Matt Hauser : le triathlète qui a redonné espoir à l'Australie
Pendant quinze ans, l’Australie a regardé le sommet du triathlon mondial de loin. Les grandes heures semblaient appartenir au passé, rangées avec les médailles et les souvenirs. Puis Matt Hauser a déboulé à Wollongong et a tout remis à l’endroit.
Titre mondial sur ses terres, série de victoires sur le circuit, statut de cible numéro un du peloton : l’Australie est de retour au sommet, et c’est lui qui porte le drapeau.
De Wollongong au monde
Sa victoire à Wollongong n’a pas seulement mis fin à une disette de 15 ans pour le triathlon australien. Elle a changé de dimension. Elle a installé Hauser dans une nouvelle catégorie : celle des hommes que tout le monde veut faire tomber.
Avant la manche de la World Triathlon Championship Series à Weihai, le 29 août, l’Australien pointe à la troisième place du général. Devant lui, seulement Miguel Hidalgo et Vasco Vilaça. Une nuance importante, pourtant : les deux Européens ont disputé quatre courses, Hauser seulement trois. Et il les a toutes gagnées.
Yokohama. Hambourg. Londres. Trois départs, trois victoires. Une série qui fait de lui le coureur le plus redouté du moment.
Il en a conscience, sans vraiment s’y habituer. Il parle d’un “moment où il doit se pincer”, d’une sensation irréelle de se retrouver “au sommet de son jeu”, d’un statut à accepter : celui d’être “l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur au monde” dans sa discipline. Derrière cette formule, il y a surtout une lucidité : cette fenêtre ne restera pas ouverte éternellement. Il veut l’exploiter jusqu’au dernier jour.
Dix ans de travail, pas un miracle
Rien, chez lui, ne ressemble à une explosion soudaine. Hauser insiste : sa montée en puissance n’a rien d’un bond magique. Elle est faite d’objectifs minuscules, de processus répétés, de journées qui se ressemblent et finissent par construire une “persona de champion du monde”.
Au cœur de cette construction, un nom : Dan Atkins. Dix ans qu’il travaille sous ses ordres. Dix ans pour mettre en place sur la Gold Coast un environnement où la “performance quotidienne” n’est pas un slogan, mais une routine. Ce socle explique pourquoi, au moment où certains champions olympiques se sont éloignés du format standard, lui a pris le pouvoir sur la série mondiale.
Et ce qu’il fait rejaillit déjà sur la génération suivante. Aspen Anderson, 19 ans, fait partie de ces jeunes qui s’entraînent en voyant Hauser ouvrir la voie. Elle parle d’une histoire australienne “riche” en triathlon, d’un pays qui “hausse son niveau”, d’un modèle concret : si lui peut le faire, pourquoi pas eux ? La nouvelle vague grandit avec un exemple vivant sous les yeux, pas seulement avec des légendes racontées.
Quand les autres s’éparpillent, Hauser s’affûte
Depuis Paris, la hiérarchie du triathlon mondial bouge. Alex Yee, champion olympique, court des marathons et vient de signer un 2h06’38, deuxième meilleur temps britannique de l’histoire derrière Mo Farah. Hayden Wilde s’essaie aux formats plus longs dans la T100. Cassandre Beaugrand, reine du triathlon féminin à Paris, bat des records de France sur 3 000 m, 5 000 m et 10 km, et s’aligne en Diamond League.
Ces échappées inspirent Hauser. Il admire ces athlètes capables de briller au plus haut niveau dans une seule des trois disciplines. Il y voit aussi un bénéfice pour son sport : une reconnaissance accrue, la preuve que les triathlètes sont des athlètes complets, capables de rivaliser avec les meilleurs spécialistes mondiaux.
Lui, pourtant, ne se disperse pas. Son obsession reste claire : perfectionner son art dans le triathlon. Il sait que la discipline a encore changé depuis deux ans. Il le répète : ce sport évolue sans cesse. Et pour rester devant, il faut suivre le rythme, voire le dicter.
Un funambule sur trois disciplines
Être triathlète, c’est jongler sans relâche. Trop de musculation pour la natation, et le poids se paie sur le vélo et à pied. Trop de travail en course à pied, et la vitesse dans l’eau disparaît. Dès leurs premiers entraînements, on leur rappelle cette maxime : on ne gagne pas une course dans l’eau, mais on peut la perdre.
Hauser a bâti sa domination sur cette ligne de crête. Pendant un temps, le triathlon semblait promis aux coureurs à pied. Des pelotons groupés à la sortie de l’eau et à vélo, puis les meilleurs runners qui dynamitaient tout sur le dernier segment. Cette ère-là recule.
L’Australien a choisi une autre voie : attaquer tôt, très tôt. Sortir fort de l’eau, appuyer sur le vélo, étirer le peloton, faire exploser les plans des coureurs venus de l’arrière. Une manière de courir qui rappelle une autre dynastie : celle des frères Brownlee. Alistair et Jonathan ont bâti leurs titres olympiques sur ces échappées natation-vélo, suivies de courses à pied encore assez solides pour achever le travail.
Les cycles se succèdent. Après les Brownlee, Mario Mola, Jake Birtwhistle et d’autres grands coureurs sont revenus de l’arrière pour imposer des scénarios plus groupés. Aujourd’hui, la vague repart dans l’autre sens. Les échappées de tête reviennent en force. Hauser se place en première ligne de cette tendance.
Il le dit sans détour : mener le paquet de devant, réduire les marges des gros coureurs coincés derrière, c’est la clé de ses succès récents. Et cela a changé une croyance tenace dans le milieu : on n’a plus besoin d’être le meilleur coureur à pied du plateau pour gagner une course.
Une médaille qui manque à tout un pays
Derrière cette saison parfaite se cache une obsession plus lointaine. Los Angeles 2028. Hauser y pense tous les jours, mais sans se laisser dévorer. Les séances à l’entraînement, les courses de la série mondiale, chaque décision est prise avec cette ligne d’horizon en tête : arriver au pic de sa carrière dans deux ans.
L’Australie a déjà goûté à l’or olympique en triathlon, avec Emma Snowsill à Pékin. Michellie Jones, Loretta Harrop, Emma Moffatt et Erin Densham ont aussi ramené des médailles. Pourtant, une anomalie persiste : aucun homme australien n’est jamais monté sur un podium olympique dans ce sport.
Hauser sait exactement ce que cela représente. Il se rappelle qu’il y a quelques années, il pouvait déjà briller, mais pas assez souvent pour se proclamer “favori”. Aujourd’hui, il enchaîne les podiums et les victoires. Il doit transformer cette nouvelle normalité dans sa tête. Quand viendra le jour J à Los Angeles, il veut simplement reproduire ce qu’il fait semaine après semaine.
Il parle d’un objectif fou : réussir une seule course, tous les quatre ans. Mais il insiste sur l’essentiel : le chemin compte autant que le sommet. Accumuler les “encoches sur la ceinture”, ces expériences de haut niveau qui lui permettront, le jour venu, de performer, que la journée soit exceptionnelle ou simplement bonne.
La suite immédiate, elle, se joue loin de Los Angeles. Weihai, en Chine, le 29 août, puis la finale de la série à Pontevedra, en Espagne, le 23 septembre. Deux rendez-vous pour confirmer sa mainmise sur la saison, affirmer encore un peu plus son statut.
Et poser une question brûlante : quand il se présentera sur la ligne de départ à Los Angeles, sera-t-il encore le chasseur… ou déjà le champion que tout un pays attend depuis trop longtemps ?




