Colin Ingram quitte Glamorgan après 11 saisons
Colin Ingram, l’artiste de Sophia Gardens, range la batte.
Après onze saisons à illuminer les étés gallois, Colin Ingram va quitter la scène. Le Sud-Africain de Glamorgan, 41 ans, a annoncé qu’il prendrait sa retraite à la fin de la saison, prêt à basculer de l’autre côté de la corde pour entamer une carrière d’entraîneur.
Vingt ans de carrière, un rêve d’enfant poursuivi sans relâche, et l’impression, à l’écouter, d’un homme qui a vraiment tout donné. « J’ai rêvé grand, j’ai travaillé dur… J’ai eu ma chance à fond et j’ai tout laissé sur le terrain », a-t-il écrit pour accompagner sa décision. Rien de plus à ajouter : la formule sonne comme un épilogue.
Le plus fidèle étranger de Glamorgan
Ingram n’est pas qu’un bon joueur de passage. Il est devenu une figure du club. Plus long-serving joueur étranger de Glamorgan au XXIe siècle, il a été l’un des artisans majeurs de la montée en Championship en 2025, terminant meilleur marqueur de son équipe cette saison-là.
Arrivé à Sophia Gardens en 2015, ce gaucher puissant s’est imposé très vite comme un pilier du vestiaire et un chouchou des tribunes. Ses chiffres racontent une histoire de constance et de classe :
- 5 645 runs en first-class, à une moyenne de 47 ;
- 2 630 runs en one-day, à 62 de moyenne ;
- 3 431 runs en T20, à 32.
Trente et un centuries pour Glamorgan, toutes compétitions confondues, dont un sommet personnel à 257* qui a marqué les esprits. En T20, il a porté le brassard de capitaine en 2018 et 2019, symbole de son poids dans le groupe.
Et ce n’était pas seulement un batteur. Son leg-spin a rapporté 67 wickets, principalement en formats limités, avec parfois un rôle de gardien de secours quand l’équipe en avait besoin. Un joueur complet, prêt à boucher les trous, à prendre des responsabilités.
Une carrière mondiale, un genou capricieux
Le parcours d’Ingram ne s’est pas limité aux bords de la Taff. Avant de devenir l’icône étrangère de Glamorgan, il avait déjà goûté au très haut niveau avec l’Afrique du Sud : 40 apparitions internationales en limited-overs, une présence régulière dans les compétitions domestiques avec Free State, Eastern Province et Warriors, et un passage par Somerset en 2014.
Puis sa carrière a pris une dimension planétaire. T20 leagues en Australie, en Inde, au Pakistan, dans les Caraïbes, au Moyen-Orient, retour au pays, et même The Hundred avec Oval Invincibles. Un globe-trotter du cricket moderne.
Cette vie de franchise player a eu un prix. Pendant près de cinq ans, ses apparitions en Championship se sont raréfiées, rythmées par des problèmes de genou et un calendrier saturé. Il a fallu une opération réussie pour le revoir s’installer de nouveau dans les longues manches.
Le pari médical a payé. Ces dernières saisons, Ingram est revenu à la red-ball avec un appétit intact, comme si le temps perdu l’avait rendu encore plus gourmand.
La batte comme pinceau
Pour décrire sa relation avec le jeu, Ingram ne parle pas de chiffres, mais d’art. « Le cricket est mon art », a-t-il confié dans le message annonçant sa retraite. Il évoque ces moments où tout s’aligne, où le temps se ralentit, où la batte devient « son pinceau ». Un batteur qui se définit comme un artiste : l’image colle parfaitement à ce gaucher capable de transformer une attaque en toile blanche.
Cette saison encore, à 41 ans, il a rappelé pourquoi Glamorgan lui est resté fidèle si longtemps. Des centuries contre Yorkshire et Warwickshire en Championship, un rôle central dans la victoire à domicile face à Surrey, avec 80 puis 61* dans le même match. Même si ses apparitions en formats limités se sont limitées à trois rencontres, il a montré qu’il restait un joueur de jours importants, un homme de grandes scènes.
Un dernier tour de piste avec Chris Cooke ?
La fin se rapproche, mais elle pourrait offrir une dernière image forte. Ingram pourrait faire ses adieux dans le dernier match de Championship de la saison, face à Essex, aux côtés d’un autre pilier sur le départ, Chris Cooke, 40 ans lui aussi. Deux stalwarts, deux trajectoires qui se croisent une dernière fois sous le maillot de Glamorgan.
Ce serait une sortie à la hauteur de ce qu’il a représenté : discret, mais décisif. Sans grand discours, sans mise en scène outrancière, juste un dernier service rendu au club qui l’a adopté.
De l’autre côté de la ligne
La suite est déjà tracée. « Quand un chapitre se ferme, un autre s’ouvre au-delà de la boundary », explique-t-il. Ingram va se lancer dans le coaching, avec la même idée fixe : transmettre, influencer positivement le jeu, aider les joueurs à « être les meilleurs possibles tout en profitant de leur voyage ».
Son « œuvre » de joueur est, dit-il, achevée. Mais un artiste qui pose le pinceau ne quitte pas la galerie. Il change simplement de place. La prochaine génération, quelque part entre Cardiff, l’Afrique du Sud ou une autre destination de cricket, héritera de ce regard-là : celui d’un batteur qui a appris à faire du terrain sa toile.



