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Le MMA aux Jeux asiatiques : un tournant historique

Nagoya, petite salle, grand moment. Sur un tatami blanc et gris posé au cœur d’un gymnase qui rappelle davantage une salle de sport scolaire qu’une arène mondiale, le Mixed Martial Arts fait cette semaine ses premiers pas aux Jeux asiatiques. Un décor modeste pour une ambition immense : l’Olympisme.

Longtemps interdit dans une grande partie des États-Unis, autrefois cloué au pilori comme une forme de « combat de coqs humain » par un sénateur américain, le MMA s’avance désormais en costume de sport structuré, codifié, prêt à se mesurer aux exigences du mouvement olympique.

Du “cockfighting” à l’Asie des Jeux

Le directeur général de la Fédération internationale de Mixed Martial Arts, Galastein Tan, ne cache pas l’importance de ce tournant. Être aux Jeux asiatiques, explique-t-il, représente « un grand pas ». Dans le langage des fédérations, cela signifie beaucoup plus qu’une simple présence au programme.

Pour figurer dans une compétition continentale, il faut cocher toutes les cases : gouvernance en place, nombre suffisant de fédérations membres, densité d’athlètes, règlement clair, officiels formés. Autrement dit, un sport qui a cessé d’être marginal pour entrer dans le rang des disciplines organisées.

Sur le tatami, les combats s’enchaînent. Hommes et femmes, catégories séparées, mais la même intensité. Les tribunes ne sont pas pleines, loin de là, mais le public, compact, vit chaque échange. On vient de Thaïlande, du Kazakhstan, des Philippines, du Japon, et d’autres pays encore où la culture du combat fait partie de l’ADN sportif national.

Sans cage, mais pas sans enjeu

Pour les habitués de l’Ultimate Fighting Championship, le contraste est frappant. Pas de cage, pas d’octogone métallique. Ici, les athlètes évoluent à l’air libre, sans barrière, sur ce tapis bicolore. Un changement qui n’est pas qu’esthétique.

Pour ceux qui ont construit leur carrière dans un environnement fermé, s’adapter à un espace sans grillage demande un vrai ajustement tactique. Mais le message est clair : une cage « ne s’aligne pas vraiment avec les valeurs olympiques », souligne Tan. Si le MMA veut un jour défiler sous les anneaux, il doit aussi soigner son image.

Reste un obstacle majeur : harmoniser les règles. Que peut-on autoriser ? Que faut-il bannir ? Les écoles sont nombreuses, les approches parfois opposées. Tant que le monde du MMA ne parlera pas d’une seule voix sur son règlement, la route vers les Jeux restera sinueuse.

Une nouvelle voie pour une génération

Sur le tapis, la portée de ce tournant se lit dans les yeux des combattants. La Singapourienne Teo Hui Hoon, déjà assurée de décrocher au minimum l’argent, mesure parfaitement ce que représente cette reconnaissance continentale — et ce qu’un jour olympique pourrait déclencher.

Elle le dit simplement : la présence du MMA aux Jeux asiatiques, et peut-être demain aux Jeux olympiques, va « énormément » élargir le vivier. Plus d’enfants, plus d’adolescents qui n’y verront plus seulement un spectacle télévisé, mais une filière à suivre.

Soudain, le chemin se dessine : intégrer une équipe nationale, viser une sélection, rêver de la plus grande scène sportive au monde. Le MMA n’est plus seulement un show. Il devient une carrière olympique potentielle.

Une course encombrée vers les anneaux

Le MMA n’est pourtant pas seul sur cette route. Teqball — ce mélange spectaculaire de football et de tennis de table — fait lui aussi ses débuts aux Jeux asiatiques. Le padel, sport de raquette en pleine explosion, avance également ses pions. Le terrain des prétendants à l’Olympisme est saturé.

Pour le MMA, il faudra donc plus que des combats spectaculaires. Il faudra du lobbying, de la diplomatie, une stratégie patiente auprès du Comité international olympique et des décideurs qui pèsent sur les programmes sportifs. Tan l’assure : les discussions existent déjà, les portes ne sont pas fermées.

Le sport dispose d’un allié de poids : Dana White, patron de l’UFC, soutient ouvertement l’idée d’une présence du MMA aux Jeux. Une caution médiatique et économique qui compte, même si l’Olympisme ne se laisse pas dicter son agenda par les promoteurs.

Reste une image encore tenace : celle d’un sport jugé trop violent par une partie de l’opinion. Les coups, le sol, les soumissions, tout cela heurte encore certains regards. Pourtant, porté par l’essor phénoménal de l’UFC, le MMA a quitté les marges. Il est devenu un produit grand public, loin des soirées sulfureuses des années 1990.

Un monde à unifier avant les Jeux

Pour espérer s’installer un jour dans le programme olympique, le MMA devra résoudre une autre équation : se rassembler sous une seule bannière. Un seul organe directeur, une seule structure reconnue, un seul interlocuteur face au CIO. Tant que le paysage restera morcelé, la candidature restera fragile.

Le calendrier, lui, ne laisse guère d’illusions à court terme. Los Angeles 2028 arrive trop vite. Brisbane suivra quatre ans plus tard. Deux échéances qui semblent lointaines, mais qui, en termes de processus olympique, arrivent presque demain.

Tan refuse pourtant de fermer la porte. « Rien n’est impossible », glisse-t-il. Le message est clair : le MMA veut prouver qu’il parle à la fois aux adultes et aux jeunes, qu’il possède cette « portée mondiale » que recherchent les Jeux, et qu’il peut s’insérer sans heurts dans le calendrier d’un grand rendez-vous multisports.

Dans cette petite salle de Nagoya, au milieu des cris du public et des chocs sur le tatami, une idée prend forme : si un jour le CIO ou le comité d’organisation de LA28 frappe à la porte en proposant au MMA une place, en sport médaillé ou en démonstration, la réponse est déjà prête.

Le MMA se considère prêt. La question, désormais, est simple : les Jeux olympiques le sont-ils aussi ?