Brydon Carse : Harry Brook évoque son retour potentiel
Harry Brook tend la main à Brydon Carse : « Il a besoin de temps, mais il reviendra »
À la veille du premier ODI contre le Sri Lanka à Chester-le-Street, Harry Brook n’a pas seulement parlé plans de jeu et classement ICC. Le capitaine anglais en white-ball a surtout laissé transparaître une préoccupation très humaine : l’avenir international de Brydon Carse.
Le fast bowler de Durham, 31 ans, a évité les poursuites pénales après l’incident nocturne à Derby le mois dernier, où il avait été brièvement menotté. Sur le papier, il est à nouveau sélectionnable. Dans les faits, il reste écarté des groupes nationaux en attendant la fin de l’enquête menée par le Cricket Regulator. Une zone grise, lourde à porter pour un joueur en plein dans ses meilleures années.
Brook, lui, n’hésite pas sur le fond. « C’est un très bon joueur de cricket. Il lance extrêmement bien pour Durham. Quand son tour pour la sélection viendra, ce sera un débat », glisse-t-il. Les mots sont mesurés, mais le soutien est clair.
Un ami avant tout
Derrière le capitaine, il y a l’ami. Brook ne s’en cache pas : la situation de Carse dépasse pour lui le simple cadre sportif.
« Je suis très bon ami avec Carsey. J’ai beaucoup parlé avec lui. Ces conversations restent privées », prévient-il. Puis il appuie là où tout se joue : le temps. « Je pense qu’il a juste besoin de s’éloigner un peu de la scène internationale. Il travaille sur quelques choses en coulisses et, espérons-le, il sera prêt à un moment donné dans le futur. »
Pas de grands effets de manche, pas de promesse creuse. Simplement l’idée qu’un retour, oui, est envisagé. Mais à son rythme, et seulement une fois le dossier disciplinaire refermé.
Un vestiaire sommé de grandir
Cette affaire Carse n’arrive pas dans le vide. Elle s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’une exigence accrue sur le professionnalisme hors terrain. Brook le reconnaît volontiers, surtout lui, qui n’a pas toujours été irréprochable. L’hiver dernier, il s’était retrouvé au cœur d’un incident en boîte de nuit en Nouvelle-Zélande, frappé par un videur. Un rappel brutal que la ligne est fine.
Les messages venus du staff sont désormais limpides. Brendon McCullum, patron du white-ball, a posé le cadre : l’Angleterre veut être « l’une des équipes les plus fortes et les plus fit du monde ». Cela ne se joue pas uniquement dans les séances de musculation ou les nets. « Pour y arriver, on doit bien se préparer sur et en dehors du terrain », rapporte Brook.
Même son de cloche avec Stephen Fleming, appelé à prendre la tête de l’équipe de Test. L’idée est la même : un groupe qui vit mieux, qui se gère mieux, pour performer plus longtemps. La liberté de ton de l’ère Bazball, oui, mais avec une responsabilité accrue.
Un XI remanié, mais ambitieux
Pour affronter le Sri Lanka en 50 overs, l’Angleterre arrive pourtant diminuée. Carse reste absent, Jacob Bethell et Sam Curran sont blessés, et Adil Rashid, pilier du bowling en white-ball, manque le premier match – et peut-être la série – en attendant les résultats d’un scanner après un souci à la main subi lors du T20 victorieux à Old Trafford.
Résultat : un XI remodelé. Tom Banton est propulsé en haut de l’ordre. Jamie Overton prend la nouvelle balle. Rehan Ahmed, 22 ans, seize de moins que Rashid, hérite du rôle de wrist-spinner. Un relais générationnel assumé. Will Jacks, promu vice-capitaine, et Joe Root apporteront leurs off-breaks pour épauler le jeune leggie.
L’Angleterre arrive avec le vent dans le dos : un 3-0 sec contre le Sri Lanka en T20, et une place de n°1 mondiale dans ce format. Mais la réalité de l’ODI est moins flatteuse : septième au classement, un rang derrière les Sri Lankais. Les deux séries de l’année ont été remportées après avoir été menés 1-0. Capacité de réaction, oui. Maîtrise totale, pas encore.
Brook ne s’en formalise pas. « On est invaincus en T20 et on peut tirer énormément de confiance de ça en entrant dans cette série ODI. C’est la même philosophie. En tant que groupe, on essaie de jouer un cricket à plus haute intensité et de vraiment les mettre sous pression, avec la batte comme avec la balle. »
Archer, Tongue et la route vers la Coupe du monde
Un autre signal fort se lit dans la gestion des rapides. Jofra Archer et Josh Tongue, au bout d’un long été multi-formats, sont toujours là. L’Angleterre ne bricole pas ses ODI : les douze prochains mois mènent droit vers la Coupe du monde 50 overs en Afrique australe. L’objectif est clair : aligner le plus souvent possible un XI proche de la pleine puissance en 50 overs, quitte à faire tourner davantage en T20.
Brook, lui, incarne ce noyau dur. Joueur multi-format, il limite volontairement ses engagements en franchise au Hundred. Il veut être là, partout, tout le temps, pour l’Angleterre. Sa mission personnelle pour cette série ? Progresser dans les middle overs, mieux gérer la rotation du strike et élever son niveau face au spin. Un point précis, travaillé avec un mentor de poids : Kevin Pietersen, nouveau conseiller du groupe white-ball.
Sur un autre registre, on l’interroge sur les critiques récurrentes autour de ses choix de coups, parfois jugés kamikazes. A-t-il abordé le sujet avec Pietersen ? « Je n’ai pas encore eu ces conversations avec lui, mais je suis sûr que ça viendra à un moment », répond-il. Puis cette phrase, révélatrice de son état d’esprit : « Vu la façon dont j’ai joué jusqu’ici, c’est presque un compliment de recevoir ce genre d’opinions. Je ferai tout pour être le meilleur joueur possible. »
Pas de mea culpa spectaculaire. Plutôt l’affirmation que ce style à haut risque fait partie du package, et que l’essentiel est de continuer à l’affiner.
Une nouvelle génération de coachs
Pendant que Pietersen s’installe dans son rôle auprès de l’équipe première, un autre ancien international anglais prend du galon dans la structure : Jonathan Trott a été nommé head coach des England Lions pour les tournées hivernales aux Caraïbes, en Afrique du Sud et au Sri Lanka. Passé par le banc de l’Afghanistan, il succède à Andrew Flintoff, qui a quitté le poste le mois dernier.
Le message est limpide : l’Angleterre s’entoure de figures fortes, aux parcours contrastés, mais toutes marquées par l’exigence du très haut niveau. De quoi encadrer une génération qui, entre affaires extra-sportives, ambitions de franchise et calendrier saturé, doit apprendre à vivre avec la lumière constamment braquée sur elle.
Pour Brydon Carse, cette lumière est pour l’instant éteinte au niveau international. Mais si l’on en croit Harry Brook, elle n’est pas prête de se dissiper. La question n’est plus de savoir s’il peut rejouer pour l’Angleterre. Elle est de savoir à quel moment, et dans quel état d’esprit, il choisira de revenir.




