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Sanctions historiques contre les Clippers : la NBA frappe fort

La NBA a frappé fort. Très fort. Après près d’un an d’enquête, la ligue a décidé de faire des Los Angeles Clippers l’exemple ultime en matière de contournement du salary cap, avec des sanctions d’une sévérité rarement vue depuis l’ère David Stern.

Un verdict historique

Mercredi, la NBA a publié les conclusions de son enquête sur l’extension signée par Kawhi Leonard en 2021. Le rapport est sans nuance : « multiples violations significatives » des règles de contournement du plafond salarial par la franchise.

Les conséquences sont lourdes.

  • Amende totale de 30 millions de dollars.
  • Suspension d’un an pour le propriétaire Steve Ballmer.
  • Un an sans salaire pour la présidente des opérations business, Gillian Zucker.
  • Six mois sans salaire pour le président des opérations basket, Lawrence Frank.

Le coup de massue ne s’arrête pas là : les Clippers perdent leurs choix de premier tour en 2029, 2030, 2031, 2032 et 2033. En cumulant ces pertes avec les nombreux picks déjà envoyés au Oklahoma City Thunder en 2019 pour récupérer Paul George et sécuriser la signature de Leonard à l’époque, la franchise aura sacrifié au total dix premiers tours pour l’acquisition et la rétention de son ailier star.

Dans l’histoire récente de la ligue, seule l’affaire Joe Smith avec les Minnesota Timberwolves, en 2000, offre un parallèle comparable : cinq premiers tours retirés, une amende record pour l’époque et des suspensions au sommet de l’organigramme.

Le cœur du dossier : les “deals” cachés autour de Leonard

Tout part d’un point précis des règles : ce que la ligue considère comme une « facilitation » interdite de revenus off-court pour un joueur sous contrat. Les Clippers défendent l’idée qu’ils n’ont été qu’un simple intermédiaire, mettant en relation Kawhi Leonard et plusieurs entreprises intéressées par des contrats de sponsoring. La NBA, elle, voit une mécanique organisée pour contourner le salary cap.

Le rapport des enquêteurs détaille les interactions entre la franchise, Leonard et quatre sociétés partenaires. Le terme clé : des deals « affirmatifs », c’est-à-dire initiés et structurés par le club, et non de simples réponses à des sollicitations extérieures.

L’exemple le plus marquant concerne Daktronics, fabricant de panneaux d’affichage. Selon l’enquête, les Clippers auraient utilisé un contrat massif lié au futur Intuit Dome pour diriger une partie de la valeur de cet accord vers Leonard sous forme de contrat d’endorsement, allant jusqu’à en définir les termes.

Dans d’autres cas, le rapport évoque des millions de dollars versés par les Clippers en « frais de consulting » peu de temps après la signature de contrats de sponsoring avec Leonard. Les enquêteurs s’appuient sur des entretiens avec des dirigeants des sociétés impliquées, qui, pour certains, auraient admis le rôle actif du club.

La ligue a appliqué le plafond maximal d’amende pour contournement du salary cap : 7,5 millions de dollars par société concernée, soit 30 millions au total pour les quatre partenariats jugés illégaux.

Steve Ballmer dans l’œil du cyclone

Le rapport Wachtell ne présente pas de preuve directe impliquant Steve Ballmer dans la mise en place technique des montages. Il va pourtant très loin dans la critique de sa gouvernance, l’accusant de ne pas avoir « créé les conditions » pour que son organisation respecte les règles de contournement.

Les enquêteurs relient Ballmer à la connaissance des demandes formulées par Dennis Robertson, l’oncle et conseiller de Leonard, à des introductions entre les Clippers et leurs sponsors, et à des échanges autour de ces partenariats.

Des notes prises à l’époque par Lawrence Frank jouent un rôle central. On y lit notamment que Robertson se serait plaint auprès de Ballmer que Zucker ne lui apportait que des « bulls--- deals » et aurait lancé : « I have to get paid. » Les mêmes notes rapportent que Ballmer aurait répondu que le staff des Clippers était un groupe de « travailleurs collectifs » pour aider Leonard à atteindre ses objectifs financiers.

Le passif de la franchise a pesé lourd. En 2015, les Clippers avaient déjà écopé de 250 000 dollars d’amende pour une accusation similaire autour de DeAndre Jordan. En 2019, lors de la signature de Leonard, ils avaient été blanchis, mais avertis et soumis à un rappel strict des règles. Cette fois, la NBA a décidé de frapper sans retenue.

Pour autant, la sanction aurait pu être encore plus destructrice. Dans le cas Joe Smith, le contrat avait été purement annulé et les Bird rights du joueur supprimés. Kawhi Leonard, lui, conserve son contrat, ses Bird rights et évite toute suspension. Il devra toutefois s’acquitter d’un chèque de 700 000 dollars.

La ligue autorise aussi les Clippers et les Toronto Raptors à poursuivre la mise en place du trade déjà convenu pour envoyer Leonard au Canada. Si l’échange va à son terme, Los Angeles récupérera deux premiers tours de draft.

Une marge de manœuvre quasi anéantie

Sur le plan sportif, la facture est brutale. Les Clippers se retrouvent quasiment nus en capital de draft de premier tour pour les années à venir.

Le transfert d’Ivica Zubac vers les Indiana Pacers en février dernier avait marqué le début d’un patient travail de reconstruction de leur stock de picks, érodé par les trades de 2019 (Paul George) et 2023 (James Harden). Ils avaient récupéré deux choix, dont celui qui a permis de sélectionner Keaton Wagler en 5e position de la dernière draft.

Avant les sanctions, la franchise disposait de sept premiers tours sur les sept prochaines saisons, dont quatre échangeables, même si elle n’avait plus la main sur son propre pick avant 2030 en raison des swaps et transferts déjà consentis au Thunder et aux Philadelphia 76ers.

Avec la perte du premier tour 2029 (obtenu des Pacers) et de leurs propres choix 2030, 2031, 2032 et 2033, la situation devient critique. Il ne leur reste que des premiers tours potentiels en 2027 – le moins favorable entre leur pick, celui d’Oklahoma City et celui de Denver (protégé 6-30) – et le pick 2029, aucun n’étant échangeable à ce stade.

Un mince rayon de lumière pourrait venir du trade avec les Raptors. L’accord prévoit que les Clippers reçoivent des premiers tours non protégés en 2031 et 2033. Ces picks ne pourraient cependant pas être utilisés dans des échanges futurs, en raison de la Stepien rule, qui interdit à une équipe de se retrouver sans premier tour sur deux années consécutives dans le futur.

Les Clippers contre-attaquent

Officiellement, la NBA affirme que les sanctions, négociées avec le syndicat des joueurs (NBPA), sont « finales et contraignantes » pour toutes les parties.

Les Clippers, eux, ne baissent pas les yeux. Dans un communiqué, la franchise annonce son intention de « contester vigoureusement ces conclusions et ces sanctions par tous les moyens possibles » et dit attendre « un processus d’arbitrage éthique et impartial ».

L’avocat de Ballmer, David Kelley, parle de « gross injustice » et assure explorer « tous les recours juridiques ».

Ballmer a les moyens financiers et juridiques pour mener une longue bataille. Reste à savoir quels leviers concrets il pourra activer face à une décision présentée comme définitive par la ligue.

Qui tient la barre sans Ballmer, Frank et Zucker ?

La suspension d’un an de Steve Ballmer ne signifie pas une vente forcée de la franchise. Le précédent Donald Sterling l’illustre : techniquement, l’ancien propriétaire n’avait pas été obligé par le règlement de céder les Clippers. La vente avait été décidée par son épouse, Shelly Sterling, avant un vote de destitution des propriétaires.

Pour l’instant, l’alternate governor, Dennis Wong, associé de Ballmer et détenteur de 1 % de la franchise, se trouve en première ligne institutionnelle. Il figure comme investisseur d’Aspiration, l’une des sociétés impliquées, mais n’est pas mentionné dans le communiqué de la NBA.

Côté basket, les Clippers n’ont pas encore officiellement accepté la sanction et n’ont donc pas nommé de patron intérimaire des opérations basket. Tout indique toutefois que le general manager Trent Redden, dirigeant respecté, prendra la main sur le quotidien du front office.

La suspension de six mois de Lawrence Frank l’écarterait au-delà de la trade deadline 2027, mais lui permettrait de revenir à temps pour la draft 2027, où les Clippers disposeront à nouveau d’un premier tour, et pour une free agency où ils pourraient avoir jusqu’à 50 millions de dollars d’espace sous le cap.

Sur le versant business, la situation est plus tendue pour Gillian Zucker. Le rapport Wachtell la vise frontalement. Les enquêteurs estiment qu’elle a tenu des propos « trompeurs et faux » lors de ses entretiens.

Un passage détaillé décrit son rôle dans la relation avec Aspiration : lorsque le cofondateur Joseph Sanberg lui fait part de son intérêt pour un accord d’endorsement avec Leonard, elle lui aurait proposé de faire appel à un agent d’affaires spécifique… déjà sous contrat de rétention avec les Clippers.

Le lendemain, Zucker contacte cet agent. Très vite, un e-mail interne évoque une offre à Leonard : 5 millions de dollars, plus 7 millions en actions, par an sur quatre ans, tant qu’il reste joueur des Clippers. Les enquêteurs concluent que Zucker a transmis de manière inappropriée les termes financiers proposés. L’agent assure que ni lui ni son équipe n’ont imaginé cette structure, et tous les témoins concernés conviennent que Sanberg n’avait pas l’expertise pour élaborer un tel deal.

Dennis Robertson, l’ombre portée de Kawhi

La NBA a aussi choisi de frapper un autre acteur clé de ce dossier : Dennis Robertson. L’oncle de Kawhi Leonard, figure controversée dans les coulisses de la ligue, écope d’une interdiction de cinq ans de toute activité avec les franchises NBA ou leurs affiliés, pour le compte de n’importe quel joueur ou employé.

Robertson n’était pas seulement un conseiller familial. Il participait directement aux discussions avec les équipes, notamment lors de la free agency 2019, où ses demandes avaient déjà fait scandale.

Selon plusieurs sources, il aurait réclamé aux Clippers, mais aussi aux Los Angeles Lakers et aux Toronto Raptors, des avantages totalement hors cadre : part de propriété dans la franchise, avion privé, maison, et garanties d’énormes revenus d’endorsement off-court, parfois sans contrepartie réelle pour le joueur.

Ces requêtes verbales, hors du champ de la convention collective, avaient déjà poussé la ligue à réagir. Le rapport Wachtell rappelle que, « en réaction directe » au comportement de Robertson et à la controverse autour de la signature de Leonard aux Clippers, la NBA avait lancé une « initiative d’application des règles » sur le contournement, incluant une nouvelle obligation : les équipes doivent désormais signaler à la ligue toute sollicitation de compensation non autorisée par le CBA, même si elles la rejettent.

En juillet, Leonard a tourné la page Robertson dans la gestion de ses affaires. Il a engagé Harrison Gaines (SLASH Sports) comme nouvel agent et responsable de l’ensemble de ses dossiers business, en remplacement de Mitch Frankel et du rôle informel tenu jusque-là par son oncle.

Dans son communiqué de mercredi, Leonard évoque clairement son entourage : « L’intégrité et le respect pour ce jeu sont fondamentaux pour qui je suis. J’assume l’entière responsabilité des erreurs de jugement commises par des personnes de mon premier cercle et je regrette la distraction que cette situation a causée aux fans et à ma famille.

Un précédent… et une porte entrouverte ?

Reste une question cruciale : les Clippers peuvent-ils espérer récupérer un jour une partie de leurs choix de draft, comme Minnesota en 2003 et 2005 après l’affaire Joe Smith ?

La ligue a déjà montré qu’elle pouvait, avec le temps, atténuer une sanction initialement écrasante. Les Timberwolves avaient perdu cinq premiers tours, avant que deux d’entre eux ne leur soient finalement rendus quelques années plus tard.

Pour Los Angeles, l’avenir se dessine désormais sur une ligne de crête. Une franchise privée de son propriétaire pendant un an, d’une partie de sa direction, amputée de cinq premiers tours sur une décennie, mais toujours liée à une star dont l’arrivée et le maintien auront coûté plus cher que n’importe quel autre projet récent de la ligue.

La vraie question, désormais, dépasse les amendes et les picks : les Clippers peuvent-ils encore se construire un avenir compétitif dans ces conditions, ou cette affaire vient-elle de redessiner durablement le plafond de ce projet ?