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Le Bangladesh face à ses limites en cricket féminin

Le Bangladesh paie cash son manque de frappeuses de puissance. Le constat est brutal, posé par un entraîneur au cœur du développement du cricket féminin dans le pays, après l’élimination en Asia Cup T20 face à l’Inde. Et derrière le score, c’est tout un modèle qui est remis en question.

Un plafond de verre qui dure

Depuis le titre de 2018, le Bangladesh n’a jamais retrouvé le sommet en Asia Cup : une cinquième place, deux éliminations en demi-finales lors des trois dernières éditions. Sur la scène mondiale, le tableau est encore plus sévère : jamais au-delà du premier tour en T20 World Cup, seulement deux victoires sur leurs 13 premiers matches en phase principale.

Le scénario de la demi-finale 2026 face à l’Inde résume ces limites. Dans le Powerplay, l’Inde impose sa loi : 45 pour 1. Le Bangladesh, lui, plafonne à 26 pour 1. Le ton est donné. En fin d’innings, l’écart se creuse encore : 42 points pour 3 guichets perdus côté indien dans les quatre derniers overs, seulement 25 pour 2 pour les Bangladaises. La différence de puissance saute aux yeux.

« Sur le Powerplay, le Bangladesh doit absolument augmenter sa capacité à trouver les limites, parce qu’elles souffrent déjà dans les overs du milieu. Si elles démarrent bien, avec 40 à 50 points, tout change pour elles. C’est un point très important à régler », explique ce coach, sous couvert d’anonymat.

Une dépendance criante à Shorna Akter

Le nerf du problème reste le même : la frappe longue distance. La capacité à frapper des sixes. La fameuse « power hitting » qui dicte le tempo du T20 moderne.

Les chiffres globaux ne sont pourtant pas catastrophiques. Depuis janvier 2025, l’Inde a frappé 100 sixes, plus que quiconque. Derrière, l’Afrique du Sud en compte 77, les West Indies 63, la Namibie 60. Le Bangladesh, lui, en a claqué 55 sur la période, mieux que le Pakistan (50), l’Angleterre (45), la Nouvelle-Zélande (43), l’Australie (41) ou le Sri Lanka (40). Une progression réelle.

Mais la réalité de cette Asia Cup est tout autre : seulement quatre sixes pour le Bangladesh, contre 25 pour l’Inde. Le Sri Lanka suit avec cinq. Le fossé se creuse à nouveau.

« Le Bangladesh manque de frappeuses en fin d’innings, il n’y a pas assez de joueuses capables de profiter de ces overs-là, et elles sont à la traîne dans ce secteur. À part Shorna Akter, il n’y a pas vraiment de power hitters. C’est la réalité, et ça se retourne contre elles face à des équipes comme l’Inde », poursuit le technicien. « Le Bangladesh dépend énormément de Shorna, et quand elle échoue, le plan s’effondre. Quand elle réussit, elles montent à 130-140 points. C’est un point à regarder sérieusement pour l’avenir. »

Derrière Shorna, l’expérience existe pourtant : Joty, Sobhana, Supta forment un noyau solide au milieu de l’ordre. Mais l’écart se crée dans les derniers overs, là où les grandes équipes font exploser le tableau d’affichage.

« Le Bangladesh doit ajouter deux ou trois joueuses spécialisées dans la frappe de puissance. Même si le milieu de l’ordre est expérimenté, la différence se fait dans les death overs », insiste le coach.

Une attaque de vitesse trop courte

Le chantier ne se limite pas à la batte. La balle pose aussi question, surtout sur le secteur de la vitesse. Le Bangladesh s’appuie presque exclusivement sur Marufa Akter, et cette dépendance commence à peser.

« Le Bangladesh compte énormément sur Marufa Akter et il devient essentiel d’ajouter de nouvelles pacers dans le onze », alerte le même entraîneur. Il rappelle que le cricket international se joue sur de meilleures surfaces, plus rapides, plus exigeantes. L’Asia Cup a fait figure d’exception, avec des terrains qui ne ressemblaient pas à ceux attendus en World Cup, mais le message reste clair : l’attaque de vitesse doit s’étoffer.

« Elles ont besoin de deux ou trois pacers supplémentaires, et aussi d’une all-rounder de vitesse, parce que c’est un vrai point faible », détaille-t-il.

Derrière ce constat technique se cache une urgence structurelle : renouveler le vivier, injecter du sang neuf dans le groupe T20I.

« Le Bangladesh doit intégrer de jeunes joueuses, fit, agiles, capables de répondre aux exigences du T20. Pour ça, la filière est cruciale. Il est urgent de regarder du côté des niveaux d’âge, comme l’U-19 », explique-t-il encore. Les mêmes visages occupent le vestiaire national depuis des années. Sans véritable pipeline, la transition se complique.

« Si elles améliorent leur filière et laissent les nouvelles se tester au niveau international, elles mettront moins de temps à s’adapter. Il leur faut des profils taillés pour le T20 », conclut-il.

Le corps, le mental, et la peur de rater

Un autre entraîneur pointe un problème plus silencieux, mais tout aussi déterminant : la condition physique et la culture de performance autour de l’équipe.

« La fitness est un gros sujet, et il faut comprendre la réalité du cricket féminin : la question de l’alimentation et de la culture est essentielle, et cela doit venir des joueuses », souligne-t-il. Selon lui, certaines perçoivent la préparation physique comme un impératif limité aux camps nationaux. Une vision déconnectée des exigences du T20 international.

« C’est un problème si elles pensent qu’elles doivent être en forme uniquement pendant les camps. En T20, celles qui sont fortes, fit et rapides ajoutent 10 à 12 points, que ce soit au bâton ou en fielding. Si vous sauvez cinq points en défense, ça change un match », insiste-t-il.

Il ne parle pas d’un groupe « hors de forme », mais d’un écart avec les standards internationaux. Un décalage que les joueuses doivent accepter et combler.

L’autre verrou est mental. La peur de l’échec bride les prises de risque, donc la progression.

« Les joueuses doivent se libérer de la peur de l’échec. Pour ça, il faut créer un environnement d’apprentissage où, même si elles échouent, elles sont soutenues », explique ce coach. Il appelle à plus d’expérimentation, mais surtout à une garantie claire : la direction doit offrir aux joueuses la liberté de tenter, avec l’assurance d’être encore là le lendemain.

« Elles doivent sortir de ce confort mental. Adopter un état d’esprit qui refuse la zone de confort. Pour en sortir, il faut d’abord vaincre la peur de l’échec », martèle-t-il.

Le diagnostic est donc complet : manque de puissance en haut et en bas de l’ordre, dépendance à quelques individualités, attaque de vitesse trop courte, filière insuffisamment nourrie, exigences physiques et mentales encore en décalage avec le très haut niveau. La prochaine Asia Cup et la prochaine T20 World Cup diront si le Bangladesh aura su transformer cette élimination en point de rupture… ou en rendez-vous manqué de plus.