Karolina Muchova et Jakub Mensik remportent leur premier titre au US Open
Karolina Muchova et Jakub Mensik ont frôlé l’élimination, ont vacillé, puis ont conquis New York. Deux balles de match sauvées sur la route, un million de dollars en poche, et un titre du US Open en double mixte arraché au bout d’un super tie-break incandescent.
Face à Belinda Bencic et Flavio Cobolli, ils ont bouclé l’affaire 6-3, 1-6, 10-6, sur un symbole : un ace à 131 mph de Mensik sur leur troisième balle de titre. Une fusée, pleine ligne. Rideau.
Un premier Majeur, une renaissance
Pour les deux Tchèques, ce trophée a une saveur particulière. C’est leur tout premier titre du Grand Chelem. Pour Muchova, il arrive à peine plus de six semaines après une défaite douloureuse en finale de Wimbledon contre Linda Noskova, puis un passage sur la table d’opération pour une « petite chirurgie » qui l’avait tenue éloignée des courts.
À 30 ans, elle revient déjà avec un majeur sous le bras. Une réponse nette aux doutes sur son état physique.
En face d’elle, un partenaire aux antipodes de l’expérience en double mixte. Jakub Mensik, demi-finaliste à Roland-Garros cette année, n’avait jamais disputé le moindre match dans cette discipline avant cette semaine à New York. Il a compensé par une arme brutale : le service. Quand il a fallu tenir, il a servi. Quand il a fallu conclure, il a servi encore plus fort.
Les deux avaient même décidé de pousser le clin d’œil jusqu’aux tenues : ensemble bordeaux sur le court, après que Muchova a dû expliquer à son partenaire de 20 ans ce qu’était exactement cette couleur. L’anecdote fait sourire, mais derrière la légèreté, il y avait une vraie complicité de jeu.
Mensik l’a résumé simplement : ce titre ne tient pas seulement au trophée, mais à la qualité des matches disputés, à tout ce qu’ils ont tenté ensemble sur le court, et à la confiance que cela leur donne.
Deux balles de match sauvées, deux fois
Leur parcours, lui, a tenu du fil du rasoir. Les demi-finales avaient déjà donné le ton : deux super tie-breaks pour décider des finalistes.
D’un côté, Belinda Bencic et Flavio Cobolli ont d’abord écarté Elina Svitolina et Gaël Monfils 10-5 dans le jeu décisif, privant le couple ukraino-français d’une page d’histoire. Svitolina et Monfils pouvaient devenir le premier couple marié à remporter un titre du Grand Chelem en double mixte depuis 1939. L’occasion ne se représentera plus : Monfils a annoncé qu’il mettra un terme à sa carrière à la fin de la saison.
De l’autre, Muchova et Mensik ont dû batailler pour faire tomber la championne de Roland-Garros Mirra Andreeva et Andrey Rublev. Victoire 5-4 (8-6), 3-5, 11-9, après avoir sauvé des balles de match là aussi. Chaque point du super tie-break a semblé peser une tonne. Ils ont tenu. Ils ont résisté. Ils ont fini par renverser le match.
Arrivés en finale, ils ont encore connu la bascule. Un premier set solide, un deuxième balayé 1-6, puis ce super tie-break décisif. Le bras de Mensik n’a pas tremblé au moment de lâcher l’ace à 131 mph. La balle de match, cette fois, était pour eux.
Un format éclair, une vitrine mondiale
Ce titre s’inscrit dans un double mixte new-look, pensé pour tenir en moins de 48 heures. Un format qui dérange les puristes, attachés aux épreuves au long cours, mais qui a gagné ce qu’il cherchait : de l’exposition.
Les demi-finales et la finale ont été programmées en session de nuit, sous les projecteurs, avec un public massif et une audience télé bien plus large que par le passé. Le double mixte, autrefois chasse gardée des détenteurs de billets d’accès aux courts annexes, s’est retrouvé en vitrine.
Les spécialistes du double, eux, n’y gagnent pas forcément en temps de jeu. Même avec l’introduction d’un tournoi de qualification cette année, les places restent rares dans un tableau désormais construit autour des stars du simple. En revanche, ceux qui parviennent à se glisser dans le tableau jouent pour un chèque sans commune mesure avec l’ancien format : la dotation a été multipliée par cinq.
La hausse ne concerne pas seulement le mixte. Les tableaux de double masculin et féminin, bastion des vrais spécialistes, ont eux aussi vu leur prize money grimper pour s’aligner sur ce qui est offert en double mixte. Le message est clair : le double compte, au moins dans les chiffres.
Entre plaisir de jeu et gestion des corps
Les joueurs de simple, eux, voient dans ce format un terrain d’entraînement géant. Une manière de prendre possession des grands courts avant le début du tournoi, de se régler sous les lumières et la pression, sans y laisser trop d’énergie.
Mais le double mixte ne sera jamais leur priorité. Iga Swiatek, Frances Tiafoe et Daniil Medvedev se sont tous retirés juste avant le début de l’épreuve. Les deux premiers avaient besoin de souffler après une série de bons résultats. Le troisième estimait au contraire qu’il lui fallait davantage de matches en simple pour aborder le US Open dans les meilleures conditions.
Pour la United States Tennis Association, l’équation est simple : si l’organisation parvient à attirer des paires du calibre de Serena Williams associée à Carlos Alcaraz, ou Aryna Sabalenka à Novak Djokovic, alors l’opération sera considérée comme pleinement réussie. Le spectacle, la visibilité, la narration globale du tournoi en seraient bouleversés.
Un Fan Week qui déborde du cadre
Le double mixte n’est qu’une pièce d’un puzzle bien plus large : un US Open transformé en festival de neuf jours avant même la première balle du tableau principal.
Roger Federer est revenu sur le devant de la scène le temps d’une exhibition avec Andre Agassi, John McEnroe et Andy Roddick. Un casting de légendes, complété par Amanda Anisimova et Alexandra Eala lors de la soirée « Stars of the Open ».
La musique s’en est mêlée : The Lumineers ont lancé officiellement le tournoi avec un concert dans le Louis Armstrong Stadium, un vendredi soir, neuf jours avant le début du grand tableau.
Au milieu de ce tumulte, Karolina Muchova et Jakub Mensik ont écrit leur propre chapitre. En deux jours, avec des super tie-breaks, des balles de match sauvées, des tenues bordeaux et un ace à 131 mph comme signature finale.
La question, désormais, n’est plus de savoir si ce nouveau double mixte a sa place. Elle est de savoir jusqu’où ce format express peut encore bousculer la hiérarchie d’un Grand Chelem.




