Mercedes domine au Madring : un circuit à haut risque
Samedi s’ouvre sous un ciel parfaitement bleu au Madring, ce nouveau ruban d’asphalte planté aux portes de Madrid, tout près de l’aéroport. Soleil implacable, pas un souffle de vent, drapeau pendu au bout de la voie des stands. L’ambiance est presque trompeuse : carte postale en surface, haut risque sur la piste.
Les Mercedes ont posé leur empreinte dès vendredi. George Russell en tête de la première séance, Kimi Antonelli en patron lors de la deuxième. Deux sessions, deux flèches d’argent devant tout le monde. Derrière, Ferrari et Red Bull tentent de suivre le rythme sur un circuit que les pilotes apprennent encore virage après virage.
Un tracé rapide, sans marge d’erreur
Russell ne s’en cache pas : le Madring est un monstre de vitesse et de risque. Le Britannique parle d’« un circuit de très haut risque », avec encore moins de marge qu’à Monaco, non pas à cause des murs, mais de la vitesse d’entrée dans les courbes.
Les enchaînements rapides se succèdent, les barrières semblent revenir vers la trajectoire. Si un pilote se loupe, il ne tape pas le mur dans l’axe de la voiture : le rail vient le cueillir de biais. À ces vitesses, l’erreur se paie cash.
Et au milieu de tout ça, un autre adversaire s’invite : la dégradation des pneus.
Pneu tendre, médium, dur : chacun sa bataille
Sur cette surface neuve, le grip est énorme, mais les voitures glissent tout de même de façon agressive. Russell l’a résumé avec une formule qui fait froid dans le dos : avec la dégradation vue en EL1, une course à six arrêts serait théoriquement la plus rapide. La deuxième séance a rassuré un peu le paddock, mais la grande inconnue reste là, suspendue au-dessus du peloton.
Ce samedi matin, le jeu des gommes raconte déjà une histoire. Les deux Audi s’élancent en pneus médiums jaunes. Le reste du plateau part en tendre, à l’exception notable de Liam Lawson. Le Néo-Zélandais, appelé à remplacer Isack Hadjar chez Red Bull, choisit le pari extrême : les durs.
Pari osé, pari payant d’entrée. Lawson hisse la Red Bull au deuxième rang de la feuille des temps, juste derrière Nico Hülkenberg. De quoi rappeler à tout le monde que, même avec le composé le plus dur, le rythme est là.
Alice Powell, au micro, souligne un autre point clé : la plupart des favoris ont soigneusement évité les pneus durs la veille. Les Mercedes ont surtout travaillé le médium sur les relais longs. Charles Leclerc et Max Verstappen, eux, ont poussé plus loin le tendre, signe d’une vraie confiance dans la tenue de ce composé sur la durée. Et ça, sur un circuit neuf et abrasif, c’est un message.
Une F3 trompeuse et une stratégie encore floue
Plus tôt dans la journée, la course de Formula 3 a brouillé les cartes. Là où l’on s’attendait à une dégradation massive, la gomme a finalement mieux tenu que prévu. Pas de mur de performance qui s’écroule, pas de pneus en lambeaux dans les derniers tours. De quoi relancer toutes les hypothèses stratégiques pour la course principale.
Si les pneus tiennent mieux que prévu, certains pourraient tenter des relais agressifs en tendre. Si, au contraire, la chaleur de l’après-midi transforme le Madring en four, le médium pourrait devenir la valeur refuge. Pour l’instant, personne n’a de certitude. Et c’est précisément ce qui rend cette séance finale si précieuse.
Lindblad cloué au stand, Madring en mode piège
Dans ce décor ensoleillé, tout ne roule pas pour tout le monde. Chez Racing Bulls, la voiture d’Arvid Lindblad est perchée sur ses chandelles, soulevée, tripotée par les mécaniciens sous le plancher. L’équipe fouille, répare, ajuste. Peu importe le détail exact, une chose est sûre : le rookie ne sera pas en piste au début de la séance.
Domage, car la veille, Lindblad avait frappé fort. Quatrième temps en EL2 avant de finir sa journée dans le mur à l’approche du virage 13. Un rappel brutal de ce que Russell décrivait : ici, quand ça part, ça part vite.
Mercedes devant, Ferrari et Red Bull à l’affût
Vendredi, le ton a été donné. En EL1, Russell devance Antonelli de 0"286. Derrière, les Ferrari de Leclerc et Lewis Hamilton s’intercalent, avec Verstappen en chasseur. En EL2, Antonelli prend le relais en tête avec un 1’33"662, Leclerc et Hamilton juste derrière lui, regroupés dans un mouchoir de temps.
Les écarts sont serrés, mais la hiérarchie provisoire est claire : Mercedes a pris le meilleur départ sur ce nouveau terrain de jeu. Ferrari suit, Red Bull observe, Racing Bulls intrigue, malgré la sortie de piste de Lindblad.
Un décor trompeur, une tension bien réelle
Dans la voie des stands, Jennie Gow décrit une atmosphère presque décalée : tout le monde profite d’un week-end madrilène agréable, mais le circuit, lui, est planté près de l’aéroport, loin du centre historique. Certains dans le paddock comparent l’endroit à une version madrilène de Heathrow : efficace, mais sans le charme des cartes postales.
Sur la piste, en revanche, le charme n’est pas au programme. Vitesse élevée, murs proches, pneus capricieux. Et une autre donnée vient compliquer l’équation : les dépassements.
Alice Powell prévient : ce sera difficile de doubler ici. Si la dégradation ne suffit pas à créer des écarts de rythme significatifs, le train DRS risque de s’installer, étirant les monoplaces sans véritablement les libérer.
Derniers tours de chauffe avant le verdict
Final Practice démarre à 11h30 (BST). Dernière fenêtre pour comprendre ce que le Madring exige vraiment des voitures et des pneus. Dernière chance aussi pour les 22 pilotes de se mettre au diapason avant que les feux ne passent au vert pour Q1 à 15h00.
Mercedes a l’avantage, mais il est fragile. Ferrari n’est pas loin, Red Bull n’a pas encore montré toutes ses cartes, et les rookies comme Lawson ou Lindblad peuvent encore bousculer la hiérarchie sur un tour lancé.
Le décor est planté, le ciel est parfait, la piste brûle déjà. Reste une question, simple et tranchante : qui osera vraiment aller chercher la limite sur ce circuit où l’erreur ne pardonne pas ?




