Iraola face à Forest : enjeux et mercato agité à Liverpool
À Liverpool, Iraola jongle entre Barcola, mercato agité et piège Forest.
La première semaine de compétition d’Andoni Iraola à Liverpool n’a laissé aucun répit. Un nul arraché à la dernière minute à Newcastle grâce à Dominik Szoboszlai, un accord trouvé avec Paris Saint-Germain pour Bradley Barcola, un mercato encore ouvert de tous les côtés… et déjà un rendez-vous piégeux à Anfield contre Nottingham Forest samedi à 12h30.
Le technicien basque a posé ses valises en Premier League en pleine tempête. Il n’a pas cherché à s’en plaindre. Il sait où il a mis les pieds.
Barcola en approche, mais Iraola reste sur le terrain
Le dossier brûlant du jour s’appelle Bradley Barcola. Liverpool a trouvé un accord de principe avec Paris Saint-Germain pour l’ailier international français, sur la base d’un montant garanti légèrement supérieur à 100 M€, avec des bonus pouvant faire grimper l’addition vers les 120 M€ selon les performances individuelles et collectives.
Iraola, lui, ne s’emballe pas. Il ne le peut pas.
« Comme vous le savez, nous essayons de recruter à ce poste. On ne peut pas parler de joueurs qui ne sont pas encore les nôtres », a-t-il rappelé. « Nous essayons d’améliorer et de combler ce poste parce que nous n’avons pas les nombres. J’espère que nous aurons de bonnes nouvelles bientôt mais nous n’y sommes pas encore. »
Le message est clair : l’accord de structure existe, mais le transfert n’est pas encore ficelé dans les détails. Et tant que rien n’est signé, Iraola refuse de se projeter publiquement.
Cette prudence vaut pour tout le mercato. « Je ne sais pas ce qui va se passer. Même moi je dois être patient. Le 2 septembre, on saura qui nous avons et quelles options nous avons, et là nous pourrons vraiment planifier. Pour l’instant, nous ne savons pas. J’ai en tête ce que je veux, nous en parlons depuis le début avec le club, ils savent ce que nous voulons. Il s’agit de conclure les deals. »
Une phrase résume son inconfort : « C’est très inconfortable pour moi car tu gères des incertitudes tout le temps. » Mais il sait que la dernière ligne droite du marché peut tout bouleverser, dans un sens comme dans l’autre.
Des ailes à reconstruire, un effectif à équilibrer
La priorité, Iraola ne la cache pas : les couloirs.
« Il y a certaines choses que nous pouvons faire mais c’est vrai que nous avons besoin de joueurs sur les côtés. Je suis sûr que si nous pouvons améliorer d’autres secteurs nous le ferons, mais je ne sais pas comment le marché va finir », explique-t-il.
Il reconnaît aussi que certaines positions ont été affaiblies par des blessures de longue durée, ce qui pèse sur la construction de l’effectif : « Nous sommes probablement à un joueur en moins à certains postes à cause des blessures longues, et ce sont nos principaux problèmes. »
Pas question pour autant de tout figer sous prétexte de déséquilibre. Iraola tient à préserver le côté offensif et fluide de son équipe : « Nous ne voulons pas perdre le côté offensif, la fluidité, l’arrivée de nombreux joueurs devant, mais nous avons été punis l’autre jour. Nous travaillons intensément là-dessus. Il y a une balance à trouver : on ne peut pas passer d’un extrême où l’on envoie beaucoup de monde devant à un autre où tout le monde reste derrière et ça devient stérile. »
Pour lui, la clé reste la lecture du jeu par les joueurs : « Les joueurs très bons sentent s’ils peuvent prendre le risque d’y aller ou de rester, c’est la qualité du joueur qui prend ces décisions. »
Le débat sur le milieu, Iraola l’assume
Après Newcastle, la loupe s’est posée sur le milieu de terrain et les transitions défensives. Rien de surprenant pour le Basque.
« Je ne suis pas surpris, je m’attendais en venant ici à ce que tout soit amplifié. Je commence à comprendre », sourit-il. « Mais ce n’est qu’un match où nous avons fait beaucoup de très bonnes choses, même les milieux. Il y a clairement des choses à améliorer. »
Il refuse de brider ses joueurs créatifs, citant Ryan Gravenberch en exemple : « Je ne veux pas dire à Ryan de ne pas porter le ballon, il a marqué contre Monaco, ça vient de sa passe pour Alex. Mais il y a un équilibre, reconnaître la situation, comment nous pouvons équilibrer les nombres dans ces positions. »
Son analyse est précise : « On ne peut pas attaquer avec tout le monde. Ce n’est pas toujours un qui reste et un qui va. Si l’adversaire défend bas, peut-être que les deux peuvent aller. » Il estime que Liverpool a déjà montré des progrès dans ce secteur au cours du match à Newcastle, surtout dans la façon de ramener du monde derrière le ballon.
Et il prévient : si les mêmes erreurs se répètent, les critiques seront logiques. Pour l’instant, il voit surtout une base de travail.
Gakpo, pièce maîtresse… sous la menace du marché
Dans ce contexte mouvant, Cody Gakpo s’est imposé comme un repère. Sa performance lors du premier match a frappé Iraola.
« Après la performance qu’il a eue au premier match, je dis la même chose : il joue très bien pour nous. Il est très bon depuis son retour de la Coupe du monde. Il a la bonne attitude et j’espère que nous pourrons le garder à ce niveau. Il peut être très influent pour nous. »
Peut-il garantir sa présence jusqu’à la fin du mercato ? Non. Et il ne fait pas semblant : « Quand le marché est ouvert et que nous faisons venir des joueurs chers, je ne peux rien garantir. Je ne sais pas. Je ne peux rien garantir sur combien de joueurs nous allons signer ou quoi que ce soit. L’expérience nous dit que s’il y a une opportunité le dernier jour, tu peux faire quelque chose. »
Une franchise qui dit beaucoup de l’état du marché… et de la réalité économique de Liverpool.
Jacquet, première convaincante et marge d’erreur assumée
Dans ce décor de grands transferts, Iraola n’oublie pas les jeunes. Il a salué la prestation de Jacquet, titularisé pour la première fois.
« Il a très bien joué, surtout pour un premier match. C’est vrai qu’il était fatigué, nous avons dû le sortir, on sentait la fatigue dans les cinq dernières minutes. Il est très confiant avec le ballon et bon sans le ballon. Très jeune, nous devons accepter qu’il fera des erreurs. »
Un discours qui tranche avec la pression ambiante : le coach veut protéger ses jeunes tout en les exposant à des matches à haute intensité.
Des choix forts : Chiesa, Elliott et la gestion du banc
Tous n’ont pas eu cette chance. Fede Chiesa n’est pas disponible : « Dans le match contre Como, il a ressenti quelque chose dans le dos. » Harvey Elliott, lui, a été laissé hors des 20 sélectionnés.
Iraola assume ce choix : « Avec Harvey et certains joueurs, je ne peux en choisir que 20. Harvey essaie et s’améliore chaque semaine mais je préfère encore d’autres options, pour l’équilibre sur le banc. C’est pour ça que James McConnell était dans le groupe. Mais c’est une nouvelle semaine, de nouvelles chances pour tout le monde. Ils doivent garder cette mentalité. »
Le message est double : exigence immédiate, mais porte ouverte pour ceux qui répondent.
Newcastle comme point de départ
Malgré les débats, Iraola tire du positif du nul à Newcastle.
« Je pense que nous avons plutôt bien contrôlé le match, nous avons eu une possession significative, nous avons été assez directs vers l’avant. Je me sentais bien dans le match, je pensais que nous étions plus proches de marquer que Newcastle pendant la majeure partie de la rencontre. J’ai vu de bonnes choses dans ce premier match. »
Le but de Szoboszlai au bout du temps additionnel a masqué certaines failles, mais il a aussi validé l’état d’esprit de l’équipe. Reste à transformer ces « bonnes choses » en domination plus froide, plus constante.
Forest, le mauvais souvenir de l’ère Slot
Et voilà Nottingham Forest qui se présente à Anfield. Un adversaire qui a laissé des cicatrices récentes.
Sous Arne Slot, Liverpool avait perdu ses deux réceptions face aux Midlanders, 1-0 puis 3-0, pour un total de 4-0 sur deux saisons. Deux gifles qui avaient accompagné la dégradation progressive du mandat du Néerlandais.
Oliver Glasner a donné une identité très claire à Forest. Iraola le sait : « Il a beaucoup de succès. On voit tout de suite la structure. Ils ne concèdent pas beaucoup d’occasions. Contre Leeds, c’était un match très serré gagné sur un coup franc à la dernière minute. Nous devrons nous gagner chaque occasion, gagner nos duels, rien ne sera gratuit. Nous devons être bons avec le ballon et patients car défensivement ils sont très solides, très bons, et ils ont de très bons joueurs. En transition, ils sont très dangereux en contre. »
Les « Tricky Trees » ont pris goût à Anfield ces deux dernières saisons. Iraola, lui, s’avance pour sa première en Premier League dans ce stade avec une lucidité tranchante : il sait que la moindre faille en transition, le moindre déséquilibre, sera exploité.
Une première à Anfield, entre émotion et exigence
Samedi, ce sera sa grande entrée en championnat à Anfield. L’homme n’est pas du genre à se laisser déborder par l’émotion, mais il ne la nie pas.
« Ça va être un moment spécial pour moi d’avoir mon premier match de Premier League à Anfield. Je l’ai déjà ressenti en pré-saison. Je penserai au match mais ce sera aussi émouvant, ça doit l’être car c’est un endroit spécial. J’espère que tout se passera bien et que je profiterai du match. »
Profiter, oui. Mais surtout gagner. Mettre fin à la série noire contre Forest, installer son Liverpool dans le haut de tableau, valider les premières idées de jeu et, si possible, accueillir Bradley Barcola dans un climat apaisé.
Le mercato continue de gronder, les incertitudes demeurent, les équilibres tactiques se cherchent encore. Reste une question simple : ce Liverpool-là, encore en construction, a-t-il déjà assez de répondant pour briser la malédiction Forest et lancer vraiment l’ère Iraola à Anfield ?




