Kimi Antonelli choisit Mercedes et ignore Ferrari à Monza
Kimi Antonelli arrive à Monza en patron du championnat, mais aussi au cœur d’un tiraillement très italien. D’un côté, la passion rouge de Ferrari. De l’autre, la fidélité froide, assumée, à Mercedes. À 20 ans, le leader du classement pilotes repousse déjà, avec une maturité désarmante, le scénario rêvé par une grande partie du public de la péninsule.
« En tant qu’Italien, je sais à quel point nous sommes émotionnels, à quel point on peut s’emballer. Parfois trop », glisse-t-il. Le décor est posé. La rumeur d’un futur en rouge existe, elle enfle à mesure que sa saison 2026 prend des allures de démonstration, mais Antonelli ne laisse aucune brèche.
Un Italien qui refuse le rêve rouge
Douze manches, 59 points d’avance. Pour sa deuxième saison seulement en Formule 1, Antonelli a retourné les pronostics et installé son nom tout en haut de l’affiche. De quoi rendre l’Italie folle de lui, et transformer le traditionnel bain de tifosi de Monza en possible casse-tête émotionnel : encourager Ferrari… ou l’Italien volant dans une Mercedes ?
Interrogé sur la perspective de porter un jour le rouge, il coupe court, sans agressivité mais avec fermeté : Ferrari est « une marque massive, incroyable », concède-t-il, mais son cœur sportif est ailleurs. « Je suis très heureux là où je suis. Très heureux avec Mercedes, parce que ce sont eux qui m’ont donné l’opportunité depuis que je suis enfant et je sens que j’ai tellement à leur rendre. »
Le message est clair. La fidélité comme colonne vertébrale de carrière. Et une forme de reconnaissance qui pèse plus lourd que le fantasme national.
Inspiré par la longévité Verstappen–Red Bull
La trajectoire de Kimi Antonelli fait forcément écho à une autre histoire moderne de la F1 : celle de Max Verstappen et Red Bull. Le Néerlandais avait été lancé à 17 ans par Toro Rosso en 2015, avant d’être propulsé dans l’équipe mère l’année suivante. En 2026, il dispute sa dixième saison complète avec Red Bull, et vient de prolonger encore.
Antonelli observe ce modèle de loin, mais il y voit une boussole. « Max a une relation incroyable avec Red Bull. Ils l’ont mis très jeune dans une voiture, ils ont mis la confiance », rappelle-t-il. Il insiste sur ce lien de confiance, sur ce sentiment d’appartenance à un projet dans la durée. Verstappen croit à ce projet, il s’y sent bien, alors il reste. Simple, presque évident.
Le jeune Italien se projette dans un miroir similaire. « Je ferai la même chose avec Mercedes », affirme-t-il. Il répète qu’il a « tellement à leur donner », et n’exclut pas de faire toute sa carrière avec l’étoile sur le capot, si le bonheur reste au rendez-vous. « On ne sait jamais ce qui peut arriver », nuance-t-il tout de même, sans ouvrir pour autant la porte à des scénarios de court terme.
Un Grand Prix d’Italie… sans pression de la pole
Paradoxalement, ce week-end à domicile ne sera pas celui de la quête de la pole position. Mercedes a choisi Monza pour faire tomber la sanction : une pénalité sur la grille pour dépassement du quota moteur, conséquence de deux problèmes mécaniques plus tôt dans la saison.
Stratégiquement, le choix se défend. Monza, avec ses longues lignes droites et ses opportunités de dépassement, reste l’un des tracés les plus propices aux remontées. Pour Antonelli, c’est un coup dur sportif, mais aussi une forme de libération mentale. « D’une certaine manière, ça aide à relâcher la pression, même si je préférerais me battre pour la pole et partir devant », reconnaît-il.
Le renversement de perspective est intéressant. Privé de l’obligation implicite de gagner “son” Grand Prix depuis l’avant de la grille, il se sent plus léger. « Je me sens un peu plus relax en arrivant sur le week-end, et c’est pour ça que je vais pouvoir profiter davantage du pilotage et du week-end lui-même », explique-t-il. Moins de poids sur les épaules, plus de liberté dans l’approche.
Mercedes compte aussi tirer profit de cette situation pour expérimenter. Antonelli parle d’« opportunité de tenter quelque chose de différent » dans la manière de travailler, notamment en essais libres. Une façon de transformer une contrainte réglementaire en laboratoire à ciel ouvert, au cœur du temple de la vitesse.
Leader confortable, objectif lucide
Le contexte comptable joue clairement en faveur de ce pari. Antonelli domine le classement avec 59 points d’avance sur son coéquipier George Russell et sur Lewis Hamilton, désormais chez Ferrari. Lando Norris, porté par deux victoires consécutives avec McLaren, pointe à 83 longueurs. Une marge qui autorise une pénalité moteur sans panique.
Pas question pour autant de transformer Monza en simple exhibition. « L’objectif reste le même : on va essayer de maximiser le résultat », pose-t-il. Réaliste, il fixe une cible : dans un monde idéal, un top 5 reste « faisable ». Mais il rappelle que tout dépendra du rythme pur, des écarts entre les voitures. Si Ferrari, McLaren ou Red Bull se montrent trop proches en performance, la remontée pourrait s’arrêter plus tôt que prévu.
Ce qui frappe, c’est le ton. Pas de discours guerrier sur une remontée héroïque garantie, mais une confiance calme, presque clinique, dans sa capacité à faire le maximum avec le matériel du moment. « Je me sens très libre mentalement en arrivant ce week-end. Très excité, j’ai vraiment hâte, mais sans vraie pression », résume-t-il.
Un Italien en tête du championnat, une Mercedes qui joue la stratégie, Ferrari qui observe, Monza qui s’apprête à juger. Entre la ferveur rouge des tribunes et le gris métallisé de sa combinaison, Kimi Antonelli a choisi son camp. Reste à voir si, dimanche, la Curva Parabolica chantera pour lui autant que pour les voitures rouges.




