logo

Madring : qualifications serrées et surprises en Formule 1

0’’011. À peine le temps d’un clignement d’œil, et c’est tout ce qui sépare la pole de la deuxième place pour cette première séance de qualifications de Formule 1 au Madring. Quatre pilotes, quatre équipes différentes sur les quatre premières places de la grille du Grand Prix d’Espagne. Pour un tracé annoncé comme propice au train-train du dimanche, la mise en scène est tout sauf figée.

Certaines ont saisi l’occasion à pleines mains. D’autres l’ont laissée filer.

Piastri dans le dur, Norris en état de grâce

Pour Oscar Piastri, la séance n’a jamais vraiment décollé. Huitième en Q1, neuvième en Q2, puis seulement septième au final. Un samedi qualifié de « messy », puis de « pretty crap » par l’Australien lui-même, qui a dû interrompre son premier tour rapide en Q1 et n’a jamais retrouvé le fil.

Le coup fait encore plus mal quand on regarde l’autre côté du garage McLaren. Lando Norris, lui, a tout simplement arraché la pole. Et pas n’importe comment.

Pendant une bonne partie de la qualif, tout indiquait un duel Mercedes–Ferrari, avec Max Verstappen en possible trouble-fête. Norris ne pointait qu’au cinquième rang en Q1, puis au septième en Q2. Rien ne laissait présager l’uppercut final. Kimi Antonelli venait de claquer le premier tour en 1’31 du week-end, Lewis Hamilton l’avait brièvement délogé, et la hiérarchie semblait s’installer.

Puis Norris a lâché un tour à l’attaque totale. Un passage final brouillon, où Andrea Stella estime qu’il laisse trois dixièmes dans le dernier virage. Mais avant ça, un enchaînement que son patron a qualifié de « chef-d’œuvre ». Norris lui-même parle sans hésiter du meilleur tour de qualif de sa carrière. Résultat : la pole pour un centième devant Antonelli.

La McLaren avait donc le rythme. Piastri le sait. Et sur un circuit où dépasser s’annonce compliqué, sa septième place risque de le hanter longtemps.

Mercedes, deux visages : Hamilton solide, Russell frustré

George Russell avait commencé la journée en patron. Meilleur temps de la Q1 malgré un baiser appuyé au mur, il assurait se sentir « en bonne position » et expliquait être « trois dixièmes devant » son précédent meilleur temps au milieu de son ultime tentative en Q3.

Puis il a tout perdu dans le virage 11. Trop de vitesse, des pneus qui lâchent, et le chrono s’effondre sur la fin du tour. Au final, sixième temps, à 0’’314 de Kimi Antonelli. Quatre places derrière son jeune équipier. Sur un week-end qui avait bien démarré, c’est un nouvel exemple d’un Russell un demi-ton en retrait chez Mercedes, loin de pouvoir prétendre jouer le titre.

À l’inverse, Lewis Hamilton a tiré le maximum de sa séance. Après un crash en FP3 qui lui a coûté du temps de roulage, le septuple champion du monde s’est hissé en quatrième position, juste devant Charles Leclerc pour… 0’’006. Une deuxième ligne arrachée au forceps, avec un résumé sec de sa part : une séance « assez simple », une « bonne exécution » de l’équipe, et l’envie affichée de simplement « s’amuser » en course.

Face à lui, Leclerc a dû composer avec un moteur Ferrari d’ancienne spécification après son crash de Monza. Il admet avoir perdu du temps surtout dans le premier secteur et constate que, pendant que d’autres montaient un bloc plus frais ou plus évolué, lui n’a pas bénéficié du même bond de performance. Le tour reste propre, mais dans un peloton aussi serré, ces petits détails coûtent cher.

Après leur accrochage au départ à Monza, les deux Ferrari seront de nouveau sous les projecteurs au feu vert madrilène. Et Hamilton ne sera jamais loin.

Verstappen renverse la tendance, Red Bull revient dans le jeu

Vendredi, Pierre Wache ne se racontait pas d’histoires : il fallait travailler sur les réglages, le grip mécanique, le comportement sur les bosses et la gestion de l’énergie pour remettre Max Verstappen dans le bon wagon. La réponse n’a pas traîné.

En FP3, le quadruple champion du monde revient déjà à moins de quatre dixièmes du meilleur temps. En qualifications, il se glisse progressivement dans le coup : à 0’’170 en Q1, puis tout simplement le plus rapide en Q2.

En Q3, Verstappen fait partie des trois seuls pilotes à descendre sous les 1’32. Troisième sur la grille, devant les deux Ferrari, une Mercedes et une autre McLaren. Liam Lawson, lui, retombe au huitième rang après avoir été très proche de Russell en Q1.

Verstappen souligne que la voiture fait enfin ce qu’il veut dans les virages. Difficile de ne pas y voir aussi un supplément de talent brut. Quand la Red Bull lui laisse un peu de marge, il trouve toujours un moyen de l’exploiter.

Colapinto rayonne, Gasly dévisse

Chez Alpine, la journée a pris deux trajectoires opposées.

Franco Colapinto signe une neuvième place qui vaut bien plus que son chiffre brut. L’Argentin a d’abord dû rattraper une belle frayeur à La Monumental lors de son premier run en Q2, avant de poser un tour qu’il qualifie lui-même « d’incroyable » pour décrocher la Q3. Sur un circuit qu’il jugeait favorable aux Audi et aux Racing Bulls, il n’imaginait pas vraiment l’Alpine en tête du peloton du milieu de grille. Et pourtant, il y est. Il a même réussi à répéter – et améliorer – ce chrono en Q3.

Pendant ce temps, Pierre Gasly vit l’exact opposé. Quatorzième, à sept dixièmes de son équipier en Q2. Bousculé, incompréhensif. « Quelque chose ne colle pas », lâche-t-il, surpris par le fossé entre la voiture rassurante de vendredi – où il se voyait clairement en Q3 – et celle du samedi. Il parle de motricité en berne, de glisse en sortie de virage, de voiture en travers dans les courbes rapides. Interrogé sur la perspective de chaos ou de procession en course, il refuse même de se projeter. Priorité : retourner au bureau technique et trouver des réponses.

Bearman à l’arrêt, Haas sous pression

La journée d’Ollie Bearman a basculé en quelques secondes. Un crash au virage 10, à la toute fin de la FP3, et son samedi s’est arrêté net. Impossible de réparer à temps, pas de participation aux qualifications, une 21e place provisoire sur la grille.

Le constat est brutal quand on voit Esteban Ocon placer l’autre Haas au 13e rang. Bearman, lui, regarde la séance depuis le mur des stands, déçu : la voiture était « rapide », les changements de la nuit avaient transformé un vendredi compliqué en FP3 prometteuse, puis une combinaison de pneus usés et d’une rafale de vent l’a envoyé dans le décor.

Dimanche pourrait devenir son neuvième Grand Prix consécutif sans le moindre point. Et le huitième de suite pour Haas. Pendant ce temps, Audi grignote, point par point, son avance dans la lutte pour la septième place du championnat constructeurs.

Aston Martin dans le rouge, Honda sous le feu

Le Madring a beau être un circuit urbain temporaire, il reste rapide, exigeant pour les moteurs, et sans pitié pour les unités de puissance en difficulté. Aston Martin l’a appris à ses dépens.

Fernando Alonso a tout donné pour sortir de la Q1. Il lui a manqué 0’’081 pour passer devant les deux Williams, que son équipe commençait pourtant à faire douter ces dernières semaines grâce à un bon rythme de développement châssis. L’Espagnol estime perdre « probablement plus d’une seconde » à cause du moteur Honda. La phrase claque, surtout à domicile.

Et encore, Alonso a au moins pu participer. Lance Stroll, lui, n’a même pas pris part à la séance, stoppé par un problème de pression d’eau sur un moteur tout juste monté. Résultat : 18e et 21e sur la grille pour Aston Martin, bien loin des ambitions affichées en début de saison.

Une grille explosée, un dimanche sous haute tension

Une pole McLaren, une Mercedes rookie en première ligne, Max Verstappen en embuscade, Lewis Hamilton en deuxième rang, les Ferrari au milieu de tout ça, Alpine en éclaireur du peloton, Aston Martin au fond de la classe. Le Madring offre une grille éclatée, où chaque mètre au départ va compter.

On craignait un défilé. Avec 0’’011 entre les deux premiers, des écarts microscopiques partout et des favoris éparpillés, la vraie question est ailleurs : qui osera tout risquer dans les premiers tours pour transformer cette opportunité unique en tournant majeur de la saison ?