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Sanctions lourdes contre les Clippers et Kawhi Leonard

La hache est tombée sur les Los Angeles Clippers. Et elle a tranché large.

Après près d’un an d’enquête menée par un cabinet d’avocats externe, la NBA a infligé l’une des sanctions les plus sévères de son histoire récente pour contournement présumé du salary cap. Propriétaire suspendu, amendes record, choix de draft confisqués, dirigeants bannis, star épinglée : la franchise de Steve Ballmer sort laminée de ce dossier.

Un propriétaire suspendu, des millions envolés

Steve Ballmer, propriétaire des Clippers depuis 2014, est suspendu un an par la ligue. Une décision rarissime pour un propriétaire en exercice. La franchise, elle, écope d’une amende de 30 millions de dollars et perd cinq choix de draft, un coup de massue sportif autant que financier.

La NBA reproche à Ballmer d’avoir « sciemment cherché à aider » Kawhi Leonard à obtenir des revenus extra-sportifs, d’avoir validé un accord commercial qui constituait, selon la ligue, une condition préalable à la signature d’un contrat d’endossement entre Leonard et Aspiration Fund Adviser LLC, et de ne pas avoir instauré un cadre interne garantissant le respect des règles.

À 70 ans, l’ancien CEO de Microsoft se retrouve une nouvelle fois au centre d’un scandale lié aux règles de la ligue. En 2015 déjà, les Clippers avaient été sanctionnés de 250 000 dollars pour avoir proposé des opportunités d’affaires non autorisées à DeAndre Jordan, avec un contrat à 200 000 dollars par an avec Lexus inclus dans la présentation.

Kawhi Leonard rattrapé par les coulisses

Même la figure de proue de la franchise n’y échappe pas. Deux fois MVP des Finals, Kawhi Leonard écope d’une amende de 700 000 dollars. La ligue estime qu’il a, par l’intermédiaire de son ancien business manager et oncle Dennis Robertson, violé les règles de contournement du salary cap en exerçant des pressions sur les Clippers pour obtenir des opportunités de revenus hors parquet, en bénéficiant de ces opportunités, et en ne remboursant pas certaines dépenses personnelles réglées par la franchise.

Leonard, qui s’exprime via un communiqué transmis par son nouvel agent Harrison Gaines, tente de refermer le dossier :

« J’assume l’entière responsabilité des erreurs de jugement de personnes de mon premier cercle et je regrette la distraction que cette situation a causée aux fans et à ma famille », déclare-t-il. Il assure avoir signé son contrat avec les Clippers et les accords en question « de bonne foi », sans intention de contourner le salary cap.

Son avenir sportif immédiat se retrouve directement lié à cette affaire. Son trade vers les Toronto Raptors était en suspens dans l’attente des conclusions de l’enquête. Le verdict tombé, les Raptors confirment toujours vouloir le récupérer, et Leonard se dit prêt à revenir dans la franchise avec laquelle il a remporté le titre et le trophée de MVP des Finals en 2019.

« Alors que je reviens à Toronto, je me concentre sur ce que je peux contrôler, fermer ce chapitre et avancer avec une page blanche », affirme-t-il.

Dirigeants décapités, franchise sous tutelle

Les dégâts ne s’arrêtent pas là. Lawrence Frank, président des opérations basket, est suspendu six mois. La ligue lui reproche son rôle dans les accords d’endossement jugés illégaux et l’approbation de dépenses non autorisées pour Leonard et ses proches.

Gillian Zucker, présidente des opérations business, est elle écartée pour un an. La NBA la juge « principalement et directement » responsable des montages d’endorsement jugés illégaux et l’accuse d’avoir menti aux enquêteurs. Tous deux perdent leurs salaires pendant la durée de leur suspension.

Dennis Robertson, l’oncle et ancien business manager de Leonard, est quant à lui interdit de toute relation d’affaires avec des franchises NBA pendant cinq ans. Les Clippers, eux, seront placés sous un programme de conformité et de monitoring de la ligue pour cinq ans. Un véritable régime de probation.

Adam Silver ne masque pas sa sévérité. « Je suis profondément déçu par les violations flagrantes de nos règles et par les défaillances institutionnelles et de leadership des Clippers qui ont conduit à ces comportements », déclare le commissionner. « La sévérité des sanctions reflète la gravité des violations. »

La NBA précise que la ligue et le syndicat des joueurs ont convenu de rendre ces sanctions finales et contraignantes pour toutes les parties, tout en se réservant la possibilité de mesures supplémentaires si de nouveaux éléments apparaissent.

Les Clippers contre-attaquent : « une chasse aux sorcières »

Face à ce tir de barrage, la franchise de Los Angeles refuse de baisser la tête. Le ton est frontal, presque belliqueux.

« Nous rejetons avec véhémence les conclusions de la NBA, qui sont le résultat d’une enquête fortement biaisée cherchant à justifier un récit prédéterminé plutôt que de s’appuyer sur les faits et les preuves », affirme la franchise dans un communiqué. Elle assure que ce que la ligue lui a communiqué en privé diffère de ce qui a été annoncé publiquement, et accuse la NBA de ne pas avoir respecté les standards de justice et de précision promis par Adam Silver au lancement de l’enquête.

Les Clippers annoncent qu’ils vont « se battre tout aussi fort pour démontrer [leur] innocence », promettant de contester « vigoureusement » ces conclusions et sanctions par tous les moyens à leur disposition, misant sur un processus d’arbitrage qu’ils espèrent « éthique et impartial ».

Dans une lettre adressée à Adam Silver, l’avocat de Steve Ballmer, David Kelley (cabinet O’Melveny and Myers), parle carrément de « chasse aux sorcières » et de « grave injustice ». Il accuse la ligue de ne pas avoir respecté ses engagements en matière de procédure régulière et d’équité, rappelant que la charge de la preuve devait reposer sur la NBA.

Kelley affirme que les avocats de la ligue ont reconnu ne pas croire à un accord entre les Clippers et Aspiration visant à faire transiter de l’argent vers Kawhi Leonard. Il souligne aussi que le Department of Justice, la Securities and Exchange Commission et un juge fédéral considèrent Steve Ballmer comme une victime de la fraude de Joe Sanberg, cofondateur d’Aspiration, et non comme un complice.

« Aucun règlement de la ligue n’interdit à des membres d’une franchise de faire des mises en relation avec des sponsors ou des prestataires à la demande d’un joueur », insiste Kelley, qui dénonce une sanction rétroactive pour une règle qui, selon lui, « n’a jamais existé ».

Aspiration, faillite, fraude et prison

Au cœur du dossier, un contrat d’endorsement de 28 millions de dollars entre Leonard et Aspiration Fund Adviser LLC, société qui a depuis déposé le bilan. C’est un article du journaliste Pablo Torre qui, en septembre 2025, met le feu aux poudres et déclenche l’enquête de la NBA.

Le décor financier est lourd. Plus tôt cette année, Joseph Sanberg, cofondateur d’Aspiration, a été condamné à 14 ans de prison fédérale après avoir plaidé coupable pour une fraude massive estimée à au moins 248 millions de dollars aux dépens d’investisseurs et de prêteurs. Dans cette galaxie de faillite, de montages financiers et de procédures, le nom de Ballmer se retrouve entraîné malgré lui, affirme sa défense, dans des contentieux civils et la procédure de faillite d’Aspiration.

La ligue, elle, retient une autre lecture : Ballmer aurait validé un montage qui conditionnait l’accord d’endorsement de Leonard, rompant avec l’esprit et la lettre des règles de contournement du salary cap.

Une fracture durable entre la ligue et la franchise ?

Derrière les chiffres et les suspensions, une question plane : la relation entre la NBA et les Clippers sort-elle durablement abîmée de cette affaire ?

Le fossé rhétorique est déjà béant. D’un côté, une ligue qui parle de « violations flagrantes » et de « défaillances de leadership ». De l’autre, une franchise qui dénonce une enquête « biaisée » et une punition « rétroactive ». Entre les deux, un propriétaire suspendu, une star sanctionnée, un staff dirigeant décapité et une équipe qui devra avancer avec cinq choix de draft en moins et une surveillance permanente.

Les Clippers avaient martelé pendant des mois qu’ils n’avaient « rien fait de mal » et qu’ils s’attendaient à être blanchis. Kawhi Leonard lui-même lâchait au printemps : « Je pense qu’on sera dans les clous, donc je ne stresse pas. » Lawrence Frank, de son côté, se réfugiait derrière « l’intégrité » de Steve Ballmer pour écarter tout soupçon.

La réalité tombée ce mercredi est tout autre. Le dossier est clos pour la NBA, les sanctions sont définitives. Reste désormais à voir si le terrain, et peut-être un retour triomphal de Leonard à Toronto, suffiront à faire oublier ce séisme institutionnel. Ou si cette affaire restera comme une cicatrice durable dans l’ère Ballmer des Clippers.