Chimaev contre Woodley : un choc de générations à RAF Moscow
À l’Arena Mytishchi, en périphérie de Moscou, la lutte libre s’est offert un costume de gala. Treize combats, des champions olympiques, des stars de MMA en crossover, un public russe chauffé à blanc : la soirée RAF Moscow avait tout d’un manifeste de puissance pour Real American Freestyle.
Et au centre de l’affiche, un duel qui sentait la poudre : Khamzat Chimaev contre Tyron Woodley, en catchweight, pour conclure un programme dense et spectaculaire.
Chimaev – Woodley, choc de générations en tête d’affiche
Khamzat Chimaev revenait sur le tapis RAF pour la deuxième fois, porté par son succès par tombé en juin face à Dillon Danis. Une entrée remarquée dans l’univers RAF, dans la continuité de son image d’ouragan venu du MMA.
En face, Tyron Woodley arrivait avec une histoire très différente, mais tout aussi chargée. L’ancien champion de l’UFC sortait tout juste d’un improbable retournement de situation à RAF 12 : mené 8-1 par Joaquin Buckley, il avait renversé le combat pour s’imposer 14-8, décrochant sa première victoire en sports de combat depuis 2018. Un sursaut de carrière qui lui offrait ce voyage à Moscou et ce rôle de vétéran dangereux, jamais vraiment fini.
Les deux hommes se retrouvaient donc en Russie, sous les projecteurs, pour un combat qui dépassait le simple cadre du résultat : c’était une question d’aura, de crédibilité en lutte pure, d’héritage pour Woodley, de conquête pour Chimaev.
Les poids lourds de la lutte mondiale au rendez-vous
La soirée ne se résumait pourtant pas à ce choc de têtes d’affiche. RAF avait empilé les noms comme sur une carte de championnat du monde.
Abdulrashid Sadulaev, monstre sacré de la lutte russe, croisait Zac Braunagel chez les light heavyweights, tandis que Zahid Valencia affrontait Ibragim Kadiev chez les cruiserweights. Des combats taillés pour les puristes, entre densité physique et précision technique.
Le ton de la soirée avait d’ailleurs été donné très tôt par Shara Magomedov, qui s’était imposé 11-3 face à Neiman Gracie chez les cruiserweights. Un score large, un message clair : ici, le MMA ne vient pas en touriste, il vient pour dominer sur tapis.
Kyle Snyder et Kyle Dake, champions qui confirment
Les ceintures RAF ont ensuite parlé, et elles sont restées bien accrochées à la taille de leurs propriétaires.
Kyle Snyder, champion light heavyweight de la RAF, a défendu son titre face au champion olympique Akhmed Tazhudinov. Affiche d’exception, combat de spécialistes, et au bout, un succès maîtrisé de Snyder, 11-5. Le genre de victoire qui renforce un règne plutôt qu’il ne le prolonge simplement.
Juste derrière, Kyle Dake a vécu une défense bien plus serrée de son titre cruiserweight. Opposé à Kadik, Dake s’est imposé 7-6 au terme d’un duel étouffant, où chaque point coûtait cher. Une victoire au cordeau, mais une victoire tout de même, qui suffit à maintenir l’un des grands noms de la lutte américaine sur le trône RAF.
Jordan Burroughs, le show en dix points
Quand Jordan Burroughs monte sur un tapis, l’attente change de dimension. Le multiple champion du monde et champion olympique ne se contente pas de gagner, il impose un standard.
Face à Magomed Kurbanaliev en middleweight, Burroughs n’a laissé aucune place au suspense. Victoire par supériorité technique, 10-0. Une leçon. Un rappel sec : même au milieu d’une génération montante et d’une carte blindée, son nom reste synonyme de domination.
Kennedy Blades, reine incontestée chez les middleweights
Chez les femmes, Kennedy Blades a tenu son rang avec une autorité glaciale. La championne des middleweights affrontait Vusala Parfianovich pour une défense de ceinture qui ressemblait à un test de solidité.
Résultat : 10-0 par supériorité technique. Sans fissure, sans flottement. Une championne qui ne défend pas seulement son titre, mais qui installe une forme de monopole sur la catégorie.
Bo Nickal, Jason Nolf, Vito Arujau : la vague américaine déferle
La soirée a aussi servi de vitrine à la nouvelle garde américaine, celle qui jongle entre ambitions olympiques, carrière en MMA et passages éclairs mais marquants sur le circuit RAF.
Bo Nickal, désormais bien connu des fans de MMA, a livré un combat offensif en light heavyweight pour dominer Shirvani Muradov 11-7. Un score riche, un rythme élevé, et la confirmation que son bagage de lutte reste une arme d’élite.
Jason Nolf, lui, a arraché une victoire à l’arraché en catchweight face à Ismail Khaniev. 5-5 au tableau, mais l’avantage décisif pour Nolf sur les critères. Une de ces victoires qui ne font pas les gros titres, mais qui renforcent une réputation de compétiteur dur au mal.
Chez les featherweights, Vito Arujau a signé l’un des cartons de la soirée : 13-3 par supériorité technique contre Soslan Ramonov. Un score qui claque et une démonstration de vitesse, de timing et de précision.
Le reste de la carte : puissance, amplitude, maîtrise
Plus bas sur la carte, la diversité des styles a donné du relief à la soirée.
En heavyweight, Pouya Rahmani a pris le dessus 10-3 sur Anatoly Malykhin, figure bien connue des amateurs de MMA. Un combat où la densité physique n’a jamais étouffé la clarté technique de Rahmani.
En middleweight, Yusuf Raisov a déroulé un 12-2 par supériorité technique face à Marif Piraev. Une domination nette, presque clinique, qui a ajouté une autre large victoire à une soirée déjà riche en écarts.
RAF Moscow avait promis un pont entre la lutte pure et l’univers du MMA, entre champions établis et prétendants affamés. Elle a offert exactement cela : une vitrine mondiale où les grands noms se devaient de confirmer, et où les nouveaux visages n’avaient pas le droit de trembler.
Reste une question, désormais : après Moscou, jusqu’où Real American Freestyle peut-il pousser cette fusion entre spectacle, prestige et tradition de lutte pour s’imposer comme scène incontournable des sports de combat modernes ?




