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Test de cricket à Lord's : tension politique autour d'Imran Khan

Le décor est celui d’un classique du cricket mondial : Lord's, deuxième Test d’une série très attendue entre l’Angleterre et le Pakistan. Mais derrière les blanches tribunes et le ronron habituel d’un match de cinq jours, une menace lourde a plané sur la rencontre : l’éventualité pure et simple d’un arrêt de la tournée pakistanaise.

Au centre de la tempête, un nom qui dépasse largement les frontières du sport : Imran Khan.

Une interview, une menace, un Test en suspens

Tout bascule à l’heure du déjeuner, le premier jour. Sky Sports diffuse une interview enregistrée avec Suleiman et Kasim Khan, les fils d’Imran, légende du cricket pakistanais devenue Premier ministre, aujourd’hui emprisonné depuis trois ans pour corruption, des accusations qu’il conteste.

Avant même la diffusion, la tension grimpe. Il est compris que le Pakistan Cricket Board (PCB) a brandi une menace radicale : si l’interview passe à l’antenne, la fédération pourrait envisager l’annulation du Test de Lord's et du reste de la tournée de trois matches.

Malgré cela, une version de l’entretien est bien diffusée. Sur le terrain, pourtant, rien ne bouge. Après la pause, les joueurs reviennent. Le match reprend comme si de rien n’était.

Sarfaraz, droit dans son couloir : « Je ne sais rien »

À la fin du deuxième jour de jeu, Sarfaraz Ahmed, sélectionneur et ancien wicketkeeper du Pakistan, est interrogé sur cette séquence explosive. Sa réponse est nette, presque désarmante.

« Je ne sais rien. Je me concentre juste sur le match », lâche-t-il.

On lui précise : l’interview des fils d’Imran Khan, la menace de boycott, la polémique autour de la diffusion. Il ne dévie pas.

« Vous parlez de l’interview ? Nous ne sommes pas au courant de l’interview. »

A-t-il jamais été question que les joueurs ne reviennent pas sur le terrain après le déjeuner du premier jour ? Sarfaraz coupe court : « Tout va bien. Nous étions en train de déjeuner à ce moment-là. »

Le vestiaire, dit-il, vivait un simple intervalle de Test match. Dehors, les instances jouaient avec l’idée d’un séisme diplomatique et sportif.

Imran Khan, toujours au cœur du récit pakistanais

Imran Khan n’est pas un nom neutre, ni pour le Pakistan, ni pour le cricket. À 73 ans, son héritage sur le terrain reste monumental : 21 ans de carrière internationale, un statut d’icône, et cette Coupe du monde 1992 brandie en capitaine, sommet d’une génération.

Puis la politique a pris le relais. Premier ministre de 2018 à 2022, il est aujourd’hui en prison depuis 2023. Ses fils, Suleiman et Kasim, ont profité de l’interview avec Michael Atherton, ancien capitaine de l’Angleterre, pour exprimer leurs inquiétudes sur la sécurité et le traitement réservé à leur père. Ils ont aussi critiqué la réaction du gouvernement britannique.

Cette prise de parole, filmée pour une chaîne sportive, a soudain débordé du cadre du sport pour toucher la diplomatie. Avant la diffusion, une plainte parvient à Sky concernant le projet d’antenne. La chaîne se retrouve au centre d’un bras de fer discret, mais brûlant.

Entre Londres, Islamabad et les écrans

Face aux tensions, l’England and Wales Cricket Board (ECB) ne prend aucun risque. L’instance consulte le Foreign, Commonwealth and Development Office, le ministère britannique des Affaires étrangères, pour naviguer dans ce terrain miné.

Pendant ce temps, au Pakistan, le match est diffusé par la chaîne publique PTV, qui reprend les images de Sky. Mais PTV, elle, choisit de ne pas diffuser l’interview des fils d’Imran Khan.

Sur le terrain, le cricket suit son cours. À la fin du deuxième jour, l’Angleterre mène de 261 points, avec 81-3 dans sa deuxième manche. Les chiffres racontent un Test classique. Le contexte, lui, ne l’est pas.

Il est compris que Sky n’a reçu aucune autre plainte le vendredi à propos de l’interview. La menace initiale du PCB reste sans suite concrète. Le match continue. La tournée aussi. Pour l’instant.

Un passé lourd, un avenir chargé

La relation entre ces deux nations de cricket n’a jamais été simple. En 2006, déjà, un Test à The Oval avait viré au chaos. Accusé de truquer la balle, le Pakistan refuse de revenir sur le terrain après le thé du quatrième jour. Résultat : match déclaré perdu par forfait, une première – et toujours unique – dans l’histoire du Test cricket.

Depuis, les questions de sécurité et de politique n’ont cessé de s’inviter dans les calendriers. L’Angleterre avait passé 17 ans sans tourner au Pakistan avant de finalement revenir, multipliant les visites : si la programmation se maintient, le voyage d’octobre pour une tri-série en one-day face au Pakistan et au Sri Lanka sera le quatrième déplacement en quatre ans.

Cette série à Lord's s’inscrit donc dans une histoire longue, marquée par la méfiance, les enjeux géopolitiques et la volonté affichée, des deux côtés, de continuer à jouer malgré tout.

Cette fois, la crise n’a pas éclaté. Les joueurs ont mangé, sont revenus sur le terrain, et le Test a glissé vers son troisième jour dans un calme relatif. Mais quand une simple interview familiale suffit à faire trembler une tournée entière, une question s’impose : jusqu’où le cricket pourra-t-il encore prétendre rester à l’écart de la tempête politique qui gronde autour de lui ?