Will Luxton à point. Tom Lammonby, lui, pêche au large et trouve l’outside edge, capté par Jonny Bairstow.

Les wickets s’enchaînent. 76 pour quatre. 79 pour six. 87 pour sept. 88 pour huit. 92 pour neuf. Le compteur tourne à l’envers, Somerset s’effrite. Il n’y aura ni pluie, ni miracle.

Lyth lâche peut-être une prise au slip, mais Lewis Gregory est lbw sur la balle suivante. Pas de romantisme dans le jugement de Richard Kettleborough. La sentence est froide, nette. Le reste n’est qu’une formalité.

Bairstow, Cliff et l’ombre de l’avenir

Au milieu de ce carnage, un autre visage attire les regards : Jonny Bairstow. Il vient de signer un contrat de trois ans avec Yorkshire. Il manque encore de runs, mais derrière les stumps, il vit chaque wicket comme un homme qui veut rester. Il hurle, il célèbre, il entraîne.

Anthony McGrath, coach de Yorkshire, le dit clairement : le club veut capitaliser. Il parle de momentum à emmener jusqu’en avril, de batting à solidifier, d’un probable batteur étranger pour la saison prochaine. Il s’attarde surtout sur Ben Cliff, « local lad » au travail acharné, dont cette performance à 11 wickets ne doit pas rester un one shot. Cliff, jambes longues, foulée élastique depuis le Howard Stand End, incarne à lui seul cette journée : brutale, énergique, sans concession.

Pendant que les joueurs saluent le public avant que Headingley ne ferme pour l’hiver, une autre image reste en tête : le drapeau de Somerset, replié avec soin, glissé dans un sac Sainsbury’s. Symbole discret d’une journée qui laisse des traces.

Warwickshire respire, Somerset sous pression

Ce résultat ne vit pas en vase clos. Ailleurs, la journée a redessiné le paysage.

À Chelmsford, Warwickshire bat Essex par huit wickets (191 et 138-2 contre 134 et 189) et garde son destin en main. À Hove, Sussex renverse Nottinghamshire par sept wickets, un score à l’envers après une semaine étrange : 358 et 76-3 contre 240 et 193. Les champions en titre boitent vers le dernier tour, laminés par Ari Karvelas, professeur de passage devenu bourreau de top order, et Jaydev Unadkat, intraitable sur la fin.

À Grace Road, Leicestershire, plombé par une pénalité de 27 points et une pelouse au cœur d’une polémique – on y tourne un biopic de Sourav Ganguly, « Dada », avec Rajkummar Rao –, refuse de mourir. Après avoir limité Hampshire en balayant les six derniers wickets pour 80 runs, les Foxes courent 334. Ils atteignent 267-4, guidés par une partnership de 122 entre Kelly et Cox, avant de finir le travail. Leicestershire gagne, reste en vie, et dit adieu à Rishi Patel, auteur de 27 pour sa dernière à Grace Road avant son départ pour Southampton.

Le contexte se tend. Somerset abordera la dernière journée de la saison 11 points derrière Warwickshire. Il faudra battre Surrey. Aucun calcul ne les sauvera.

Sussex, Northants, Kent : la lutte pour demain

Sur la côte, Sussex boucle sa semaine avec un mélange de soulagement et de tristesse. La victoire sur Notts laisse un goût particulier : plusieurs joueurs disent au revoir à Hove, une page se tourne. Karvelas, lui, signe un cinq-wicket haul mémorable, Hutton pris magnifiquement au slip pour son cinquième.

À Northampton, Northants garde son rêve de promotion en vie. Derbyshire, porté par Nick Potts (57) et Randell (45), a forcé son adversaire à courir 312 pour rester au contact de Kent. Les locaux débutent proprement, 152-0, puis 37-0 dans une autre phase de jeu, toujours dans la course, mais sans filet.

Kent, justement, ne tremble pas. À Canterbury, les hommes du Garden County balayent Lancashire, huitième défaite en dix matches pour les Red Rose, en effaçant sans sourciller les 56 runs requis pour une victoire par sept wickets. Les voilà solidement installés dans la lutte pour la montée, sous l’œil de Warwickshire, qui observe, et de Northants, qui s’accroche.

Le regard se tourne vers l’ultime journée

La journée avait commencé avec des buddleias tardifs qui poussent dans les fissures du trottoir autour de Headingley. Image parfaite de ces équipes qui s’accrochent encore : Somerset, Notts, Northants. Certaines ont fleuri, d’autres se sont fanées.

Yorkshire, lui, termine sa saison à domicile par un match référence, une performance complète avec la balle, un partenariat clé au milieu du chaos, un jeune pacer qui explose et un international qui refuse de lâcher son maillot blanc.

Somerset n’a plus le choix. Battre Surrey ou regarder le titre s’envoler une nouvelle fois loin de Taunton. La question n’est plus de savoir s’ils en sont capables.

La question est simple, brutale, et plane déjà sur la dernière journée : qui aura encore les nerfs pour tenir quand la saison se jouera, balle après balle, sur le fil du rasoir ?