Cheteshwar Pujara : le cauchemar australien de Pat Cummins
Les amateurs de la Border-Gavaskar Trophy en ont encore les images gravées. Cheteshwar Pujara, casque vissé, regard fixe, bloc après bloc, laissant Mitchell Starc, Josh Hazlewood et Pat Cummins s’user, balle après balle, session après session. L’Indien ne frappait pas le temps. Il l’érodait.
Dans un récent contenu promotionnel pour Prime Video Sport, Pat Cummins, aujourd’hui capitaine de l’Australie en Test et en ODI, a dû se prêter à un exercice simple en apparence : désigner le joueur le plus coriace qu’il ait affronté pour plusieurs grandes nations de cricket. Pour l’Inde, il n’a pas hésité une seconde. Cheteshwar Pujara.
« La mort par mille coupures »
Cummins ne s’est pas contenté d’un nom. Il a trouvé l’image parfaite pour décrire la torture mentale que représentait Pujara au crease. « Pujara. Vraiment très difficile à sortir. C’était comme la mort par mille coupures. Prêt à affronter 100 dot balls s’il le fallait. Il ne te donnait aucune chance », a-t-il confié dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.
Ce n’est pas un compliment de circonstance. Les chiffres racontent la même histoire. Pujara a disputé 25 Tests contre l’Australie pour 2 074 runs à 49,38 de moyenne. En Australie, au cœur du territoire ennemi, il a inscrit 993 runs, trois centuries, cinq fifties, et un sommet à 193. Les séries 2018-19 et 2020-21 restent les plus marquantes : Pujara y a grignoté l’énergie du trio Starc–Hazlewood–Cummins jusqu’à fissurer le plan de jeu australien.
L’Indien a tiré sa révérence internationale l’an dernier, avec 7 195 runs en 103 Tests, à 43,6 de moyenne, 19 centuries et 35 fifties. Il n’a quasiment pas existé en ODI (5 matches, 51 runs), mais ce qu’il a imposé en Test à la meilleure attaque rapide du monde lui suffit pour entrer dans la mémoire de Cummins.
Un casting de légendes… toutes à la retraite
L’exercice ne concernait pas que l’Inde. Cummins devait choisir, pour chaque grande nation citée, le rival le plus dur à affronter. La liste a finalement pris des allures de panthéon… avec un point commun : tous ont raccroché au niveau international.
Pour la Nouvelle-Zélande, il a retenu Brendon McCullum, aujourd’hui sélectionneur white-ball de l’Angleterre. « Je l’ai affronté quelques fois quand il attaquait fort en haut de l’ordre », a rappelé Cummins. McCullum, c’était l’anti-Pujara : le risque assumé, le tempo imposé, la pression renvoyée sur le lanceur dès la première over.
Pour le Pakistan, le choix surprend moins les puristes : Saeed Ajmal. Cummins a raconté un souvenir précis, presque déroutant. Dernière balle de l’over. Il arrive au crease. Ajmal lance. « Clean bowled ». Une balle qu’il n’avait, selon ses mots, jamais vue venir. La marque des grands off-spinners : rendre le temps trop court pour réagir.
Pour l’Angleterre, Cummins a cité Sir Alastair Cook, incarnation du batteur de Test à l’ancienne, inusable, méthodique, qui oblige le lanceur à répéter la même exigence pendant des heures. Pour l’Afrique du Sud, il a choisi AB de Villiers, l’homme capable de transformer un match de Test en T20 sans changer de visage. Pour le Sri Lanka, Tillakaratne Dilshan, danger permanent au top de l’ordre, capable de désorganiser une stratégie dès le premier spell. Pour les West Indies, enfin, Chris Gayle, puissance brute, portée de batte immense, menace constante de voir la balle quitter le stade.
Une génération qui s’éloigne
Un détail intrigue dans cette sélection : aucun joueur encore actif au plus haut niveau. Pujara, McCullum, Ajmal, Cook, AB de Villiers, Dilshan, Gayle… tous ont mis fin à leur carrière internationale.
Ce n’est pas un oubli. C’est le reflet d’une chose simple : les duels qui marquent un joueur comme Cummins sont ceux qui laissent des cicatrices durables, parfois plus mentales que statistiques. Et au sommet de cette liste, dans l’esprit du capitaine australien, il y a ce batteur indien au style presque ascétique, qui acceptait de laisser passer, bloquer, attendre, jusqu’à ce que la volonté d’en face craque avant la sienne.
Cheteshwar Pujara n’est plus là pour user les rapides australiens. Mais pour Pat Cummins, certaines journées de Test, sous le soleil brûlant et avec un vieux ball rouge en main, doivent encore ressembler à ce qu’il a décrit : une lente, inexorable « mort par mille coupures ».




