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Kyle Lowry : Un hommage inoubliable à Toronto

À Caledon, en Ontario, le décor n’avait rien d’un parquet NBA. De l’herbe parfaitement tondue, des voiturettes de golf, des polos impeccables. Et pourtant, tout tournait autour d’un maillot. Le No 7 de Kyle Lowry, celui qui grimpera bientôt au sommet du Scotiabank Arena, juste à côté du mythique No 15 de Vince Carter.

Deux numéros, deux histoires. Une même bannière d’immortalité.

Lowry, la sortie par la grande porte

Pour Lowry, la fin était écrite depuis longtemps. Pas dans un contrat, mais dans le lien tissé avec une franchise et une ville qu’il a adoptées jusqu’à les appeler maison. Le 7 juillet, il est revenu à Toronto pour signer un contrat d’une journée, simple formalité administrative pour officialiser ce que tout le monde savait déjà : il prend sa retraite en tant que joueur des Raptors.

Ce week-end ne représente que la deuxième étape d’un long hommage. La cérémonie officielle de retrait de son maillot aura lieu le 10 janvier, lorsque les Raptors accueilleront les Philadelphia 76ers de sa ville natale et LeBron James. Ce soir-là, le No 7 rejoindra le No 15 de Carter dans les hauteurs de l’aréna. Mais la célébration, elle, aura déjà commencé depuis des mois.

À Caledon, tout démarre sur un fairway. Le KLOW Invitational, un tournoi de golf caritatif à TPC Toronto at Osprey Valley, au profit de la MLSE Foundation. Lowry, passionné par le golf, a choisi ce terrain-là pour lancer son tour d’honneur.

Le casting est à la hauteur de son impact à Toronto : Fred VanVleet, DeMar DeRozan, Serge Ibaka, CJ Miles, Danny Green, sans oublier l’ancien entraîneur des Raptors, Nick Nurse, aujourd’hui à la tête des 76ers. Tous présents, clubs en main, pour accompagner l’ancien meneur.

« C’est quelque chose que je ne m’attendais pas à vivre et j’apprécie vraiment », souffle Lowry. « Les mots ne peuvent pas décrire ce que je ressens par rapport à tout ce qu’ils ont fait. »

Et ce n’est que le début. Samedi après-midi, Kyle’s Block Party à Jurassic Park, devant le Scotiabank Arena, offrira un événement gratuit aux fans. Le soir, A Night For Seven, un gala au profit, là encore, de la MLSE Foundation. Une célébration pensée pour durer, pour impliquer la communauté, pour raconter une histoire.

L’histoire du joueur qui a tout redéfini à Toronto.

Leader de la franchise aux passes décisives, interceptions, tirs à trois points, victoires et victoires en séries. Architecte en chef du titre de 2019. Son maillot retiré n’est pas une récompense, c’est une évidence. La seule question portait sur le moment. Il est arrivé cet été, quand Lowry a tiré un trait sur une carrière de 20 saisons en NBA.

Carter, la réconciliation avant la consécration

Pour comprendre à quel point tout semble fluide avec Lowry, il faut remonter à l’ère Carter. Et se souvenir que rien n’avait été simple.

Vince Carter a fait décoller la franchise, littéralement. Ses envolées ont mis Toronto sur la carte NBA. Mais son départ, lui, a laissé des cicatrices. Transféré au début de la saison 2006-2007, il a été accusé d’avoir lâché la franchise, de l’avoir abandonnée en plein vol. Une partie importante des fans s’est sentie trahie, à tort ou à raison.

Avec le temps, un autre récit est apparu : celui d’un joueur superstar que l’organisation de l’époque n’avait pas su entourer ni respecter comme elle aurait dû. Carter n’a jamais nourri de rancœur envers la ville ou ses supporters. L’inverse n’était pas vrai. Il a fallu près d’une décennie pour que les blessures s’apaisent, pour que les deux camps se retrouvent.

« L’organisation était dans un endroit très différent quand Vince était là », résume un proche du club. « Kyle a bénéficié des leçons tirées de cette période. »

Ces leçons ont mené à un moment fondateur : le retrait du No 15 en novembre 2024. Une soirée chargée d’émotion brute, de larmes, de sourires, de flashbacks. Le cercle enfin bouclé.

Entre-temps, les Raptors ont appris. Ils ont compris comment traiter leurs icônes, comment bâtir une culture, comment faire de leur jeune histoire quelque chose qui ressemble à une tradition.

Nick Nurse, qui verra le maillot de Lowry monter au plafond depuis le banc adverse, l’a parfaitement résumé : « L’organisation mûrit au fil des années. Tu commences à avoir des occasions, des succès à célébrer. Dans l’ensemble, c’est encore une jeune franchise. J’étais dans notre centre d’entraînement à Philadelphie, on a Moses (Malone) et Dr. J accrochés là-bas, et maintenant les Raptors peuvent, eux aussi, commencer à raconter leurs histoires. »

Un modèle assumé pour honorer les légendes

Les parallèles entre Carter et Lowry ne s’arrêtent pas à la bannière. Le club a choisi de transformer ces hommages en véritables feuilletons publics.

Pour Carter, il y a eu la remise à neuf d’un terrain de basket financé à l’origine par sa fondation à l’époque de son apogée à Toronto. Un avion d’Air Canada décoré en son honneur, clin d’œil évident à son surnom. Pour Lowry, une succession d’événements ouverts aux fans, de moments partagés, de symboles.

Tout cela n’a rien d’improvisé. Les Raptors cultivent délibérément ces liens avec leurs figures majeures. C’est un message vers l’intérieur — construire une culture, une mémoire, un sentiment d’appartenance — mais aussi vers le reste de la ligue.

« Les joueurs parlent, les agents parlent », rappelle une source. « Ils remarquent ces choses-là. »

Toronto veut être vu comme une organisation qui prend soin des siens. Carter l’a appris dans la douleur, Lowry dans l’harmonie. Les prochains sauront à quoi s’attendre.

Qui sera le prochain au plafond ?

La question flotte déjà au-dessus du Scotiabank Arena : après Carter et Lowry, qui ?

Le candidat le plus évident se nomme DeMar DeRozan. Meilleur marqueur de l’histoire des Raptors, recordman du nombre de matches disputés, il s’apprête à entamer sa 18e saison, désormais sous les couleurs des Denver Nuggets. Le lien avec Toronto, lui, n’a jamais été rompu.

« J’espère », confie DeRozan à propos d’un éventuel retrait de son No 10. « Ici, ce sera toujours chez moi. »

Lowry, lui, ne laisse aucune place au doute : « Oh, le No 10 devrait clairement être là-haut. Sans l’ombre d’un doute. »

Un autre dossier mène à Pascal Siakam. Deux sélections All-NBA avec Toronto, titulaire lors du titre de 2019, sans doute la plus belle histoire de développement de la franchise. Parti aux Indiana Pacers, il reste associé à l’idée d’un joueur construit, façonné et révélé par les Raptors.

Ni DeRozan ni Siakam n’ont quitté Toronto de leur plein gré. Les décisions sont venues d’en haut, laissant derrière elles une part d’amertume. Mais l’exemple Carter montre que le temps finit par arrondir les angles. Et l’exemple Lowry prouve que l’organisation, désormais, sait reconnaître les siens.

Le cas Kawhi Leonard intrigue forcément. Une seule saison, mais un impact sismique : un titre, des tirs qui restent gravés dans la mémoire collective, une ville en transe. Une année aussi brillante ne suffit normalement pas pour un retrait de maillot. Un club n’offre pas son ultime honneur pour un simple passage, aussi spectaculaire soit-il.

Mais si le No 2 devait terminer sa carrière à Toronto, avec trois saisons solides, des participations répétées aux séries et, pourquoi pas, une nouvelle aventure profonde en playoffs ? Là, la conversation changerait de ton. Leonard semble prêt à l’envisager. Des sources indiquent que l’une des raisons de son retour à Toronto tient justement à la perspective d’y trouver un foyer basket définitif, chose qui ne s’est pas produite ni à San Antonio, ni, surtout, aux Los Angeles Clippers, où les choses se sont mal terminées.

Et puis il y a le cas le plus fascinant : Scottie Barnes.

Barnes, l’avenir déjà dans le rétro

Sixième saison à venir, déjà deux sélections au All-Star Game, une place dans la deuxième équipe All-NBA au compteur. À 25 ans, Scottie Barnes n’est pas seulement l’avenir de la franchise, il en réécrit déjà les livres de statistiques.

Il pointe déjà dans le top 10 de la franchise aux points (huitième), rebonds (huitième), passes (sixième), contres (septième) et devrait entrer dans le top 10 aux interceptions avant Noël. Les Raptors ont atteint les séries deux fois depuis son arrivée et visent clairement plus haut avec Leonard à ses côtés.

Il était là pour la grande soirée de Carter. Il sera dans le bâtiment quand le No 7 de Lowry rejoindra le No 15 dans les hauteurs. Il regarde, il apprend, il absorbe ce que signifie être une figure de la franchise.

Personne ne peut dire aujourd’hui si Barnes rejoindra un jour Carter, Lowry et ceux qui, entre-temps, auront été honorés. Mais une chose est sûre : le jour où son tour viendra, si son parcours le justifie, il n’aura aucun doute sur une chose essentielle.

Les Raptors savent désormais comment raconter l’histoire de leurs légendes. Et comment, surtout, ne plus jamais laisser filer leur mémoire.