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Holger Rune : un retour prometteur après 11 mois d'absence

On ne revient pas indemne d’un gouffre de 11 mois. Encore moins avec une cheville brisée en plein vol, alors qu’on menait une demi-finale à Stockholm. Pourtant, trois tournois ATP seulement après son retour officiel, Holger Rune a déjà rallumé quelque chose de précieux : la conviction qu’il va redevenir un joueur qui compte.

Le Danois a repris par la porte étroite, dans le bruit sourd de la Coupe Davis, loin des projecteurs habituels du circuit. Puis il a officiellement relancé la machine au Japon. Et là, choc brutal avec la réalité : défaite sèche face à Kyrian Jacquet, match à sens unique, jambes lourdes, rythme absent. Un retour sans fard, presque cruel.

Personne ne pouvait imaginer un chemin lisse après une telle coupure. La suite à Shanghai l’a confirmé : nouvelle élimination dès le premier tour. Mais cette fois, quelque chose avait bougé. Plus de résistance, un niveau de jeu moins erratique, une attitude différente, portée par des excuses publiques pour sa prestation précédente. Rune n’était plus seulement un blessé en reprise, il redevenait un compétiteur.

Basel, le tournant

C’est à Basel que ces frêles signaux se sont transformés en résultats concrets. Là, enfin, les fulgurances ont tenu plus d’un set. Là, les heures passées à reconstruire son corps ont trouvé un écho sur le court.

Rune commence par ce qui lui manquait depuis près d’un an : une victoire sur le circuit principal. Quentin Halys en fait les frais au terme d’un combat arraché au troisième set, conclu au tie-break. Pas un match parfait, loin de là, mais un test de nerfs, de caisse, de confiance. Et il le passe.

Le vrai déclic arrive juste après. En face, Hubert Hurkacz, l’un des hommes en forme du moment. Encore un match en trois manches, encore un tie-break décisif dans le troisième set. Cette fois, ce n’est plus seulement un joueur qui cherche du rythme : c’est un top joueur qui recommence à cogner juste. Les déplacements tiennent, la tête suit, la qualité de balle revient. On ne perd pas un tel talent en 348 jours d’absence. On l’enfouit, on le protège, on le laisse remonter.

La défaite ensuite, en trois sets, face à Valentin Vacherot, ne casse pas cette dynamique. Elle la nuance, elle la replace dans son contexte : celui d’un joueur qui revient de très loin, qui doit encore encaisser l’enchaînement des matches, qui redécouvre la fatigue d’une vraie semaine de compétition. Mais le socle est là.

Une absence plus longue que celle des autres stars

Pour mesurer l’ampleur de ce qu’il est en train de reconstruire, il faut regarder le calendrier. Son cauchemar commence lors de la demi-finale du Stockholm Open, le 18 octobre 2025. Il mène d’un set face à Ugo Humbert quand son tendon d’Achille cède. Une blessure lourde, brutale, qui l’arrache presque un an au circuit.

Dans le même temps, le monde du tennis s’émeut – à juste titre – des cinq mois d’absence de Carlos Alcaraz, de la fin de saison anticipée de Jannik Sinner. Mais en termes de durée, de vide, de compétition manquée, Holger Rune a payé encore plus cher. Il ne rejoue un match officiel ATP que le 1er octobre suivant : 348 jours après sa blessure, soit 11 mois et 13 jours loin des tableaux principaux.

Et pour retrouver la saveur d’une victoire sur le circuit, il doit patienter encore davantage. Son succès face à Quentin Halys à Basel met fin à 373 jours de disette au plus haut niveau. Plus d’un an sans lever les bras sur un court ATP. Pour un joueur de son tempérament, c’est une éternité.

Le choix de renoncer à Brussels, lui, fait figure de décision mûrie. Pas une fuite, pas un renoncement. Une gestion de carrière. Revenir après une telle blessure sans accepter un ou deux pas de côté, c’est courir droit vers la rechute. Rune et son équipe ont choisi la patience intelligente plutôt que l’entêtement aveugle. Les résultats de Basel leur donnent raison.

L’Australie en ligne de mire

Ce qu’il montre aujourd’hui n’est pas encore son plafond. C’est une base. Son corps tient, ses matches s’allongent, sa capacité à serrer le jeu dans les moments chauds revient. Surtout, sa progression à chaque tournoi depuis son retour laisse penser que le plus dur est derrière lui.

Avec une vraie intersaison pour travailler, sans béquilles, sans rééducation lourde, sans compte à rebours angoissant, Holger Rune peut aborder l’Australie dans un état qu’il n’a plus connu depuis longtemps : prêt à se battre pour des titres, et non plus seulement pour retrouver des sensations.

La question n’est plus de savoir s’il reviendra. Elle est de mesurer jusqu’où ce long détour par la douleur va le pousser lorsqu’il retrouvera enfin la pleine lumière.