Test de Lord’s : Robinson brille, l’Angleterre en tête
Le Lord’s a de nouveau grondé. Sous un ciel lourd, sur une piste capricieuse, Ollie Robinson a déchiré l’alignement pakistanais et fait basculer le deuxième Test. Une feuille de stats sèche, brutale : 4 wickets pour 11 runs en 13 overs. Mais derrière ces chiffres, une impression tenace : chaque balle pouvait être celle de trop.
Le Pakistan s’est effondré pour 110 tout rond. Une manche expédiée en 37,2 overs, sans résistance durable, sans souffle collectif. Et pourtant, au moment où le public croyait l’affaire pliée, le match a repris vie. L’Angleterre, elle aussi, a vacillé.
Archer ouvre la brèche, Robinson termine le travail
La journée avait commencé avec l’Angleterre à 248-9. Gus Atkinson (45) et Josh Tongue, invaincu à 30, ont prolongé l’agonie pakistanaise avec un dernier wicket précieux de 47 runs. Des coups propres, des drives nets, un Pakistan déjà privé de vitesse brute incapable de finir le travail. Ali Usman, appelé tardivement, a fini par faire tomber Atkinson, mais le mal était fait.
Puis la nouvelle balle anglaise a pris le relais. Jofra Archer, retour en grande pompe, a imposé le ton. 91 mph, longueur parfaite, Shan Masood — propulsé en ouverture à la place d’Imam-ul-Haq blessé au mollet — pousse du bout de la batte, Jamie Smith ne tremble pas derrière les stumps. Un run, et déjà une fissure.
Juste avant le déjeuner, Tongue frappe à son tour. Abdullah Shafique est surpris, encore une prise derrière. 16-2, silence pesant dans le camp visiteur.
Babar Azam brille un instant, puis s’éteint
Babar Azam tente d’éteindre l’incendie à sa manière. Premier run, un cover drive éclatant sur Tongue. Puis un autre drive, cette fois sur Atkinson, qui file encore aux limites. Quelques secondes de pure classe, comme un rappel de ce qu’il avait manqué à Headingley, où il était absent sur blessure au doigt.
Mais l’éclair ne dure pas. Tongue insiste, trouve la ligne, Babar pousse, Jordan Cox plonge au troisième slip. 30-3. Le Pakistan, déjà balayé pour 171 et 135 lors du premier Test, replonge dans ses vieux démons.
Saud Shakeel (16) est l’un des rares à atteindre les doubles chiffres. Mohammad Rizwan aussi tente de s’accrocher. Les deux tombent lbw face à Robinson, qui enchaîne les lignes parfaites, les angles cruels. Ali Usman joue ensuite sur ses propres stumps face à Archer, symbole d’une équipe qui se délite.
Au bout du compte, un chiffre résume l’impuissance : Azan Awais, 46 runs, seul vrai rempart. Il avait pourtant été offert une vie, lâché à 8 par Harry Brook dans les slips. Il survivra à un des passages les plus rapides qu’il ait connus, face à Archer. Il parlera ensuite d’un mélange rare de vitesse et de précision. Mais il reste seul. Trop seul.
Imam-ul-Haq, blessé au mollet la veille en fielding, ne peut même pas entrer en jeu. Le Pakistan se retrouve officiellement à neuf wickets down… et à court de réponses.
Archer conclut l’affaire avec panache, emportant le off-stump de Mohammad Abbas. 3-26 pour lui, 2-27 pour Tongue, Robinson en patron. L’Angleterre tient une avance massive au tableau d’affichage, mais la journée n’a pas encore livré son dernier rebondissement.
Un guet-apens pour les batteurs anglais
Sur cette surface qui bouge, chaque balle porte une menace. L’Angleterre le découvre immédiatement.
Khurram Shahzad profite des conditions et arrache deux wickets pour seulement 5 runs en deux overs. Ben Duckett, une simple tentative de drive sur une demi-volée, trouve le fielder à mi-distance pour 1. Cox, 11 runs, croit avoir le temps. La technologie le contredit : lbw sur review. 13-2. Même score de départ que le Pakistan. Même vertige.
Joe Root, encore, entre dans l’arène avec une situation piégée. L’histoire de sa carrière. Avec Emilio Gay à ses côtés, il stabilise l’ensemble, absorbe la pression, laisse passer la tempête. Les runs arrivent goutte à goutte, l’avance grimpe, mais la menace ne s’éloigne jamais vraiment.
Puis vient Mohammad Ali. Une balle qui rentre, Root sur 24, pris sans contestation possible. Plumb lbw, pour la neuvième fois en 12 manches de Test. Un chiffre qui commence à peser.
Sur la livraison suivante, le Lord’s retient son souffle. Brook, donné out lbw lui aussi. Mais cette fois, la batte a parlé avant la pad. Le review le sauve, un inside edge massif. Le public respire, l’Angleterre aussi.
Une avance lourde… sur un terrain traître
Quand la lumière faiblit, l’Angleterre est à 81-3, avec une avance globale de 261 runs. Le match s’interrompt plus tôt que prévu, rattrapé par le mauvais éclairage, mais le message est clair : sur cette piste, chaque run pèse lourd.
Jofra Archer l’a dit sans détour : sur ce wicket, il y avait "une balle avec ton nom dessus" pour tout le monde. L’Angleterre le sait, le Pakistan aussi. Le moindre partenariat peut tuer le match, la moindre ouverture peut le relancer.
Robinson a frappé un grand coup, Archer a retrouvé ses allures de démolisseur, Tongue a contribué des deux côtés du jeu. En face, seul Azan Awais a vraiment résisté, au cœur d’un naufrage collectif.
Reste une question brûlante en suspens : cette avance de 261, sur ce Lord’s capricieux, sera-t-elle le socle d’un 2-0 irrattrapable, ou le point de départ d’une dernière révolte pakistanaise ?




