Sonal Dinusha sauve le Test pour le Sri Lanka
On attendait une formalité. On a eu un siège. Sur la dernière journée à Colombo, l’Inde n’avait besoin que de quatre wickets pour boucler le travail après avoir imposé le follow-on. Elle est repartie avec un nul frustrant, repoussée par un homme : Sonal Dinusha.
Un marathon de sept heures
Dinusha a joué l’anti-spectacle, l’anti-panique, l’anti-effondrement. Sept heures au crease, 133 points invaincu, une résistance patiente et méthodique qui a peu à peu vidé l’attaque indienne de son énergie et de ses certitudes. Avec l’appui d’un bas de tableau accrocheur, il a surtout offert au Sri Lanka ce qui paraissait improbable la veille : éviter de rebattre l’Inde, et avec cela, éviter la défaite.
Pour la première fois en neuf occasions face au Sri Lanka, l’Inde ne parvient pas à conclure un match après avoir imposé le follow-on. Un chiffre qui en dit long sur la portée de cette performance.
Le décor, lui, semblait taillé pour les visiteurs : un pitch avec un peu de rotation, mais un rebond et une vitesse de balle plutôt réguliers, de quoi laisser penser que la classe de l’attaque indienne ferait la différence à l’usure. Le nouveau ballon est pris dans la première demi-heure. Rien n’y fait.
L’attente qui ronge l’Inde
Sonal Dinusha et Keshara Nuwantha verrouillent toute la matinée. Ils absorbent la pression, laissent passer les bons ballons, repoussent les autres, grignotent les overs. Le septième wicket devient un mur : 88 runs, plus de 40 overs, et surtout le déficit de la première manche enfin effacé. L’Inde voit le temps filer, la cible potentielle se réduire, l’inconfort grandir.
Le premier coup de scalpel tombe juste après le déjeuner. Manav Suthar trouve enfin une réponse : une balle qui tourne brusquement, l’extérieur de la batte de Nuwantha, et la prise à second slip. L’Inde respire, croit avoir déverrouillé la porte.
Prabath Jayasuriya tente ensuite de s’installer dans le même registre : bloc, bloc, bloc. Vingt-huit balles de résistance, puis une erreur, minime mais fatale. Un drive tenté sur Ravindra Jadeja, un léger edge, et Dhruv Jurel à second slip ne tremble pas. Le Sri Lanka perd un nouveau partenaire, mais pas son pilier.
La dernière ligne droite
À ce moment-là, la situation reste tendue. Le Sri Lanka a dépassé les 150 runs d’avance, il reste encore près d’une session et demie, deux wickets seulement à prendre. Pour l’Inde, la carotte est toujours là : quelques frappes rapides, une courte poursuite, une victoire nette pour conclure la série. Le scénario semble écrit.
Lahiru Kumara décide de le réécrire. Il ne brille pas par le score, mais par le temps. Il s’accroche, s’enterre presque. La clé, c’est son sweep, utilisé encore et encore pour neutraliser la rotation. Avec Dinusha, il transforme la fin de match en bras de fer mental. Les deux hommes consomment 169 balles pour 47 runs, un supplice pour les bowlers indiens, un trésor pour le Sri Lanka.
Dans cet intervalle, Dinusha franchit la barre symbolique : le century. Un moment arraché à la tension, célébré sans excès, comme s’il savait que le travail n’était pas terminé. Kumara, lui, offre une brève ouverture : un slog sweep mal contrôlé qui tombe devant Jurel à deep mid wicket. Une demi-chance. Une de ces actions qui, dans un match serré, peuvent tout faire basculer. Pas cette fois.
Kumara finit par céder pour 12, pris à short leg par Yashasvi Jaiswal après un inside edge. L’Inde a enfin son wicket. Mais elle n’a plus son arme principale : le temps.
Un nul qui ressemble à une victoire
Plus les overs s’égrènent, plus la tension se dégonfle côté sri-lankais. Dinusha, imperturbable, gère les dernières minutes avec le calme d’un vétéran. Pas de coup de sang, pas de prise de risque inutile. Juste la volonté froide de tenir, balle après balle.
Quand la journée s’achève, il est toujours là, batte levée, 133*, et un vestiaire entier qui sait ce qu’il vient de leur offrir : le sauvetage du deuxième Test, l’évitement du whitewash, et un rappel brutal que le caractère peut parfois peser autant que le talent.
L’Inde repart avec la série, mais aussi avec une question : comment une équipe aussi armée a-t-elle pu laisser filer un follow-on face à un homme en état de grâce ?




