logo

Team USA remporte son cinquième titre mondial

BERLIN – Quatorze points de retard, un public largement acquis à la cause française, un début de finale qui sentait la fin de règne. Puis Team USA a remis la main sur le volant, a appuyé sur l’accélérateur et a laissé la France dans le rétroviseur. Score final : 97-79, cinquième titre consécutif en Coupe du monde, ce dimanche 13 septembre à Berlin.

La dynastie tient toujours. Et au centre de tout, encore et toujours, Breanna Stewart.

Stewart, visage d’une ère et patronne d’une finale

Vingt-deux points, 10 rebonds, 4 passes. MVP du tournoi. Quatrième médaille d’or mondiale, comme Sue Bird, qu’elle rejoint tout en haut des livres d’histoire de USA Basketball. Stewart n’a pas seulement empilé les trophées, elle a tenu la baraque quand le sol se dérobait sous les pieds américains.

Menées de 14 unités en première mi-temps – leur plus gros déficit du tournoi –, les États-Unis ont d’abord vacillé. La France, portée par ses stars WNBA Gabby Williams et Dominique Malonga (41 points à elles deux), jouait sans complexe pour sa première finale mondiale. L’écart gonflait, l’Accor Arena version Berlin vibrait bleu-blanc-rouge, et les Américaines cherchaient leurs repères.

Puis Stewart a décidé que ça suffisait.

Trente minutes sur le parquet, le plus gros temps de jeu du match côté USA, une intensité constante et un fait historique : elle devient la première joueuse américaine à signer un double-double à 20 points et 10 rebonds en finale de Coupe du monde. Sur l’ensemble du tournoi, elle tourne à 12,8 points, 7,3 rebonds et 2,8 passes. Des chiffres solides, mais presque secondaires face à ce qu’elle incarne : la continuité, le standard, l’exigence.

Les vétéranes prennent le pouvoir

Le futur de la sélection américaine a déjà un surnom – le groupe “Young and Turnt” – et des visages bien identifiés. Mais à Berlin, la finale a rappelé une vérité simple : l’avenir peut attendre, le présent appartient encore aux vétéranes.

Quand la France a creusé l’écart, ce sont Breanna Stewart, Chelsea Gray, Jackie Young et Kahleah Copper qui ont repris la main. Les quatre ont cumulé 65 points : Stewart 22, Young 18, Copper 15, Gray 12. Toutes ont passé au moins 27 minutes sur le parquet. C’est ce noyau dur qui a stoppé l’hémorragie, haussé le ton en défense, accéléré en transition et renversé la dynamique.

L’écart de 14 points s’est peu à peu évaporé. Les stops défensifs se sont enchaînés, les tirs extérieurs ont enfin trouvé la cible, la balle a mieux circulé. Une fois la vague lancée, la France n’a plus réussi à reprendre son souffle. L’avance américaine est montée jusqu’à +27, symbole cruel d’une finale qui avait pourtant commencé comme un rêve pour les Bleues.

Derrière, les jeunes ont regardé, appris, patienté. Paige Bueckers n’a joué que moins de trois minutes, Sonia Citron et Kiki Iriafen moins de deux. Leur heure viendra. Dimanche, la scène appartenait clairement aux anciennes.

Jackie Young, la finale parfaite pour une gagnante compulsive

Dans l’ombre relative de Stewart, Jackie Young a signé une performance qui restera dans les annales de la compétition. Dix-huit points, six rebonds, cinq passes, un 7/14 au tir, 4/7 à trois points. Élue joueuse du match, elle a été le métronome offensif et le bras armé extérieur de Team USA.

Surtout, elle devient la première joueuse de l’histoire de la Coupe du monde féminine à compiler au moins 15 points, 5 rebonds et 5 passes en finale. Une ligne statistique qui dit tout de sa polyvalence et de son influence. À Berlin, elle a inscrit au moins 10 points à chaque match. Toujours là, toujours fiable.

Son palmarès prend des airs de collection improbable : titre de championne d’État au lycée, titre NCAA, bague WNBA, or olympique en 5x5, or olympique en 3x3, et désormais or mondial. Une trajectoire linéaire : partout où elle passe, elle gagne.

La France découvre la finale… et la dure loi des États-Unis

Pour la France, cette finale restera comme un jalon historique : première apparition à ce niveau, un début de match décomplexé, un avantage à deux chiffres face à la meilleure équipe du monde. Mais aussi une leçon brutale sur la durée et la constance nécessaires pour faire tomber Team USA.

Gabby Williams et Dominique Malonga ont tenu la baraque offensive, cumulant 41 points et maintenant l’espoir tant que possible. L’intensité défensive, les prises à deux, la confiance extérieure : tout était là en première période.

Puis le troisième quart-temps a tout fait basculer. L’adresse française s’est évaporée, les pertes de balle se sont multipliées, les fautes ont commencé à peser. Marine Johannes, si brillante jusque-là dans le tournoi avec 19 tirs à trois points réussis avant la finale, a vécu une soirée cauchemar : 5 points, 1/6 de loin, et une faute antisportive après avoir frappé Kahleah Copper au visage, signe d’une frustration à fleur de peau.

Cette finale laissera des regrets, mais aussi une base solide. La France a prouvé qu’elle pouvait faire douter Team USA. Elle n’a simplement pas réussi à tenir 40 minutes.

Angel Reese, reine des mimiques et de l’énergie

Sur le banc américain, une autre figure a capté les caméras : Angel Reese. Pas par ses stats, mais par son attitude. Chaque run américain, chaque panier important, chaque stop défensif déclenchait une nouvelle grimace, un nouveau cri, une nouvelle célébration.

Son “gritty face” au retour des vestiaires, alors que Team USA revenait avec le feu au troisième quart-temps, est déjà promis à une longue vie sur les réseaux sociaux. Plus tard, elle s’est transformée en supportrice survoltée, debout à encourager ses coéquipières. Une énergie contagieuse, parfaite incarnation de l’état d’esprit d’un groupe qui ne se contente pas de gagner, mais savoure chaque instant.

Kara Lawson et Sue Bird, pression maximale, réponse parfaite

Avant le tournoi, la pression entourant Kara Lawson et Sue Bird était réelle. Une Coupe du monde à gérer sans A’ja Wilson, blessée. Un effectif où sept joueuses faisaient leurs débuts dans un grand tournoi avec la sélection senior. Et à l’horizon, des Jeux olympiques à domicile à Los Angeles.

Sue Bird, désormais managing director, devait construire un roster cohérent, capable de gagner tout de suite tout en préparant l’avenir. Kara Lawson devait trouver le bon équilibre, faire cohabiter vétéranes installées et jeunes talents, gérer les rôles et les egos dans un contexte où seule l’or compte.

Mission accomplie. Bird a bâti un groupe profond, polyvalent, avec des profils complémentaires. Lawson a tranché dans le vif en finale : confiance totale aux cadres dans les moments chauds, minutes ciblées pour les jeunes dans des contextes favorables. Résultat : une cinquième couronne mondiale, des doutes étouffés et une route vers Los Angeles soudain beaucoup plus dégagée.

Si Team USA avait échoué à Berlin, chaque décision aurait été disséquée jusqu’aux Jeux. Pour l’instant, le silence a remplacé les critiques.

Retour express vers la WNBA

Pour les joueuses, la fête sera courte. La Coupe du monde s’achève, la WNBA reprend déjà ses droits. Le championnat redémarre jeudi 17 septembre avec Sun–Dream, Mystics–Sky et Sparks–Wings, avant une soirée conclue par Mercury–Fire et Storm–Aces. Le lendemain, trois nouvelles affiches, dont Indiana Fever–Toronto Tempo, New York Liberty–Minnesota Lynx et Portland Fire–Golden State Valkyries.

Celles qui ont brillé à Berlin vont devoir remballer les médailles, sauter dans un avion et se replonger dans la course aux playoffs. Aucune respiration, aucun sas de décompression. Le prix d’un calendrier surchargé, mais aussi d’un basket féminin qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

Les rêveurs de surprises, encore déçus

Pour les fans qui espéraient un séisme, un renversement d’ordre établi, cette Coupe du monde laisse un goût amer. La finale attendue – États-Unis contre France – a bien eu lieu. Le résultat aussi : un cinquième sacre consécutif pour Team USA.

Oui, l’écart se réduit. L’Espagne a fait trembler les Américaines en demi-finale avant de céder en seconde période. La France a mené de 14 points en finale avant de s’effondrer après la pause. Le talent se répartit mieux, les nations se rapprochent.

Mais au moment de jouer l’or, une constante demeure : sur 40 minutes, personne n’arrive encore à tenir la cadence américaine. La question n’est plus de savoir si Team USA domine. Elle est de savoir qui, et quand, osera enfin briser cette dynastie.