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Mbappé, Vinicius et Konaté brouillent le message de solidarité pour Ceuta

Sur la pelouse du Martínez Valero, l’image devait être limpide. Elle a finalement laissé place au malaise. Juste avant qu’un Real Madrid chahuté ne s’arrache pour battre Elche 3-2 grâce à un but de Carlos Espi dans le temps additionnel, la polémique s’est invitée dans le protocole d’avant-match.

Les joueurs des deux équipes sortent du tunnel en T-shirts blancs. Sur le torse, un slogan clair : « Todos somos caballas » – « Nous sommes tous Ceutans » – accompagné de références à Ceuta, cette ville autonome espagnole enclavée sur la côte nord-africaine, face au Maroc, de l’autre côté du détroit de Gibraltar. Un message de solidarité dans le contexte brûlant d’une crise migratoire majeure.

Mais au milieu de ce tableau, trois silhouettes détonnent. Kylian Mbappé, Vinicius Junior et Ibrahima Konaté ont roulé leur T-shirt jusqu’à la hauteur de la poitrine, masquant en partie le slogan. Le geste saute aux yeux. Là où la plupart des joueurs portent le message pleinement visible, les trois Madrilènes le réduisent à une bande de tissu froissée.

Quelques instants plus tard, la scène se tend encore. Mbappé et Vinicius retirent complètement leur T-shirt avant la poignée de main officielle. Konaté, lui, le garde un peu plus longtemps, mais toujours relevé, avant de s’en défaire à son tour. Le reste de l’équipe madrilène, comme les joueurs d’Elche, continue d’assumer le maillot de la campagne jusqu’au bout des formalités.

Un club engagé, des joueurs en décalage

Le contraste est saisissant avec la ligne suivie par le Real Madrid ces dernières semaines. Le club s’était déjà affiché en soutien à Ceuta avant sa rencontre de Ligue des champions face à l’Inter Milan, le 8 septembre, au Santiago Bernabéu. Ce soir-là, le virage sud avait dressé un tifo de cartons à l’effigie des armoiries de la ville autonome. Le reste du stade avait accompagné l’hommage d’une salve d’applaudissements.

Cette mobilisation s’inscrit dans une campagne plus large autour de Ceuta, secouée par un afflux massif de migrants en provenance du Maroc. Les 30 et 31 juillet, au moins 72 000 personnes auraient traversé la frontière, souvent à la nage en contournant les barrières, selon les chiffres avancés par la maire de Ceuta. Plus d’une centaine de morts ont été recensés durant ces traversées. Si la plupart des migrants sont ensuite repartis, près de 5 000 d’entre eux vivraient encore dans des camps de fortune ou dorment à même les rues, sur les plages, dans une ville sous tension.

Les habitants expriment leur inquiétude. Certains ont détruit des abris de fortune, d’autres ont bloqué l’acheminement de l’aide destinée aux migrants. Dans ce climat explosif, chaque geste public prend une dimension politique. Un T-shirt relevé ne reste pas un simple détail vestimentaire.

Les représentants des joueurs concernés ont été sollicités pour réagir à cet épisode. À ce stade, aucune prise de position publique n’a été communiquée.

Une campagne qui divise La Liga

Cette soirée à Elche a aussi mis en lumière la fracture autour de l’initiative en faveur de Ceuta. Dans plusieurs autres rencontres de Liga, les joueurs ont porté les T-shirts tels qu’ils avaient été conçus, message bien en évidence. À l’inverse, Barcelone n’a pas pris part à la campagne. Le club catalan s’est tenu à l’écart de ce dispositif symbolique, laissant la Ligue et les autres équipes occuper le terrain médiatique.

Au Real Madrid même, l’image est désormais contrastée : un club qui affiche son soutien, un stade qui se lève pour une ville en crise, mais des stars qui brouillent le signal au moment le plus exposé, sous l’œil des caméras.

Une nuit dramatique sur le terrain

La polémique n’a pas étouffé le football, elle l’a précédé. Sur le terrain, le Real a livré une soirée à la hauteur de son tumulte. Les Madrilènes ont d’abord pris le large avant de voir Elche revenir à hauteur. Avantage envolé, doute installé, ambiance retournée. Puis, dans les arrêts de jeu, Carlos Espi a surgi pour offrir un succès 3-2 à un Real bousculé mais encore vainqueur.

Mbappé, lui, a signé l’un des buts madrilènes. Vinicius était titulaire. Les deux hommes ont pesé sur le match, comme attendu. Leur influence sur le récit de la soirée ne s’est pourtant pas limitée au tableau d’affichage.

Car à Elche, le football n’a pas seulement raconté une remontée au score. Il a aussi exposé, en quelques morceaux de coton roulés sous la poitrine, la ligne de fracture grandissante entre les campagnes officielles des clubs et la manière dont leurs stars choisissent – ou non – de les endosser.