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Conflit entre Alpine, McLaren et la FIA : enjeux judiciaires et politiques

Le bras de fer entre Alpine, McLaren et la FIA a pris un tour nettement plus politique que sportif. Mis en cause publiquement par Flavio Briatore, le plus haut organe judiciaire de la fédération a répliqué avec fermeté, balayant des accusations jugées attentatoires à l’intégrité de ses juges.

La FIA monte au créneau

Au cœur de la tempête, une décision clé : la réintégration d’une pénalité infligée à Pierre Gasly lors du Grand Prix de Monaco, après un appel déposé par McLaren et Red Bull contre Alpine. Une affaire sportive devenue judiciaire, puis presque institutionnelle.

Flavio Briatore, patron d’Alpine, avait affirmé vendredi qu’un des juges de la Cour d’appel ayant statué sur le cas Gasly entretenait des « liens » avec McLaren. Selon lui, ce magistrat aurait « agi comme un procureur » et serait « très lié avec la société McLaren », en référence à une vente caritative organisée en Californie en 2018, à laquelle le juge avait assisté et où, d’après Briatore, « McLaren a donné deux, trois voitures McLaren ».

Des propos qui ont fait bondir la FIA. Dans un communiqué sec, la Cour d’appel a rappelé le cadre dans lequel ses juges exercent : soumis à des exigences d’indépendance et de confidentialité prévues par les règles judiciaires et disciplinaires de la FIA, ils déposent chaque année des déclarations d’intérêts auprès du responsable conformité de la fédération et signent, pour chaque dossier, une déclaration spécifique d’indépendance liée aux enjeux et aux parties concernées.

La Cour souligne aussi un point essentiel : toutes les parties avaient été invitées, avant et après l’audience, à soulever d’éventuelles objections sur la procédure ou la composition du collège de juges. Aucune n’a saisi cette opportunité. Pas même Alpine.

« Aucune objection n’a été soulevée pendant l’audience concernant la manière dont la Cour a interrogé les témoins ou conduit les débats », rappelle encore l’instance, qui assume pleinement sa décision : un jugement peut prêter à débat sur le plan juridique, dit-elle en substance, mais pas sur l’intégrité de ceux qui le rendent.

Le message est clair : la FIA défend bec et ongles l’indépendance de ses juridictions et la solidité de son processus judiciaire, rappelant que la Cour d’appel « fonctionne de manière indépendante » du reste de l’organisation.

Briatore isole Alpine

Flavio Briatore, lui, maintient sa ligne. Pour le dirigeant italien de 76 ans, la présence passée du juge à cette vente aux enchères caritative, où McLaren aurait fourni plusieurs voitures, suffit à jeter un doute sur sa neutralité dans un dossier où l’équipe britannique figurait parmi les plaignants.

« C’était assez injuste, l’un des juges était lié à une équipe qui protestait contre nous », a-t-il dénoncé. Interrogé sur l’absence de contestation officielle durant la procédure, Briatore a expliqué qu’Alpine n’aurait découvert ces éléments « qu’après la réunion, logiquement, pas avant ».

Un argument qui ne trouve aucun écho dans les rangs adverses. D’autant que Briatore ne mentionne jamais Red Bull, pourtant co-plaignant dans le recours contre l’abandon des deux pénalités pour excès de vitesse dans la voie des stands à Monaco.

La décision de la Cour a eu des conséquences directes au classement. Pierre Gasly a été rétrogradé à la septième place, laissant passer devant lui quatre pilotes : Isack Hadjar, replacé sur le podium en troisième position, Oscar Piastri remonté au quatrième rang, ainsi que Liam Lawson et Arvid Lindblad, promus cinquième et sixième. Trois pilotes liés à Red Bull, un à McLaren. De quoi alimenter la frustration d’Alpine, mais pas, aux yeux de la FIA et de McLaren, la thèse d’un complot.

McLaren contre-attaque

Dans le camp McLaren, la réaction ne s’est pas fait attendre. En privé, l’équipe rejette catégoriquement les accusations de Briatore et fulmine de voir, selon elle, des allégations infondées étalées en conférence de presse.

Présent à la même conférence, le directeur d’équipe Andrea Stella n’a pas mâché ses mots. Il a jugé cette dérive du discours « assez insultante » pour McLaren et pour « la réputation d’une équipe qui mérite beaucoup de respect ». Et il a averti : quiconque avance ce type d’accusations, « qui semblent assez sérieuses », devra assumer la responsabilité de ce qu’il dit dans un forum public.

Stella a aussi pris soin de défendre la procédure elle-même, saluant une audience menée « aux plus hauts standards » et refusant l’idée même qu’on puisse en contester la légitimité a posteriori.

La fracture est nette. D’un côté, une équipe Alpine qui se sent lésée et un patron qui attaque frontalement la crédibilité des juges. De l’autre, une FIA qui verrouille sa position institutionnelle et un adversaire direct, McLaren, qui refuse d’être éclaboussé par des sous-entendus.

Au-delà du cas Gasly et des points redistribués à Monaco, un enjeu plus large s’installe : jusqu’où les équipes pousseront-elles la confrontation, non plus seulement sur la piste ou dans les bureaux d’études, mais dans les arcanes judiciaires de la discipline ?