Kawhi Leonard revient à Toronto : un nouveau chapitre
Toronto n’avait jamais vraiment tourné la page. Six ans après le titre, la ville retrouve son héros silencieux. Kawhi Leonard est de retour chez les Raptors, et cette fois, l’histoire s’écrit dans un contexte bien plus rugueux.
Le transfert avec les Los Angeles Clippers, longtemps bloqué par une enquête lourde sur une possible contournement du salary cap durant ses sept saisons à L.A., est enfin devenu officiel cette semaine. Verdict pour Leonard : une amende de 700 000 dollars. Verdict pour la NBA : un séisme. Pour Toronto, en revanche, c’est un parfum familier. Celui de juin 2019.
Le champion revient là où tout a basculé
Leonard retrouve une franchise qu’il a portée au sommet : premier et unique titre NBA de l’histoire des Raptors en 2018-19, une campagne restée gravée dans la mémoire collective. Cette saison-là, il tournait à 26,6 points, 7,3 rebonds, 3,3 passes, 1,8 interception, à 49,6 % au tir sur 60 matchs. Puis il avait haussé le ton en playoffs : 30,5 points de moyenne sur 24 rencontres, jusqu’à faire tomber les Golden State Warriors en six matchs en Finales NBA et décrocher un deuxième trophée de Finals MVP après celui conquis avec les San Antonio Spurs en 2014.
Mercredi, dans un épisode de l’émission Open Gym de Bell, on l’a vu franchir à nouveau les portes du centre d’entraînement des Raptors. Poignée de main avec Darko Rajaković, échanges avec le staff, premiers regards sur ce qui sera son quotidien. Leonard n’a pas encore été officiellement présenté aux médias, mais il a déjà posé le ton.
Il assure ne pas être revenu pour collectionner les maillots ou chasser le moindre anneau disponible.
« Je ne voulais pas porter mille jerseys. La ville a pris ma famille en affection, j’ai pris la ville en affection. J’ai vraiment aimé ça. Mon fils est né ici et il me demande depuis toujours quand il va revenir, a-t-il confié. Maintenant il est de retour et il peut voir tout ça, plutôt que d’écouter seulement mes belles histoires. »
Derrière le masque habituel, la phrase claque comme un aveu : Toronto n’est pas une étape, c’est un point d’ancrage.
Un vétéran marqué par L.A., relancé par Toronto
Son passage aux Clippers restera comme une immense promesse inachevée, rongée par les blessures et des effectifs jamais vraiment au niveau des ambitions. Mais Leonard sort d’une saison 2025-26 qui rappelle le joueur irrésistible qu’il peut redevenir : 27,9 points, 6,4 rebonds, 3,6 passes sur 65 matchs. Un volume, une constance, une agressivité qui parlent.
Toronto, de son côté, a enfin relevé la tête. Après trois saisons sans playoffs, les Raptors ont signé un bilan de 46-36 en 2025-26, poussant les Cleveland Cavaliers jusqu’à un match 7 au premier tour. Une équipe jeune, imparfaite, mais accrocheuse. De quoi attirer l’œil de Leonard, qui l’a clairement fait savoir à Rajaković lors de leur discussion filmée.
Et là, loin de l’image de superstar qui impose sa loi, Leonard se place dans un rôle presque à contre-courant.
« Je ne suis pas là pour tout prendre en main, a-t-il lâché. Je veux aider ta vision. Aider Scottie [Barnes]. Je veux juste gagner. Si c’est l’équipe de Scottie, c’est son équipe. Je ferai tout ce qu’il faut pour vous aider à gagner. »
Pour un joueur de son pedigree, la phrase pèse lourd. Elle dit tout du projet Raptors version 2.0 : Barnes au centre, Leonard en catalyseur.
Barnes, Murray-Boyles, Shead : le regard de Kawhi sur la nouvelle garde
Leonard n’arrive pas dans un vestiaire à reconstruire de zéro. Il rejoint un groupe qu’il connaît déjà… de loin. Il l’a observé, disséqué, apprécié.
« Je suis compétitif. Je pense qu’on a une très bonne chance. Ce groupe a très bien joué l’an dernier. Je les ai beaucoup regardés », explique-t-il dans Open Gym.
Il déroule alors un début de scouting report, façon vétéran qui sait exactement où il met les pieds.
- Scottie Barnes d’abord. All-Star, moteur du renouveau de la franchise, visage de l’avenir. « Scottie Barnes a montré ses talents ces deux, trois dernières années. Il est devenu All-Star. Il va être un problème la saison prochaine. » Un problème pour qui ? Pour tout le monde, si l’on en croit le ton, presque admiratif, de Leonard.
- Puis vient Collin Murray-Boyles, l’un des jeunes qui ont apporté une énergie neuve à Toronto. « J’adore le jeune. Il apporte beaucoup d’énergie, montre une vraie dureté sur le terrain, il n’a peur de personne. » Le genre de profil que Leonard a toujours aimé côtoyer : physique, sans complexe, utile des deux côtés du parquet.
- Enfin, Jamal Shead. « Shead est bon. C’est un Pitbull. On dirait qu’il veut gagner chaque match. » Trois phrases, trois validations. Leonard ne se contente pas de revenir : il s’inscrit déjà dans le tissu compétitif de cette équipe.
Toronto, prétendant assumé dans une conférence Est transformée
Avec Leonard dans le cinq, les pronostics ont vite basculé. De jeune équipe prometteuse, les Raptors sont soudain propulsés dans la conversation des candidats sérieux à la sortie de la conférence Est. Le décor a pourtant changé : les New York Knicks sont champions NBA en titre, les Philadelphia 76ers de LeBron James restent une menace permanente, et derrière eux, la concurrence s’est densifiée.
Mais Leonard ne fuit pas le débat. Il ne promet rien, il ne garantit rien. Il pose simplement un constat : « Je pense qu’on a une bonne chance et on ne sait jamais ce qui peut arriver. » Une phrase simple, mais qui, dans sa bouche, sonne comme un avertissement.
L’Est ne regardera plus Toronto avec le même œil. On ne parle plus seulement de progression, de développement, de patience. On parle de fenêtres de tir.
Un contrat qui pose question, un avenir à sceller
Leonard entre dans la dernière année de son contrat de trois ans à 149,5 millions de dollars. Officiellement, il ne lui reste qu’une saison garantie. Officieusement, les discussions pour une prolongation sont déjà engagées.
La franchise sait ce que représente ce retour : un symbole, un coup sportif, mais aussi un pari. Leonard a 35 ans, un historique de blessures lourd, et une influence sur le jeu qui reste, quand il est en forme, celle d’un joueur de tout premier plan.
Toronto a déjà vécu une fois avec Leonard en mode « one-year rental ». Cette fois, l’histoire pourrait s’écrire sur une durée plus longue. Ou s’embraser en un an, encore, comme en 2019.
La différence, c’est que le décor a changé : Scottie Barnes est là, la base jeune est solide, le coach a un projet clairement identifié. Leonard, lui, n’arrive plus comme une comète, mais comme un vétéran qui choisit son port d’attache.
Reste une question, simple, brutale, qui accompagnera chaque match au Scotiabank Arena : ce deuxième acte à Toronto sera-t-il une belle nostalgie… ou le début d’un nouveau règne dans l’Est ?




