Asia Cup féminin : Mandhana et Sharma écrivent l’histoire de l’Inde
Sous les projecteurs du Dubai International Stadium, l’Inde a livré un message limpide à tout le continent : il faudra passer sur elle pour gagner cette Asia Cup. Victoire écrasante de 137 runs face à Hong Kong, qualification déjà en poche pour les demi-finales, et une soirée historique pour Smriti Mandhana et Deepti Sharma.
Mandhana, une masterclass et un record mondial
Envoyée à la batte après que Natasha Miles a remporté le toss et choisi de défendre, l’Inde s’est appuyée sur sa star. Smriti Mandhana a pris son temps… puis a démoli tout ce qui se présentait.
Partie sur un début prudent (5/0 après 1 over, 19/0 après 3), elle a d’abord scanné une surface déjà capricieuse, marquée par quelques fissures qui faisaient parfois raser le sol à la balle. Puis le ton a changé. Kary Chan est la première à en faire les frais : slog sweep dans une zone non protégée pour le premier quatre du match, puis Shafali Verma qui se joint à la fête pour boucler le powerplay à 60/0, avec deux six tonitruants et une série de frappes sans complexe.
Mandhana, elle, montait en régime. Cover drives soyeux, slog sweeps autoritaires, balles traînées sur le leg side comme à l’entraînement. Maryam Bibi est martyrisée dans le cinquième over : quatre, puis encore quatre, puis encore quatre. Hong Kong recule, le champ se défait, les rotations de bowlers n’y changent rien.
Le cinquantième run tombe sur un six, suivi d’un quatre, pour porter l’Inde à 100/1 après 11 overs. L’attaque adverse n’a plus d’options. Mandhana varie les zones, alterne puissance et placement, lit les vitesses et les trajectoires sans jamais sembler forcer.
Puis vient le moment qui bascule dans l’histoire. Face à Ruchitha Venkatesh, puis Alison Siu et Joyleen Kaur, la gauchère passe une nouvelle vitesse : six, six, encore six. Elle dépasse d’abord son propre meilleur score, puis franchit une barre symbolique immense : elle devance Mithali Raj pour devenir la meilleure marqueuse de l’histoire du cricket international féminin, tous formats confondus.
La centaine arrive d’un cut précis, presque banal tant elle domine les débats. Mais le tableau d’affichage, lui, ne banalise rien : Mandhana vient de signer un siècle de haute volée, dans un match de groupe, comme si de rien n’était.
Elle finit par tomber sur un quiproquo au milieu du pitch, run-out dans le dernier over pour 124 runs, alors qu’un nouveau coup de rein semblait possible. Sa sortie a un goût d’anti-climax, mais le travail est fait. L’Inde boucle à 193/5, malgré les départs successifs de Shafali Verma (28 sur 17 balles), Pratika Rawal (10), Richa Ghosh (qui a tout de même trouvé un quatre avant de céder) et Harmanpreet Kaur (10).
Hong Kong, qui visait « moins de 150 » selon les mots de Miles au toss, se retrouve avec une montagne.
Une poursuite étouffée dès le premier souffle
Pour espérer exister, Hong Kong devait frapper fort et vite. Elle n’a fait ni l’un ni l’autre.
Kranti Gaud ouvre avec une ligne serrée : 1/0 après le premier over, sans la moindre liberté offerte. Nandni Sharma prend le relais et frappe tout de suite. Mariko Hill hésite, subit, finit par voir ses stumps voler : bowled pour 0 (4). Le ton est donné.
Les chiffres sont cruels. Après 3 overs, Hong Kong n’est qu’à 3/1. Après 4, à 4/1. Les swings de Kranti, la précision de Nandni, puis la variation de Shafali Verma avec la balle réduisent la poursuite à une lente agonie. Le powerplay se termine à 16/1, avec plus de points d’interrogation que de runs.
Yasmin Daswani tente bien de s’accrocher, Natasha Miles cherche des angles, mais le tableau de bord ne décolle pas : 21/1 après 7 overs, 26/1 après 8. Le required rate s’envole au-delà de 13 runs par over. À ce niveau, il ne s’agit plus de gestion, mais de survie.
La pression finit par tout fissurer. Deepti Sharma, entrée en scène après la phase initiale, commence son travail de démolition. Daswani tente de casser le carcan, mais trouve directement les mains de Bharti Fulmali : 11 (23), départ au pire moment. Miles suit peu après, prise derrière par Richa Ghosh sur une balle de Prema Rawat, pour 15 (27). À 36/3 après 11 overs, Hong Kong n’a plus que le calcul du damage control comme horizon.
Deepti au sommet de l’histoire T20I
Si Mandhana a signé la soirée des records à la batte, Deepti Sharma a pris le relais côté ballon.
Après avoir déjà brisé le partenariat au milieu d’un enchaînement de dot balls, elle revient pour un nouveau spell et transforme la fin de match en procession. D’abord Yasmin Daswani, puis Iqra Sahar, prise derrière par Richa Ghosh après une fine déviation. Entre-temps, Alison Siu a vu ses stumps s’éparpiller.
Avec ce nouveau scalp, Deepti devient la meilleure preneuse de wickets de l’histoire du T20I féminin. Un jalon immense, posé dans un match où l’Inde domine déjà de la tête et des épaules.
Autour d’elle, la meute ne lâche rien. Prema Rawat cueille Kary Chan dans le deep, Nandni ajoute Maryam Bibi (7), Shree Charani se charge de Marina Lamplough, qui avait pourtant tenté de résister avec 14 runs et quelques belles frappes, dont deux limites consécutives.
Les tentatives de contre-attaque, sporadiques, se fracassent sur un champ indien impeccablement organisé. Shafali Verma se montre sûre dans les airs, Nandni se jette pour une prise spectaculaire, Richa Ghosh gère aussi bien les gants que les casques, au propre comme au figuré.
La fin tourne au naufrage pour Hong Kong, « comme un château de cartes » qui s’effondre. Joyleen Kaur est run-out sur un appel serré, avant que la dernière joueuse, Shanzeen Shahzad, ne soit stumpée par Richa, son pied traînant dans le vide. Le troisième arbitre confirme : rideau.
Une Inde lancée, un message clair au continent
Hong Kong s’incline lourdement, mais retrouve à travers cette Asia Cup un niveau de compétition qui lui servira. L’équipe a tenté de multiplier les options au lancer – pas moins de sept bowlers utilisées – sans jamais vraiment contenir Mandhana ni briser le rythme indien.
Pour l’Inde, ce match coche toutes les cases. Une ouverture solide, une star qui bat des records mondiaux, une capitaine qui gère sans forcer, une attaque qui étrangle l’adversaire et une qualification déjà acquise pour les demi-finales.
Mandhana trône désormais au sommet des run-scorers du cricket féminin. Deepti Sharma, au sommet des wicket-takers en T20I. Le reste de l’Asie est prévenu : ce n’est pas seulement une équipe en forme. C’est une équipe en mission.




