Liam Lawson dans le top 6 à Madrid, Antonelli brille
Le nouveau tracé du Madring n’a pas offert beaucoup d’ouvertures. Il a en revanche livré une hiérarchie très claire. En tête, Kimi Antonelli. Un cran plus loin, un Liam Lawson solide, opportuniste, qui continue de s’installer dans le paysage de la saison.
Le Néo-Zélandais, parti huitième, termine sixième du Grand Prix d’Espagne, égalant ainsi son meilleur résultat de 2026, déjà obtenu à Monaco puis à Silverstone. Discret, propre, sans erreur dans un peloton où chaque dépassement coûtait cher. Sur un circuit où la qualification valait presque un demi‑résultat, Lawson a maximisé sa position de départ et profité des aléas stratégiques devant lui pour grignoter deux places. Une course de métier, tout simplement.
Antonelli, le coup parfait… aidé par la voiture de sécurité virtuelle
Devant, l’histoire du jour porte un nom : Kimi Antonelli. Le jeune Italien de Mercedes signe à Madrid sa deuxième victoire consécutive, une semaine seulement après son succès à domicile à Monza. Et celle‑ci, il le sait, doit beaucoup à un moment précis : le déploiement de la voiture de sécurité virtuelle au 15e tour.
Jusque‑là, Lando Norris contrôlait le Grand Prix depuis la pole. Antonelli l’avait attaqué au premier virage, l’avait dépassé en coupant le virage pour éviter le contact, avant de rendre la position comme l’y oblige le règlement. Le ton était donné : le Madring ne pardonnerait ni l’hésitation, ni la moindre erreur de jugement.
Quand la Aston Martin de Lance Stroll s’immobilise sur la piste avec un problème de freins, tout bascule. La voiture de sécurité virtuelle est déclenchée. Antonelli plonge immédiatement dans la voie des stands. Norris, lui, a déjà dépassé l’entrée. Fenêtre manquée. Un tour plus tard, la neutralisation est levée : le pilote McLaren s’arrête alors, mais perd un temps précieux, aggravé par un problème sur la roue avant droite. Il ressort cinquième. La victoire vient de lui filer entre les doigts.
Antonelli, lui, se retrouve devant. Il ne lâchera plus.
Norris frustré, Verstappen en arbitre, Leclerc piégé par sa stratégie
La malchance de Norris fait le bonheur des autres. Max Verstappen, patient, signe une course clinique et s’installe en deuxième position, sans jamais réellement menacer Antonelli mais en capitalisant sur chaque opportunité. Norris, relégué, limite la casse en remontant jusqu’à la troisième place, mais la radio résume son état d’esprit : une sensation d’injustice, celle d’avoir tout fait correctement pour voir la course lui échapper sur un timing défavorable.
Entre ces deux temps forts, un autre pari a animé la tête de course : celui de Charles Leclerc. Le Monégasque choisit de rester en piste sous voiture de sécurité virtuelle, prend les commandes du Grand Prix et tente une stratégie décalée. Longtemps, Ferrari donne l’impression d’avoir trouvé la clé. Les pneus durs tiennent, le rythme est correct, et le scénario d’un hold‑up stratégique s’installe.
Mais la réalité des règlements rattrape Leclerc : il doit s’arrêter tard pour son arrêt obligatoire. Il ressort derrière, sans marge pour revenir. Quatrième à l’arrivée, après avoir mené une grande partie de la course. Une position qui illustre parfaitement la journée de Ferrari : des idées, du panache par moments, mais au final, aucun podium.
Hamilton abandonne, Russell sauve les meubles
Le dimanche de Ferrari aurait pu sembler moins amer si Lewis Hamilton avait pu jouer sa partition. Le septuple champion du monde, désormais en rouge, ne bouclera pourtant que sept tours. Problème de freins, retour au stand, abandon. Une semaine après une course déjà compliquée à Monza, conclue à la sixième place après un accrochage avec Leclerc, la spirale reste délicate pour lui.
Chez Mercedes, la lumière vient donc d’Antonelli, mais aussi de la régularité de George Russell. Cinquième à l’arrivée, le Britannique ne fait pas de bruit mais empile les points. Insuffisant toutefois pour suivre le rythme de son jeune coéquipier : avec ce huitième succès de la saison, Antonelli compte désormais 81 points d’avance sur Russell au championnat, alors qu’il reste neuf courses à disputer. L’écart commence à ressembler à un fossé.
Alonso et Sainz, un Grand Prix à oublier à domicile
Pour le public espagnol, la fête a vite tourné au grincement de dents. Fernando Alonso et Carlos Sainz, les deux seuls locaux sur la grille, s’élançaient déjà en fond de peloton. Leur Grand Prix s’est en plus transformé en duel fratricide.
Les deux hommes se touchent dans les premiers tours. Alonso accuse Sainz de l’avoir « serré contre le mur » au freinage, après un départ déjà très agressif du pilote Ferrari, impliqué dans d’autres contacts. Les commissaires tranchent : cinq secondes de pénalité pour Sainz, qui finira par abandonner plus tard sur problème mécanique. Alonso, lui, poursuit, mais loin des points. Pour un retour de la F1 à Madrid après 45 ans d’absence, le scénario rêvé pour les héros locaux n’a jamais vraiment existé.
Madrid, entre faste, contestation et promesse d’avenir
Le décor, lui, était à la hauteur de l’événement. Le roi Felipe VI en tribunes, près de 350 000 spectateurs attendus sur l’ensemble du week‑end, une ville transformée en vitrine mondiale de la F1. Le Madring, tracé urbain moderne et exigeant, a offert un spectacle plus stratégique que spectaculaire, avec peu d’occasions de dépassement. Ce qui a rendu le départ, et surtout le timing des arrêts, absolument décisifs.
À quelques kilomètres de là, le ton était pourtant très différent. Quelques centaines de riverains des quartiers du nord de Madrid ont manifesté, vêtus de T‑shirts jaunes et brandissant des pancartes hostiles à l’événement. Bruit, fermetures de routes, impact environnemental : les critiques sont nettes, alors que le contrat prévoit la présence de la F1 dans la capitale espagnole pour les dix prochaines années.
Sur la piste, au milieu de cette tension entre faste et contestation, un constat s’impose : Kimi Antonelli est en train de prendre la saison à la gorge. Derrière lui, des pilotes comme Liam Lawson grappillent, course après course, des résultats qui comptent dans le miroir d’une carrière. La question est désormais simple : quelqu’un trouvera‑t‑il la faille pour enrayer la marche de l’Italien avant la fin de ce championnat ?




