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Canelo récupère sa couronne à Riyad

Au milieu des inquiétudes sécuritaires et des missiles interceptés au‑dessus de Riyad, Saúl « Canelo » Álvarez a fait ce qu’il sait faire de mieux : gagner un combat de championnat. Samedi soir au Kingdom Arena, le Mexicain a repris le titre WBC des super-moyens en dominant Christian Mbilli aux points, décision unanime, et a rappelé à la planète boxe qu’il reste un seigneur de la catégorie.

Les cartes des juges disent tout : 115-112, 116-111 et 117-110 pour Álvarez. Une victoire nette, construite coup après coup, face à un champion français jusque‑là invaincu et décidé à lui marcher dessus.

Une arène sous tension, un champion imperturbable

Le décor, d’abord. La semaine avait été marquée par une montée de la tension dans la capitale saoudienne. Le coalition menée par l’Arabie saoudite affirmait avoir intercepté missiles et drones lancés par les forces houthies soutenues par l’Iran. Plusieurs événements avaient été annulés ou reportés, dont l’exhibition de tennis Six Kings Slam.

Trois semaines plus tôt, un tir de missile sur l’aéroport international King Khalid avait tué au moins 12 personnes et fait plus de 300 blessés. Un autre projectile avait frappé un terminal passagers le lendemain. Des compagnies aériennes internationales avaient suspendu leurs vols vers le royaume. L’ombre du risque planait sur Riyad.

Malgré ce climat, le combat a bien eu lieu. Turki al‑Sheikh, puissant patron de la General Entertainment Authority et figure centrale du boom de la boxe en Arabie saoudite, avait assuré que Canelo lui avait promis de monter sur le ring « quoi qu’il arrive ». Engagement tenu. Le Mexicain a traversé la tempête et s’est présenté comme si de rien n’était.

Canelo, le temps suspendu

À 36 ans, plus d’un an après son dernier combat, beaucoup attendaient de voir quel Canelo allait réapparaître. Le boxeur au sommet de son art ou le champion marqué par la défaite subie en septembre 2025 face à Terence Crawford, seulement la troisième de sa carrière professionnelle, qui lui avait coûté sa couronne incontestée chez les super-moyens.

La réponse est venue très vite. Álvarez n’a pas cherché la guerre ouverte. Il a imposé son tempo. Bloc compact, regard fixe, il a laissé Mbilli faire ce qu’il fait d’ordinaire : avancer, presser, lancer plus de coups. Puis il l’a puni.

Le Mexicain a ressorti son arsenal classique : contre-attaques chirurgicales, crochets au corps qui vident les jambes, précision clinique. Face au volume de Mbilli, il a opposé la qualité. Les coups les plus propres, les plus lourds, venaient de lui.

Le moment clé survient au septième round. Au cœur d’un échange, Canelo déclenche un uppercut sec, droit dans l’axe. Mbilli vacille, clairement ébranlé. Le Français tient, refuse de céder, mais la dynamique bascule. À partir de là, chaque erreur se paie au prix fort.

Mbilli, l’agresseur stoppé net

Christian Mbilli arrivait avec un bilan de 29 victoires et un nul, propulsé au rang de champion WBC à part entière après le départ de Crawford de la catégorie, lui qui détenait jusque‑là la ceinture intérimaire. Le Camerounais naturalisé français avait construit sa réputation sur une pression asphyxiante, un rythme que peu d’adversaires supportent.

Il a tenté de reproduire cette recette. Garde haute, marche en avant constante, salves de coups pour bousculer le Mexicain. Mais face à un Canelo affûté, cette audace s’est transformée en piège. Chaque entrée de distance exposait Mbilli à un contre. Chaque série ouverte laissait une brèche pour un crochet au foie ou un direct du droit.

Mbilli n’a jamais renoncé. Il a continué à travailler, à chercher l’ouverture, à forcer l’échange. Sa résistance a impressionné, son courage aussi. Mais sur les cartes comme à l’œil nu, la différence de précision et d’impact s’est creusée round après round. Samedi soir à Riyad, l’homme aux 29 victoires consécutives a connu, pour la première fois, la défaite.

Une couronne retrouvée, un message envoyé

Pour Canelo, cette victoire a une portée qui dépasse la simple récupération d’une ceinture WBC. Elle referme, au moins partiellement, la cicatrice laissée par Crawford et relance son statut au sommet des super-moyens. Son palmarès affiche désormais 64 victoires, 3 défaites et 2 nuls. Des chiffres d’ère, pas seulement de carrière.

Au micro, le Mexicain a laissé filtrer l’émotion. Il a parlé d’un titre qui « ressemble au premier », de ses 21 années en professionnel, de sa fierté pour son équipe. Il a surtout rappelé ce qui le tient encore debout dans un sport qui use tout le monde : « J’aime la boxe. C’est pour ça que je suis ici, parce que j’aime toujours la boxe et que j’en profite énormément.

Il a glissé, en espagnol, une allusion discrète au contexte qui entourait ce combat, remerciant sa famille « qui le regardait de loin pour la première fois ». Parents, frères et sœurs, enfants, épouse : tous absents « en raison de certaines circonstances ». Il n’en dira pas plus, sans lien explicite avec la situation sécuritaire, mais le sous‑texte est clair. Même pour un champion qui « ne craint rien », comme l’écrit Al‑Sheikh, la réalité du moment s’impose.

Riyad, vitrine sous surveillance

Pour l’Arabie saoudite, la soirée avait aussi valeur de test. Le royaume s’est imposé comme un acteur incontournable de la boxe mondiale, attirant à coups de millions les plus grands noms, tout en essuyant critiques et accusations de « sportswashing » liées à son bilan en matière de droits humains.

L’escalade militaire récente menaçait cette stratégie. L’annulation de plusieurs événements, la suspension de vols internationaux, les frappes sur l’aéroport de Riyad ont rappelé la fragilité de cette vitrine. Voir Canelo Álvarez, l’une des plus grandes stars du sport, tenir parole et défendre un titre mondial au Kingdom Arena malgré les risques envoie un signal fort aux promoteurs, aux diffuseurs, aux autres champions.

Mais au‑delà des calculs géopolitiques et des ambitions de place forte mondiale, il reste l’essentiel : un ring, deux hommes, un titre en jeu. Dans cette équation-là, Canelo a retrouvé sa place.

Il a récupéré une ceinture, remis les pendules à l’heure et rappelé à toute la division qu’il faudra encore le déloger. La question est désormais simple : qui osera venir le chercher, et à quel prix ?