Anderson et Sharma : Duel au sommet à Merchant Taylors' School
À Merchant Taylors' School, la journée a ressemblé à un voyage dans le temps. D’un côté, James Anderson, 41 ans, maître du swing et du seam, en lutte avec un mollet récalcitrant mais toujours diabolique. De l’autre, Naavya Sharma, déjà England Lion, qui laisse entrevoir le visage du futur. Entre les deux, une avalanche de wickets et un match qui a basculé nettement du côté de Middlesex.
Anderson, le vieux maître, fait encore la leçon
Middlesex repartait au matin sur 247, avec Luke Hollman sur 54*. Anderson, lui, n’était même pas sûr de pouvoir prendre le départ à cause de ses soucis physiques. Une fois la casquette vissée et la nouvelle balle en main, le doute a disparu.
Pendant plus d’une heure, en descendant la pente depuis le Benham End, il a offert un cours magistral de bowling de couture classique. Ligne, longueur, variations fines, la balle semblant attachée à une ficelle invisible. Les batteurs de Middlesex, eux, cherchaient désespérément le cuir dans le vide.
Ironie cruelle : sa seule récompense face à Hollman n’est pas venue d’un modèle de manuelle. Une balle qui reste basse, rase le sol, file sous la batte et met fin à son 54* de la veille. Pas le plus beau, mais un wicket précieux.
La pression constante d’Anderson a ouvert des brèches à l’autre bout. Le milieu de l’ordre de Middlesex s’est effondré. Ben Geddes a semblé parti pour un gros score avant d’être coincé lbw par la première balle du spell de George Balderson. Ben Walkden a ensuite frappé deux fois en trois livraisons, délogeant en beauté les middle stumps de Harry Duke puis de Zafar Gohar.
Ryan Higgins, lui, a tenu la baraque. Repris au slip sur 6 mais sauvé par un drop, il a serré les dents avant de se libérer, trouvant des drives puissants et un superbe ramp shot au-dessus de la tête du gardien Matty Hurst sur Walkden. En fin d’innings, Toby Roland-Jones a rendu les coups, trois fois en frappant droit au-dessus du bowler, tandis que Tom Helm claquait le seul six de Middlesex.
Malgré ces éclairs, les Londoniens sont restés à distance d’un point de bonus au bâton. Mais ils avaient déjà posé le décor. Lancashire, mené, allait devoir répondre.
Helm, Higgins et Sharma renversent Lancashire
La réponse n’a jamais vraiment pris forme. Helm a immédiatement planté le décor : Keaton Jennings, lbw pour 1. Puis une brute, courte de longueur, qui surprend Harry Singh et l’envoie derrière. Deux wickets, et Lancashire vacille.
Marcus Harris devient ensuite la cinquième victime lbw du match, signe d’un terrain qui n’offre aucun répit aux batteurs. Quand Sharma vient arracher le off-stump de Rocky Flintoff, le Red Rose est déjà en lambeaux à 35-4.
Dans ce chaos, Matty Hurst, pourtant pas considéré comme un ouvreur naturel, s’est accroché. Il survit à un appel pour une prise derrière, puis à un choc violent sur la grille du casque après un bouncer de Helm. Il encaisse, se relève et commence à reconstruire. Un 46 courageux, symbole de résistance plus que de domination.
Arav Shetty lui apporte un temps un peu de soutien, allant jusqu’à envoyer Helm au-dessus de long leg jusque dans la tente à bière. Provocation payée… jusqu’à la vengeance du bowler, qui le fait finalement attraper derrière. Walkden, déjà brillant avec la balle, ajoute un 28 fluide, parsemé de belles limites. Mais Sharma le piège avec un mouvement latéral parfait, avant de s’occuper lui-même de Hurst, bowled par une autre merveille de balle.
Balderson tente de guider la queue, mais Helm et Higgins nettoient le reste. Lancashire s’écroule pour 151. Middlesex se retrouve avec une avance de 96 points sur la première manche, et surtout l’impression de tenir fermement le manche.
Helm termine avec 4-40, Higgins 3-39, Sharma 3-39 : un trio qui a étouffé Lancashire, chacun apportant son style. Le contraste avec Anderson, tout aussi efficace le matin, donne à cette journée une saveur particulière : l’ancien et les prétendants sur la même scène.
Holden embrase la fin de journée
Avec une avance déjà confortable, Middlesex repart au bâton pour enfoncer le clou. Mais tout ne se déroule pas sans heurts. La mauvaise série de Sam Robson continue : Tom Bailey lui arrache le off-stump, image d’un joueur en plein doute. Hollman, héros de la veille, voit cette fois ses stumps exploser sous l’effet de Balderson.
Deux ouvreurs dehors, la porte est entrouverte pour Lancashire. Elle va se refermer brutalement.
Max Holden, qui restait sur un pair potentiel, choisit l’attaque. Il joue libéré, presque en défi. Les runs s’enchaînent, plus d’un par balle, les coups jaillissent sur tout le terrain. Au lieu d’une fin de journée prudente, Middlesex impose un dernier coup d’accélérateur.
Holden atteint un 50 spectaculaire dans la toute dernière over du jour. Un demi-siècle au rythme effréné, au moment précis où Lancashire espérait ralentir le jeu et grignoter la marge. À la fermeture, Middlesex a porté son avance à 212 runs, avec seulement deux wickets concédés dans ce second acte.
Les chiffres sont clairs. Middlesex mène sur tous les tableaux, avec la main sur le match et un bowling en pleine confiance. Lancashire, lui, s’accroche à ce qu’Anderson a montré le matin : tant que la balle bouge, il existe un espoir.
Mais une question domine en quittant Merchant Taylors' School : après avoir vu Anderson encore briller et Sharma déjà frapper aussi fort, à qui appartiendra vraiment l’avenir du seam anglais dans quelques années ?




