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Accusations abandonnées contre Salman Khan Shahzad, ancien directeur de Cricket Canada

Les accusations criminelles visant l’ancien directeur général de Cricket Canada, Salman Khan Shahzad, se sont effondrées au moment même où son procès devait s’ouvrir, lundi matin, à Calgary.

En quelques minutes, ce dossier qui empoisonnait le cricket canadien depuis des années a disparu du rôle.

Le procureur de la Couronne, Petter Hurich, s’est présenté devant le tribunal et a tout simplement retiré les chefs d’accusation de fraude de plus de 5 000 dollars et de vol de plus de 5 000 dollars, déposés en mars 2025. Les allégations visaient des faits supposément commis entre 2014 et 2016 au sein de la Calgary and District Cricket League, où environ 200 000 dollars auraient été détournés.

La Couronne a expliqué sa décision dans une déclaration transmise à CBC News : les procureurs ont l’« obligation continue » de réévaluer la preuve admissible et, dans ce dossier, le seuil nécessaire pour aller à procès n’était plus atteint. Traduction concrète : pas assez d’éléments pour soutenir des accusations aussi lourdes devant un juge.

L’avocat de la défense, Jim Lutz, n’a pas caché le soulagement de son client. Il a parlé d’un résultat « juste en droit » pour Salman Khan, fruit de près d’un an de travail à passer la preuve au peigne fin. Selon lui, son client est extrêmement reconnaissant que la Couronne ait pris le temps de revoir entièrement le dossier.

Khan n’était pas le seul dans la ligne de mire. L’ancien trésorier de la ligue, Syed Wajahat Ali, faisait face aux mêmes accusations. Il affirme que les poursuites le visant ont été abandonnées plus tôt cette année, dans une relative discrétion.

Un licenciement explosif à Cricket Canada

L’onde de choc de cette affaire avait pourtant déjà frappé Cricket Canada de plein fouet. En décembre 2025, neuf mois après l’annonce officielle des accusations par la police de Calgary, le conseil d’administration avait mis fin au contrat de Khan.

Dans un communiqué publié sur son site, l’instance dirigeante évoquait une « grave rupture de confiance ». On reprochait à Khan de ne pas avoir divulgué des accusations criminelles antérieures et d’avoir violé certains règlements internes liés à son contrat. Une rupture nette, sur fond de crise de gouvernance.

Ce licenciement n’a pas clos le chapitre. Selon des informations rapportées par l’émission the fifth estate de CBC, le contrat de Khan contenait une clause clé : sauf condamnation criminelle liée à ses fonctions de directeur général, il avait droit au versement intégral de son salaire pour la durée restante de son mandat en cas de renvoi. Avec l’abandon des accusations, cette phrase pèse soudain très lourd.

Khan se bat désormais pour que Cricket Canada honore cette clause et lui verse les quelque 475 000 dollars qu’il estime encore dus. L’organisme n’a pas encore réagi publiquement à cette nouvelle donne, malgré les demandes de commentaires.

Une enquête qui remonte à un audit interne

Toute cette affaire trouve son origine dans un audit mené en 2017 au sein de la Calgary and District Cricket League. Le nouveau président de l’époque avait demandé une vérification approfondie des comptes. Des irrégularités présumées ont été signalées, déclenchant une enquête de la police de Calgary.

Lorsque les accusations avaient été rendues publiques l’an dernier, les enquêteurs affirmaient que Salman Khan et Syed Wajahat Ali avaient détourné des fonds par l’intermédiaire de chèques versés à des entreprises de construction et à des entrepreneurs liés à l’ancien président et au trésorier. Officiellement, ces paiements concernaient des travaux de réparation et de modernisation du clubhouse et des terrains de la ligue.

Les policiers soutenaient alors que certains travaux n’avaient jamais été réalisés, ou l’avaient été de manière bâclée, avec des matériaux de qualité inférieure. Un tableau sombre, mêlant soupçons de collusion, de mauvaise gestion et de favoritisme au cœur d’une ligue locale censée porter le développement du cricket dans la région.

Aujourd’hui, sur le plan criminel, ce tableau ne tiendra pas devant les tribunaux. La preuve n’a pas résisté à l’examen final de la Couronne. Mais l’ombre de ces allégations reste accrochée à l’image de la discipline au pays.

Soupçons de trucage de matchs et ombre du gang Bishnoi

Comme si les accusations financières ne suffisaient pas, le nom de Salman Khan est aussi apparu dans un autre dossier brûlant : une enquête de the fifth estate sur l’influence présumée du gang Bishnoi sur Cricket Canada.

Ce groupe criminel, dirigé depuis une prison en Inde par Lawrence Bishnoi, est au cœur d’allégations de menaces, d’intimidation et de corruption. Dans ce contexte, un ancien sélectionneur national de Cricket Canada a affirmé, dans un enregistrement audio obtenu par l’émission, qu’on lui avait demandé de truquer des séquences de matchs. Parmi les personnes citées : le directeur général de l’époque, Salman Khan, ainsi que deux autres anciens dirigeants de l’organisation.

Khan, lui, rejette catégoriquement ces accusations. Dans un long courriel envoyé à CBC News, il nie toute implication dans le spot fixing, le session fixing, les paris illégaux ou toute influence indue sur la sélection des équipes.

Sur ce front-là, aucune accusation criminelle n’a été déposée. Mais le simple fait que le nom de Cricket Canada se retrouve mêlé à des histoires de gangs, de menaces et de matchs potentiellement manipulés suffit à alimenter un malaise profond autour de la gouvernance du sport.

Un dossier clos au tribunal, mais loin d’être terminé

Sur le papier, la décision de la Couronne met fin à un volet majeur du feuilleton Salman Khan : il ne sera pas jugé pour fraude et vol dans le cadre de l’affaire de la Calgary and District Cricket League.

Dans les faits, le combat se déplace ailleurs. Vers les bureaux de Cricket Canada, où plane désormais une question lourde : l’organisation devra-t-elle verser près d’un demi-million de dollars à un ancien directeur général qu’elle a licencié en invoquant une rupture de confiance, alors qu’aucune condamnation criminelle ne vient finalement appuyer ce choix?

Pour le cricket canadien, déjà fragilisé par les soupçons de mauvaise gestion, les enquêtes médiatiques et les récits d’ingérences criminelles, la partie est loin d’être terminée. La prochaine manche se jouera sur le terrain des contrats, de la crédibilité institutionnelle et de la confiance d’un milieu qui se demande encore qui, exactement, tient vraiment la batte.

Accusations abandonnées contre Salman Khan Shahzad, ancien directeur de Cricket Canada