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Canelo Alvarez reprend son titre WBC à Riyad

Dans la chaleur électrique de Riyad, Saul « Canelo » Alvarez a repris ce qui, à ses yeux, ne lui appartenait jamais vraiment à d’autres : le titre WBC des super-moyens. Un combat maîtrisé, une victoire nette aux points, et surtout une impression tenace : le Mexicain de 36 ans n’a pas dit son dernier mot.

Juges : 115-112, 116-111, 117-110

Christian Mbilli, invaincu jusque-là en 31 combats, a découvert ce que signifie partager un ring avec un des grands maîtres de cette génération. Il a résisté, il a tenté, il a avancé. Mais il est tombé sur plus rusé, plus précis, plus dur.

Un vétéran piqué au vif

Un peu plus d’un an après avoir perdu ses ceintures face à Terance Crawford, Alvarez arrivait à Riyad entouré de doutes. Trop de rounds au compteur ? Trop de guerre dans les jambes ? Une année loin du ring, sans ceinture pour la première fois depuis 2015, avait alimenté les débats.

Il a répondu à sa manière, sans discours, avec les poings et une défense comme on n’en voit plus beaucoup.

Dès les premiers échanges, Mbilli, Camerounais basé au Canada et promu champion WBC en janvier, a choisi la voie la plus risquée : la pression constante. Il a enfermé Canelo dans les cordes, a arrosé de coups, volume maximal. Sur le papier, le bon plan. Sur le ring, une autre histoire.

Le Mexicain a encaissé, a roulé sous les frappes, a esquivé d’un léger mouvement d’épaules. Et, surtout, il a répondu. Par des contres secs, lourds, au moment exact où Mbilli s’ouvrait. À plusieurs reprises, Alvarez a simplement secoué la tête, comme pour balayer d’un geste l’offensive adverse, et inviter le champion en titre à revenir. Une provocation froide, presque cruelle.

Le tournant : la précision contre le volume

Mbilli lançait plus de coups. Beaucoup plus. Mais ce sont ceux d’Alvarez qui comptaient.

Au sixième round, le combat a pris une autre couleur. Deux uppercuts du droit, claquants, ont traversé la garde de Mbilli. Le genre de coups qui ne mettent pas forcément un boxeur au tapis, mais qui changent sa façon de réfléchir. À partir de là, le schéma s’est installé : un Mbilli actif, courageux, mais de moins en moins efficace ; un Canelo posé, lucide, qui choisissait ses frappes comme on choisit ses mots.

La sanction est tombée un peu plus tard pour le Franco-Camerounais : un point retiré pour coups derrière la tête. Une pénalité qui n’a pas décidé du sort du combat, mais qui a alourdi une soirée déjà compliquée.

Alvarez, lui, a géré. Sans précipitation. Il a contrôlé la distance, joué avec le temps, cassé le rythme quand il le fallait. La fin de combat a ressemblé à une longue démonstration de timing et de lecture de l’adversaire. Mbilli avançait toujours, par orgueil, par fierté, mais ne parvenait plus à véritablement inquiéter le Mexicain.

Même lorsque le champion en titre a réussi à placer quelques droites lourdes dans les derniers instants, le décor ne changeait pas : Canelo voyait tout, absorbait, répondait juste assez pour rappeler qui commandait.

Un 64e succès au goût de renaissance

Ce succès porte le bilan d’Alvarez à 64 victoires en 69 combats professionnels, sur quatre catégories de poids. Une carrière déjà historique, mais que ce titre WBC récupéré donne soudain l’air d’un nouveau chapitre plutôt que d’un épilogue.

Au moment de prendre la parole, l’émotion a percé sous le masque habituel du champion. « C’est tellement difficile à expliquer, a-t-il confié. C’est quelque chose d’incroyable, cette sensation. Comme mon premier titre. Trente et un ans comme professionnel. Il y a seize ans, j’ai gagné mon premier titre. Maintenant, je gagne de nouveau. Je suis tellement fier. »

Pas de défi lancé, pas de nom jeté à la volée pour la suite. Juste une promesse implicite de continuer. « Je vais me reposer. Je vais continuer à apprendre. Je vais continuer à travailler dur. Je prends quelques semaines, puis je reviens », a-t-il assuré.

Un ring au milieu des tensions

Ce retour au sommet s’est joué dans un contexte lourd. Ces dernières semaines, la tenue même de la soirée à Riyad avait été remise en question, sur fond de conflit grandissant entre l’Arabie saoudite et le mouvement houthi au Yémen.

Deux jours avant le combat, l’agence de presse saoudienne annonçait l’interception de deux missiles balistiques au-dessus de la capitale. Début octobre, une frappe sur l’aéroport international King Khalid avait fait 13 morts et plus de 300 blessés.

Plusieurs grands événements sportifs prévus dans le royaume ont été annulés : exhibition de tennis The Six Kings Slam, dernière manche du Championnat du monde des rallyes 2026, Mondiaux 2026 de cyclisme urbain. Le monde des sports de combat, lui, a maintenu le cap. Le ring est resté dressé, éclairé, comme une bulle hors du tumulte.

Et maintenant ?

Christian Mbilli repart avec sa première défaite, mais aussi avec un apprentissage brutal : à ce niveau, l’envie ne suffit pas. Il lui restera 31 combats de qualité et la certitude qu’il peut tenir la distance avec un monstre sacré. À 31 ans, le temps joue encore pour lui.

Canelo, lui, vient de rappeler qu’on ne range pas un champion de son calibre sur la seule foi d’une défaite et d’une année blanche. Il a retrouvé une ceinture, retrouvé son rang, retrouvé son plaisir.

La question n’est plus de savoir s’il décline. La vraie question, désormais, est simple : qui osera vraiment le lui disputer de nouveau, dans cette catégorie qu’il vient de reprendre en main ?