Pierre Gasly réalise une pole sensationnelle à Monza
Le vacarme des tifosi n’a pas suffi à couvrir la surprise. Sous le ciel de Monza, là où les chronos se gravent dans la légende, Pierre Gasly a arraché une pole position que personne n’avait vraiment vue venir. Pas même lui, sans doute.
Le Français, déjà vainqueur ici en 2020 avec l’écurie junior de Red Bull, a claqué un tour de feu pour devancer la Mercedes de George Russell de seulement 0"060. Oscar Piastri place sa McLaren en troisième position, devant les Ferrari de Charles Leclerc et Lewis Hamilton, pourtant équipées d’un moteur évolué. Max Verstappen n’est que sixième, Lando Norris seulement neuvième au terme d’une séance brouillonne pour le champion du monde.
Gasly, neuf ans de chasse pour une minute parfaite
Il a suffi d’un tour. Mais ce tour-là, Gasly le traquait depuis neuf ans.
Dès la Q1, le Français sent que quelque chose a cliqué dans cette Alpine largement revue depuis Zandvoort. Tour après tour, il grignote, ajuste, affine. Jusqu’à ce dernier passage, tendu à l’extrême, où tout se met en place.
À l’arrivée, le tableau d’affichage le consacre : pole position. Sa première en Formule 1. Et la première d’un Français en Grand Prix depuis Jean Alesi pour Benetton, déjà à Monza, en 1997. Une boucle qui se referme, une autre qui s’ouvre.
L’histoire prend une dimension encore plus forte au regard des dernières 24 heures. La veille, Gasly a perdu son podium de Monaco après que la Cour d’appel de la FIA a rétabli une pénalité infligée en juin. Le coup était rude. La réponse est brutale : une pole à Monza, au cœur du temple de la vitesse, à quelques kilomètres de son domicile milanais, célébrée en italien devant le public.
Pour Alpine, ce n’est pas seulement un exploit, c’est un séisme. L’écurie, lanterne rouge en 2025, s’est réinventée en renonçant à son propre moteur pour des blocs Mercedes, sur l’impulsion de Flavio Briatore, conseiller exécutif aussi remuant qu’influent. L’équipe a sacrifié son développement 2025 pour préparer au mieux le nouveau règlement. Début de saison solide, puis recul à mesure que les rivaux apportaient des évolutions. Les nouvelles pièces introduites aux Pays-Bas n’avaient rien de spectaculaire. À Monza, elles viennent de propulser Gasly en pleine lumière.
« Ça a dépassé toutes nos attentes », résume le Français. Difficile de mieux dire.
Russell manque le coche, Antonelli relégué au fond
Pour George Russell, cette séance avait tout d’une occasion en or. Son équipier Kimi Antonelli, leader du championnat, traîne une pénalité de 30 places pour un changement de moteur et ne pouvait viser qu’une remontée depuis le fond de grille. Sur le papier, la pole devait lui revenir.
Mercedes avait d’ailleurs mis Antonelli au service de Russell pendant une bonne partie de la séance, l’Italien jouant le rôle de lièvre pour offrir l’aspiration à son équipier. Même avec ce soutien, Russell se fait surprendre par Gasly et ne garde que 0"12 d’avance sur Piastri. Trop peu pour un pilote qui se savait favori.
Sur son dernier tour, l’Anglais se retrouve coincé derrière Verstappen, qui laisse passer Antonelli juste avant de lancer sa propre tentative pour éviter de se retrouver en tête de train, sans aspiration. Russell se retrouve trop proche, le timing se dérègle, la pole lui échappe. Il s’élancera tout de même de la première ligne, mais le sentiment d’un rendez-vous manqué demeure.
Antonelli, lui, avait signé le septième temps, solide compte tenu du contexte. Sa pénalité l’enverra pourtant au fond de la grille. Un défi de plus dans une saison où il mène le championnat, mais devra cette fois remonter tout le peloton sur un circuit où les écarts se jouent au millième.
Piastri se relance, Norris paye l’erreur
Pour Oscar Piastri, cette troisième place a le goût d’un bol d’air. L’Australien sortait de plusieurs courses compliquées. À Monza, il se replace dans le match d’entrée de jeu, avec un chrono solide dès son premier tour lancé en Q3.
La suite se complique. Piastri se retrouve en tête du train pour la dernière tentative, Norris dans ses échappements. Mauvais rôle à Monza, où l’aspiration vaut parfois un dixième plein. Il tente malgré tout de tout jeter dans le premier freinage. Trop tard. Gros blocage à la première chicane, échappatoire, tour ruiné.
Ce dérapage ne le coûte pas cher à lui, son premier tour restant suffisant pour garder la troisième place. Pour Norris, en revanche, la facture est salée. Retardé dans le même secteur, il perd quatre dixièmes dès le premier intermédiaire. Impossible de recoller. Le Britannique n’améliore pas et glisse de la septième à la neuvième place sur la grille.
Deux McLaren dans le top 10, mais une dynamique inversée : Piastri en première ligne virtuelle derrière Gasly et Russell, Norris condamné à l’attaque.
Ferrari refroidit ses tifosi
Les tribunes rouges y ont cru. Nouveau moteur, rumeurs de gain d’un dixième au tour, Monza comme scène idéale pour un coup d’éclat. La réalité a été plus terne.
Lewis Hamilton ne sauve sa place en Q3 que pour un millième face à l’Audi de Gabriel Bortoleto. Un souffle. À la radio, le Britannique lâche un juron en découvrant à quel point il a frôlé l’élimination.
En dernière partie de séance, les Ferrari manquent tout simplement de vitesse. Leclerc signe deux fois le quatrième temps, sans jamais sembler en mesure d’aller chercher la première ligne. Hamilton, neuvième après sa première tentative, améliore mais reste sept millièmes derrière son équipier. Quatrième et cinquième : correct sur le papier, insuffisant pour un team qui avait laissé entendre mieux.
Les tifosi, eux, savent lire un classement. Les drapeaux continuent de flotter, mais l’enthousiasme s’est déplacé vers un autre bleu, celui d’Alpine.
Alpine, de la traversée du désert à la pole de Monza
La trajectoire de Gasly donne tout son relief à cette pole. Propulsé chez Red Bull en 2019, renvoyé chez Toro Rosso après une demi-saison, condamné à labourer le milieu de grille pendant des années, il n’a jamais cessé de chercher la brèche. Sa victoire à Monza en 2020 avait ressemblé à un miracle stratégique. Sa pole, cette fois, tient du mérite pur.
Son arrivée chez Alpine en 2023 devait lui offrir un projet d’usine. La réalité a été brutale : voiture en retard, moteur Renault en bout de développement, saison 2025 achevée au dernier rang. L’équipe décide alors de tout casser : abandon du moteur maison, passage à une unité de puissance Mercedes, recentrage total sur le nouveau règlement.
Les premiers Grands Prix 2026 valident le virage, puis la concurrence réagit, améliore, repasse devant. Les évolutions de Zandvoort ne changent pas encore la donne. Gasly n’y est que onzième en qualifications. Rien ne laissait présager ce qui s’est produit à Monza.
Et pourtant, dès les premiers tours du samedi, l’Alpine se montre à l’aise, stable, rapide dans les longues lignes droites comme dans les chicanes. Les ingénieurs restent prudents. Gasly, lui, sent que le train passe. Il saute dedans.
À l’arrivée, il devient le premier Français en pole à Monza depuis Alesi. Il s’exprime en italien au micro, chez lui, ou presque, devant un public qui sait reconnaître un exploit, même lorsqu’il ne porte pas de combinaison rouge.
Reste une question, la seule qui compte vraiment désormais : cette pole est-elle un éclair isolé dans le ciel de Monza, ou le signe que Gasly et Alpine viennent enfin de trouver la voie pour rester devant plus d’un samedi ?




