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Monza sous la canicule : enjeux et performances des équipes

Le temple de la vitesse bouillonne. Littéralement. Le Grand Prix d’Italie a été officiellement classé course à risque de chaleur, et Monza se transforme en fournaise pour ce 13e rendez-vous de la saison.

Une course sous haute température

Les prévisions sont claires : plus de 31°C attendus pendant la course dimanche, avec un week-end installé dans le milieu des 30°C autour de Monza, au nord-est de Milan. Mercredi, le mercure a déjà grimpé jusqu’à 36°C près de l’aéroport de Linate.

Ce classement en « heat-hazard race » change la donne pour les pilotes. Ils sont autorisés à utiliser un système de refroidissement interne : un liquide réfrigéré, comme le glycol, circule dans un réseau de tuyaux intégré à un sous-vêtement ignifugé porté sous la combinaison. Un luxe ? Pas vraiment. Dans ces conditions, c’est presque une nécessité.

Mais le règlement est implacable : ceux qui décident de ne pas s’équiper devront embarquer 5 kg de lest supplémentaire. Refuser la fraîcheur, c’est accepter un handicap de performance. Personne ne veut céder un dixième à Monza. Et pourtant, certains devront choisir entre confort et pure vitesse.

Ferrari retrouve des chevaux au bon moment

Sur la piste, les regards convergent vers Ferrari. Un moteur mis à jour, un léger gain estimé à un dixième de seconde au tour. Sur le papier, cela paraît mince. À Monza, ça peut valoir une rangée sur la grille.

On l’a vu à Silverstone et Spa : sur ces circuits de puissance, la Scuderia compensait son déficit moteur par une très bonne vitesse en courbe, au point de jouer la victoire. Elle a d’ailleurs remporté les deux courses, avec un peu de réussite. Cette fois, avec ce surplus de puissance, Ferrari espère ne plus seulement survivre dans les lignes droites, mais frapper fort à domicile.

Dans ce contexte, le travail d’Alpine n’est pas passé inaperçu non plus. Pour l’équipe française, Monza est un terrain familier : Franco Colapinto y a effectué ses débuts en F1, Pierre Gasly y a signé sa première victoire en 2020. Les deux hommes semblent avoir trouvé un rythme commun, une complicité qui tranche avec les remous juridiques des derniers jours.

Antonelli relégué au fond de grille, Russell à l’affût

Au championnat, Kimi Antonelli mène toujours la danse. L’Italien compte 59 points d’avance sur le duo George Russell – Lewis Hamilton, Russell devançant son illustre équipier grâce à ses deux victoires cette saison.

Mais ce week-end, le leader est vulnérable. Une pénalité liée à un changement de moteur l’enverra au fond de la grille demain. Une aubaine pour Russell, qui a dominé la deuxième séance d’essais libres vendredi. Le Britannique sait qu’il tient là une occasion rare de rogner l’écart.

Derrière, Lando Norris revient à grandes enjambées. Le pilote McLaren, porté par deux victoires consécutives dont sa dernière aux Pays-Bas, pointe à 83 unités d’Antonelli. L’écart reste conséquent, mais la dynamique est de son côté. McLaren s’est discrètement invitée dans la lutte par le truchement de cette série, alors que Mercedes continue de mener la danse au classement constructeurs, notamment grâce au sprint victorieux de Russell aux Pays-Bas et aux six succès d’Antonelli cette saison.

Ferrari, elle, reste solidement installée en deuxième position, à moins de 100 points de Mercedes. McLaren se rapproche, mais la Scuderia garde encore de la marge. Plus loin, Alpine recule légèrement après une décision de justice qui fait grand bruit. Et Cadillac, pour sa première saison en F1, attend toujours son tout premier point.

Gasly déclassé, Hadjar récupère le podium de Monaco

Le feuilleton du week-end ne se joue pas seulement sur l’asphalte. La Cour d’appel de la FIA a tranché : McLaren et Red Bull ont obtenu gain de cause dans leur recours concernant les pénalités de vitesse dans la voie des stands au Grand Prix de Monaco.

Conséquence directe : Pierre Gasly perd le podium qui lui avait été rendu après une première décision favorable à Alpine. Le Français, troisième sur la piste à Monaco, avait vu deux pénalités de cinq secondes annulées dans un premier temps. La Cour d’appel a rétabli ces sanctions. Gasly glisse ainsi de la troisième à la septième place, retrouvant le résultat initialement enregistré.

Le jeu de chaises musicales qui en découle profite à Red Bull et McLaren :

  • Isack Hadjar récupère la troisième place,
  • Oscar Piastri remonte au quatrième rang,
  • Liam Lawson et Arvid Lindblad grimpent cinquième et sixième.

Au championnat, Gasly reste dixième, mais son capital fond : de 44 points, il retombe à 35. Même position, moins d’armes pour défendre sa place dans le peloton.

Alpine contre la FIA : la Cour d’appel se défend

Cette décision s’inscrit dans un climat déjà tendu entre Alpine et les instances. Le patron de l’écurie, Flavio Briatore, a affirmé vendredi qu’un des juges de la Cour d’appel chargé de ce dossier entretenait des « liens » avec McLaren, insinuant un conflit d’intérêts.

La réponse de la plus haute juridiction de la FIA a été nette. Elle a rejeté ces allégations, rappelant que les juges de la Cour d’appel sont soumis à des obligations strictes d’indépendance et de confidentialité, qu’ils remplissent chaque année des déclarations d’intérêts auprès du responsable conformité de la FIA et qu’ils signent, pour chaque affaire, une déclaration spécifique d’indépendance en fonction des enjeux et des parties impliquées.

Le message est clair : la FIA défend la légitimité de sa justice sportive, au moment même où les décisions influent directement sur le classement et l’humeur des équipes.

Lawson remplace Hadjar, Tsunoda monte dans la Racing Bulls

Chez Red Bull, la blessure d’Isack Hadjar continue de peser sur l’organisation sportive. Le Français de 21 ans, touché au poignet pendant l’été lors d’un entraînement de boxe, manquera un deuxième Grand Prix consécutif après les Pays-Bas. L’écurie a confirmé qu’il poursuit sa convalescence et qu’elle ne prendra « aucun risque inutile » avec son retour.

À Monza, c’est donc encore Liam Lawson qui prendra le volant aux côtés de Max Verstappen. Le Néo-Zélandais reste sur une septième place lors de sa dernière apparition et aura une nouvelle opportunité de marquer des points dans le baquet principal.

Son absence chez Racing Bulls ouvre la porte à Yuki Tsunoda, promu une nouvelle fois depuis son rôle de réserviste. Une redistribution interne qui illustre la profondeur de banc de Red Bull, mais aussi la fragilité d’une saison qui peut basculer sur une blessure à l’entraînement.

Monza, théâtre de chasse et de vitesse

Sur le bitume, la séance s’installe lentement. Cinq pilotes seulement en piste, Carlos Sainz le seul en pneus tendres, les autres en médiums. Dix minutes passent sans qu’aucun chrono ne tombe. Tout le monde attend la fenêtre parfaite, l’aspiration idéale. À Monza, le sillage est une arme. On l’a vu dès la veille en F2, avec 22 voitures prêtes à se marcher dessus pour se placer derrière la bonne cible.

Autour, le paddock vit au rythme de ce huis clos à ciel ouvert. Les photographes se ruent vers chaque entrée, chaque ruelle, à l’affût du moindre passage de pilote. Lewis Hamilton se faufile derrière les motorhomes, des écrans dressés à la hâte pour préserver un semblant d’intimité. Un ou deux objectifs parviennent à le saisir à distance. Les autres repartent bredouilles.

Un peu plus tard, un pilote Ferrari réussit à échapper une nouvelle fois à la meute au niveau de l’entrée principale. Les pros ratent le cliché, un téléphone surchauffé sauve la scène au vol. Monza, c’est aussi ça : une chasse permanente, sur la piste comme en dehors.

Une question simple, un enjeu immense

Mercedes mène le championnat constructeurs. Ferrari a retrouvé des chevaux. McLaren revient en trombe. Alpine sort d’une bataille juridique perdue. Cadillac attend toujours son premier point.

Antonelli part du fond. Russell s’élancera en chasseur. Les Tifosi rêvent d’un miracle rouge dans la fournaise lombarde.

Dimanche, au bout de cette ligne droite interminable, une seule vérité comptera : qui aura su dompter la chaleur, la pression et la vitesse brute de Monza ?