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Tuchel et les choix clés pour l'Angleterre

Thomas Tuchel dévoile un nouveau groupe et, une fois encore, l’Angleterre se retrouve face à plus de questions que de certitudes. Pas de Cole Palmer, le retour de Ben White, des néophytes dont Jobe Bellingham, le petit frère de Jude… Une liste qui grince, qui intrigue, qui divise.

Au cœur du débat, un nom revient sans cesse : Cole Palmer. L’attaquant de 24 ans incarne l’un des visages forts de Chelsea, mais son statut avec les Three Lions reste tout sauf clair depuis l’arrivée de Tuchel début 2025.

Palmer, génie fragile ou luxe superflu ?

L’histoire récente entre Palmer et la sélection est déjà chargée. Non retenu pour la Coupe du monde, il avait ensuite quitté prématurément le dernier rassemblement élargi de trois semaines, dans un contexte où Tuchel avait lâché une phrase lourde de sens : il « manque trop d’occasions pour jouer pour l’Angleterre ».

Sur le terrain, pourtant, le début de saison plaide pour lui. Cinq buts, trois passes décisives, toutes compétitions confondues. Si l’on se concentre sur les joueurs en concurrence directe pour une place dans ce secteur offensif, seul son coéquipier de Chelsea, Morgan Rogers, affiche davantage d’implication directe sur les buts.

Les chiffres, toutefois, demandent à être lus avec nuance : une partie de ce total repose sur des penalties, qui gonflent ses statistiques plus que celles de certains rivaux au même poste.

Reste une donnée clé : l’Angleterre a procédé à des examens médicaux sur Palmer avant cette liste. Rien d’exceptionnel en soi, ces contrôles font partie du protocole pour les joueurs suivis de près. Mais dans ce cas précis, cela confirme surtout une chose : malgré ses critiques publiques en septembre, Tuchel n’a jamais vraiment sorti Palmer de son radar.

Le sélectionneur annoncera son groupe pour affronter la Croatie et l’Espagne en Nations League, et la question est simple : Palmer aura-t-il fait assez pour forcer la main d’un entraîneur qui doute autant de sa finition que de sa fiabilité physique ?

Derrière Kane, un vide à combler

Autre dossier brûlant : le poste de numéro neuf. L’Angleterre manque cruellement d’options crédibles derrière Harry Kane. Et ce n’est pas un rôle anodin.

Kane vient de remporter le Ballon d’Or. Il joue presque chaque minute, cumule les statuts de capitaine, recordman de buts et, sans doute, meilleur joueur du groupe de Tuchel. Le déloger, même pour souffler, relève presque du sacrilège.

Dominic Calvert-Lewin connaît déjà les rassemblements, avant et après la Coupe du monde. Il brille avec Leeds, mais sous Tuchel, la connexion ne prend pas. Lors de la dernière fenêtre internationale, il n’a eu droit qu’à 15 petites minutes, réparties sur deux entrées en jeu. Difficile d’en faire le dauphin naturel de Kane dans ces conditions.

Tuchel a commencé à utiliser Jude Bellingham comme doublure de luxe en pointe. Une solution d’urgence, pas forcément un plan durable. D’où une idée plus audacieuse : ouvrir la porte à un pur numéro neuf en devenir, Will Lankshear.

Lankshear, la fusée venue du Championship

Will Lankshear n’est pas encore une star. Mais ses chiffres claquent. À 21 ans, formé comme Kane à Tottenham, il a rejoint Middlesbrough cet été pour 20 millions de livres. Depuis, il empile les buts.

Quinze réalisations toutes compétitions confondues. Treize buts en treize matches de Championship. Il porte Middlesbrough vers le sommet de la division, avec une régularité qui attire forcément le regard.

Lankshear vient à peine d’entrer dans le monde des sélections jeunes : il a effectué ses débuts avec les moins de 21 ans lors du dernier rassemblement… et a marqué. Une ascension fulgurante pour un joueur qui n’a encore jamais goûté à la Premier League.

Tuchel le connaît. Et dans un pays où les vrais numéros neuf se font rares dans toutes les catégories, ce profil prend une valeur particulière. Le sélectionneur n’a jamais eu peur des choix forts. Appeler un buteur du Championship pour lui offrir une rampe de lancement internationale serait un message clair : le mérite prime sur le prestige du championnat.

Henderson, le revenant qui refuse d’abdiquer

Le cas Jordan Henderson, lui, touche à l’affect autant qu’à la raison. Le milieu de Chelsea n’a plus porté le maillot de l’Angleterre depuis la Coupe du monde, terminée pour lui dans la douleur après une chute spectaculaire par-dessus un panneau publicitaire au stade Azteca face au Mexique, qui lui avait valu un bras cassé.

À 36 ans, beaucoup l’avaient imaginé rangé des sélections. Mais Henderson n’a pas suivi le scénario attendu. Depuis son passage à Brentford, il a choisi Chelsea pour apporter son expérience à un vestiaire jeune. Une fois remis de sa blessure, il s’est imposé comme une pièce importante du milieu londonien.

Cinq titularisations consécutives, un doublé contre Bournemouth, une influence évidente avant de manquer la victoire contre Manchester United sur blessure. Dans le vestiaire, il reste une figure écoutée, respectée par le staff et les joueurs.

Son nom provoque souvent des débats enflammés lorsqu’il apparaît dans une liste. Cette fois, le contexte a changé : Henderson joue, et il joue bien, au plus haut niveau. S’il réintègre le groupe, les contestations seront-elles aussi vives qu’avant, ou son retour à un rôle central en club suffira-t-il à apaiser les critiques ?

Les néophytes en embuscade

Derrière ces dossiers lourds, l’Angleterre prépare aussi l’avenir. Plusieurs joueurs frappent à la porte d’une première convocation.

Parmi eux, un profil tardif : Kiernan Dewsbury-Hall, 28 ans, milieu offensif d’Everton. Le numéro 10 des Toffees a déjà refusé des appels de la République d’Irlande, déterminé à poursuivre son rêve de porter un jour le maillot des Three Lions.

Sur le terrain, il justifie cette ambition. Deux buts, deux passes décisives, un rôle moteur dans un Everton installé à la septième place du championnat. Sans faire de bruit, il s’est imposé comme l’un des hommes forts de Sean Dyche, au point de devenir un candidat sérieux pour une première cape.

Plus jeune, plus explosif, Josh King incarne une autre forme de promesse. À 19 ans, le milieu de Fulham a déjà approché le groupe A. Il avait voyagé aux États-Unis avec le groupe élargi de préparation avant la Coupe du monde, aux côtés d’Alex Scott, Ethan Nwaneri et Rio Ngumoha.

Tuchel a reconnu lors de sa dernière conférence de presse que King se rapproche de la sélection A. Le joueur brille avec les moins de 21 ans, multipliant les prestations abouties. Sa trajectoire ressemble à celle d’un joueur que le sélectionneur prépare méthodiquement à franchir l’ultime marche.

Une liste qui raconte le projet Tuchel

Au fond, ce groupe à venir pour affronter la Croatie et l’Espagne dépasse la simple question de noms. Il cristallise la vision de Tuchel pour l’Angleterre.

Faire confiance à un vétéran comme Henderson ou tourner définitivement la page ? Ouvrir la porte à un buteur de Championship comme Lankshear ou rester fidèle à une hiérarchie plus classique ? Récompenser les chiffres de Palmer ou sanctionner son manque de réalisme dans les grands rendez-vous ?

Les décisions du sélectionneur vont dessiner les contours d’une équipe qui, entre Nations League et grands tournois, n’a plus le droit de se chercher des excuses.

Les débats, eux, ne manqueront pas. Mais c’est sur la feuille de match, face à la Croatie puis à l’Espagne, que l’on saura si Tuchel a choisi de protéger ses certitudes… ou de bousculer l’ordre établi.